Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 20:47

     Un encart Nord dans le Monde, ce matin, nous rappelle que la grande attraction du futur LOUVRE LENS sera "La Liberté guidant le peuple" de Delacroix.

Désolant...

  J'imagine les protestations des indignés en tous genres, des moralistes et des censeurs. A leurs yeux, l'arrivée du tableau dans les mines du Pas-de-Calais rétablirait la justice ; pourquoi l'art serait-il un monopole la capitale ?

  Qu'ils se rassurent, personne ne songe à dénigrer la région et je l'affirme avec Aragon, vouloir la culture populaire, c'est penser que le peuple mérite le meilleur. L'ouvrier (ou le chômeur) lensois a le droit de poser son regard sur les oeuvres d'art les plus prestigieuses.

   Ah ! S'il était question d'exposer  "La Liberté guidant le peuple", il faudrait applaudir sans réserve mais le projet n'est pas celui-là, il s'agit de l'installer à demeure à Lens, d'y poser, en quelque sorte, son domicile.

Or, rien dans ce tableau n'évoque le pays lensois. On y voit une scène de la vie parisienne, une barricades des Trois Glorieuses et un gamin en qui tout spectateur reconnaît Gavroche... bien loin du Pas-de-Calais.

   Ce gamin de Paris serait mieux chez lui ; il ne doit pas être très difficile de le remplacer par un autre tableau moins  évocateur qui supporterait mieux le déplacement.

  Les gens du Nord lui sont déjà fort attachés, très honorés de la venue de cette Liberté. Il leur sera bien difficile

de supposer à ce choix des motifs moins prestigieux.

  Et pourtant ...

  En art aussi, la mode fluctue et Delacroix n'a plus la cote, comme tous les peintres en grandes fresques historiques.  Bien sûr, ses tableaux sont inestimables, invendables, mais ils sont regardés comme les témoignages d'une époque, des documents. Les amateurs d'art parisiens n'ont plus un regard pour ces tableaux facilement qualifiés de "pompiers", ils ne protesteront pas au départ d'un Delacroix.

   Et voilà comment un gamin de Paris aura le droit d'être exilé hors du pays natal, dans une région où il n'a pas de sens..

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 11:55

http://www.culture.gouv.fr/culture/noel/imatges/stnitour.jpg

...qui s'en allaient glaner aux champs

Sont arrivés chez le boucher

"Boucher, voudrais-tu nous loger ?"

- "Entrez, entrez, petits enfants,

Y a de la place assurément"...

C'est le début de la chanson de St Nicolas, dans la même philosophie que le petit Poucet ; des enfants réduits à la mendicité s'arrêtent chez un boucher pour quémander le gîte et le couvert. Ils sont bien reçus mais leur hôte ne les attire que pour leur viande. Il les tue et les coupe en morceaux qu'il met au saloir.

C'est une histoire abominable qui repose sur des faits historiques. Lors des grandes famines (dont l'Europe occidentale ne s'est débarrassée qu'avec l'adoption de la pomme de terre), on signalait régulièrement des cas d'anthropophagie. Le gibier le plus facile à prendre était les enfants ; affamés, ils étaient attirés dans une maison par une pomme ou un morceau de pain, il suffisait de refermer la porte sur eux ...

Heureusement,

Alors vint à passer par là

Le bon, le grand St Nicolas

qui devine le drame qui vient de se produire, recolle les morceaux des enfants et leur rend la vie. En souvenir de cet exploit, Saint Nicolas est honoré comme le saint protecteur des petits enfants.

Son culte est particulièrement vivace dans l'Europe du nord et le monde germanique, destin étonnant pour un évêque d'Asie Mineure. Même les protestants, peu enclins à honorer les saints, sacrifient au rite de la St Nicolas.

Le 6 décembre, les enfants ont droit à une sorte d'avant-goût de Noël. Le bon évêque, en grande tenue mais juché sur un âne, part en tournée pour distribuer des friandises aux enfants sages. Pour encourager l'esprit de justice des enfants, il est escorté de son double punisseur, le Père Fouettard qui est censé appliquer des coups de martinet aux enfants désobéissants. Comme les marmots ont toujours quelque-chose à se reprocher, ils essaient de s'attirer les bonnes grâces de l'évêque pour éviter son acolyte. Le 5 au soir, ils déposent prés de la porte un verre de vin ou d'alcool (suivant la production locale) pour St Nicolas et une carotte pour l'âne. Le matin, quand ils se lèvent, le verre est vide et la carotte disparue, preuve que le saint est bien passé pendant la nuit. A la place, il a laissé des friandises.

Le moderne Père Noêl n'est qu'un copié-collé du vieux Saint Nicolas. Les rennes remplacent l'âne et le rejet presque unanime des châtiments corporels a fait disparaître Fouettard mais la ressemblance est frappante.

Les nostalgiques regrettent le passage. Père Noël est souvent marqué d'un certain mauvais goût, du clinquant, du toc auquel Nicolas (enfin..., celui de la chanson) échappait. 

Quand les enfants sont grands ...? Ils oublient le saint et son âne ?

Bien sûr, mais les étudiants des universités nordistes continuent à célébrer Saint Nicolas.

Plus de baudet ni de martinet. Il reste l'alcool qui coule à flot dans le gosier des fêtards. Enorme défouloir qui clôture les bizutages, Saint Nicolas aurait bien du mal à se reconnaître.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 17:00

   Faisons retour vers une époque injustement méprisée : le haut moyen-âge, la  fusion de Rome et des "barbares", un temps qu'on dit sauvage mais qui fut une vraie pépinière de saints.

La dynastie de Clovis, ces pauvres rois mérovingiens, très obscurs et largement oubliés, on ne leur fait pas de cadeaux.

Leur image est celle de rois fainéants et c'est injuste. Ils ont joué de malchance ; de père en fils, ils mouraient jeunes, léguant la couronne à des rois enfants incapables de régner, dominés par leurs mères, elles-mêmes jouets des puissants ou des religieux.

Au plus fort de l'anarchie, un seul règne a surnagé, efficace et durable : celui de Dagobert. Hélas, lui non plus n'a pas eu de chance avec la mémoire et la tradition. La célébrité de ce grand inconnu est résumée dans une chanson

"Le bon roi Dagobert

avait mis sa culotte à l'envers.

Le grand St Eloi

Lui dit "Ô mon roi

Votre majesté

est mal culottée"

"Bah, bah, lui dit le roi,

Je vais la remettre à l'endroit."

Dagobert ne risquait pas de mettre à l'envers une culotte qui n'appartenait pas à la garde-robe de son temps et il ne parlait pas chiffons avec Eloi, ils avaient entre eux des conversations bien plus importantes. Saint Eloi était ce qu'à notre époque, nous appellerions un premier ministre, doublé d'un évêque et d'un super-intendant.

    Les rois mérovingiens avaient un faible pour les métaux précieux, surtout l'or et les pierres de couleur ; c'est la grande époque des émaux cloisonnés, on dore et sertit tous les emblèmes du pouvoir. La Légende Dorée nous raconte que Dagobert remit un sac d'or à son ministre pour lui fabriquer un trône. Eloi exécuta le travail et remit au roi l'objet de sa commande avec la moitié du métal confié, il n'avait pas utilisé la totalité.

     Le ministre en acquit une solide réputation de probité, un bon point en vue de sa canonisation future.  Parmi ses contemporains, il se trouva probablement des petits malins pour se moquer de lui : qu'avait-il besoin de rendre l'or ? Personne n'aurait été capable, en observant le trône, de chiffrer la quantité  réellement utilisée. Qu'importe, Eloi était honnête et fidèle au roi.

Fidèle ne veut pas dire complaisant. Le ministre intègre faisait remarquer au roi toutes les actions qui lui semblaient contraires à la morale et à un bon gouvernement, mais, à quoi tient la célébrité ? Sa carrière posthume de saint populaire repose, avant tout, sur l'épisode du trône d'or. Eloi devint le saint patron des orfèvres comme en témoigne la "chanson des trois orfèvres" qui n'est pas un cantique ; c'est une paillarde célèbre, elle n'aurait certainement pas choqué un évêque habitué aux moeurs polygames de Dagobert et sa cour.

     Un saint populaire draine des foules de fidèles, les orfèvres n'ont jamais été assez nombreux pour un effet de masse. Heureusement pour lui, ses adeptes passèrent de l'or aux modestes ferrailles, il fut adopté par tous les métiers de la métallurgie. Cela commence à faire du monde mais ce n'est pas fini ; c'est avec le métal qu'on laboure la terre et qu'on ferre les chevaux, voilà Saint Eloi invoqué par les agriculteurs qui ont longtemps formé la masse de la population.

     Et aujourd'hui ?

Le culte de Saint Eloi a beaucoup décliné, on n'est même plus vraiment sûr de sa sainteté. Le 1er décembre, jour de St Eloi depuis des temps immémoriaux, est devenu Ste Florence. C'est plus glamour, plus politiquement correct, mais le peuple amateur de traditions ne n'y retrouve pas.

Alors, n'en déplaise au Vatican et à l'entreprise moderne, le peuple des métiers, dans les pays du Nord, est toujours adepte de tous-les-saints-qu'on-boit. Il continue à banqueter en l'honneur de St Eloi et à chanter :

"Non, non, non, Saint Eloi il n'est pas mort !

Non, non, non, Saint Eloi il n'est pas mort !

Car il bande encore , car il bande encore!"

Depuis la culotte du roi Dagobert, nos centres d'intérêt n'ont pas vraiment changé.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 22:56

                      Bonne fête aux Catherine que nous embrassons.

    Catherine est le prénom de plusieurs saintes, celle du 25 Novembre vécut au IVème siècle à Alexandrie, elle fut vierge et martyre  (encore une !).

 A quoi doit-elle son incroyable succès ? La question reste posée ; pour terrible qu'elle fut, son histoire est commune à beaucoup de chrétiennes des premiers siècles. Elle connut la chance posthume  d'être la patronne de populations aussi nombreuses que variées : les étudiants, les philosophes, les meuniers et les charrons.

La dévotion de ces derniers s'explique facilement par la mort de Catherine qui fut livrée au supplice de la roue. N'allons pas imaginer qu'elle fut rouée comme des bandits du XVIIème siècle français ;  on les attachait, couchés sur une roue ; méthodiquement, on leur brisait tous les os un par un et ils agonisaient pantelants dans des douleurs abominables, à moins que la famille du condamné n'ait pris la précaution de soudoyer le bourreau pour qu'il l'achevât subrepticement, abrégeant ses souffrances.

L'imagination des Alexandrins en matière de supplices n'était pas complètement nulle, ils  ne se contentaient pas d'assommer les gens par des vers de douze pieds avec hémistiche, ils faisaient de la roue un usage pour le moins différent. Ils en garnissaient le bandage de lames acérées et la faisaient rouler sur la victime rapidement apprêtée en émincé, mais les archives ne nous disent pas si un assaisonnement était prévu.

   Catherine ayant donc fini en Kebab, sa brillante carrière commençait, particulièrement en France où elle connut des variantes régionales.

    Dans les grandes villes et d'abord à Paris, Sainte Catherine est traditionnellement la fête des  jeunes filles qui travaillent dans les métiers de la mode. Autrefois, l'une d'entre elles était désignée pour changer, à l'occasion de sa fête, le bonnet qui coiffait la statue de la sainte. On pense que c'est de cet usage que vint l'habitude d'arborer, le soir de Sainte Catherine, de véritables chapeaux de carnaval confectionnés tout exprès. S'y rattache également l'expression "coiffer Sainte Catherine" qui désigne une célibataire de vingt-cinq ans, âge où il a été longtemps admis qu'il était grand temps de se trouver un mari.

   En Belgique et dans les pays du nord, on aime la fête et on se précipite sur toutes les occasions d'en célébrer. Une expression locale ne dit-elle pas "On est de tous les saints qu'on boit" ?

Une fête réservée aux couturières de vingt-cinq ans, voilà qui fait pauvre et étriqué. Toutes les jeunes filles sont des "catherinettes". Héritage des pays bas et germaniques, les enfants des deux sexes reçoivent des cadeaux à St Nicolas jusqu'à l'entrée au collège ; ensuite, les garçons continuent à le fêter, à moins qu'ils n'entrent en apprentissage, auquel cas ils adoptent le saint patron de leur métier. Les filles, de leur côté, célèbrent Sainte Catherine.

    Toutes les traditions se perdent ou s'affaiblissent, celles-là aussi, mais il n'est pas si lointain le temps où les "catherinettes" se livraient à une véritable compétition pour être celle qui recevrait le plus de cartes postales à l'occasion de la fête. Et, surtout, il y avait les cadeaux dont il était question avant, pendant, après ... Ils étaient le point d'orgue de la journée.

    Celles qui ont connu la distribution traditionnelle se rappellent à quel point il était difficile de "sortir des clous". La Ste Catherine faisait partie du conditionnement des filles à leurs futures activités ménagères ; elles recevaient de la vaisselle, du linge de maison, de l'électro-ménager, pour, selon l'expression consacrée, "monter leur ménage". Bien adaptées à entrer dans le moule, elles étaient souvent enchantées malgré les récriminations maternelles (le problème du stockage était réel pour les mères qui avait plusieurs filles !)

   Quoi qu'il en soit, il n'était pas question de demander un autre cadeau. Les quincailliers et autres professionnels des "Arts de la table" regrettent certainement la déperdition de cet usage. Peut-être auraient-ils dû offrir un culte plus fidèle à Ste Catherine qui les couvrait de tant de bénédictions.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 15:23

    22 novembre, c'est la fête de Sainte Cécile, patronne des musiciens.
A l'intention des esprits curieux, Cécile, morte le 22 novembre 230, était une sainte d'un modèle banal : vierge et martyre. Beaucoup de jeunes filles accédaient à ce statut (qui leur vaudra des statues ) en déclarant leur foi chrétienne en même temps qu'elles refusaient de contracter mariage, ce qui déchaînait immédiatement l'ire de leur père et des autorités romaines. Cécile fit preuve d'un peu plus d'originalité, elle mourut vierge et...mariée. Cette âme forte et persuasive avait réussi un double exploit : convertir son fiancé à la religion chrétienne et le convaincre de ne jamais consommer leur mariage. Tous deux compensaient leur frustration en faisant la charité aux pauvres et en s'abîmant dans la prière. Il en faut, décidément, pour tous les goûts.

    Ce corps à qui elle n'avait pas fait de cadeau se montra particulièrement coriace. Il fallut quatre coups de hache pour la décapiter et, au XVIème siècle, quand on ouvrit sa tombe providentiellement retrouvée, le corps était intact. A n'en pas douter, un corps aussi imputrescible ne pouvait appartenir qu'à une sainte, d'autant qu'il se mit à dégager un parfum de roses, la célèbre "odeur de sainteté".
    On rechercha dans les vieux grimoires des pieux mémorialistes quel aspect de sa vie pourrait être proposé à l'édification des foules. Il y avait bien le martyre mais il est peu opérant, ne pouvant servir qu'une fois par croyant. Fort opportunément, on retrouva des témoignages de l'excellente qualité de son chant ; Cécile fut donc promue patronne des musiciens.
    Il apparaît que la trouvaille n'était pas mauvaise et même qu'elle était durable, Sainte Cécile est toujours fêtée le 22 Novembre.
Qui dit célébration dit réjouissances, plus on est de fous plus on rit, plus on est nombreux et mieux on honore Sainte Cécile. Dans le Nord, pays de fanfares et harmonies, la Sainte Cécile est une véritable institution dont l'ampleur dépasse encore de loin l'estivale fête de la musique.

   En général, le programme est le suivant :
En fin de matinée, grand-messe dont la partie musicale est assurée par l'harmonie municipale en grande tenue. Au diable les querelles autour de la laïcité, à la sortie de l'église, tout le monde est invité par Monsieur le maire pour un apéritif, cette fois en mairie, réunion au cours de laquelle sont remises les distinctions et récompenses aux musiciens méritants. Si le temps le permet, que la pluie ne risque pas de gâter les instruments les plus fragiles, les défunts auront droit à leur défilé suivi de remise de gerbe. Après l'effort, le réconfort, c'est le banquet à la salle des fêtes, suivi du bal commun avec les pompiers dont la fête de Sainte Barbe, est assez proche, le 4 décembre. Les airs et les danses à la mode ont changé depuis un siècle mais le cérémonial reste le même et c'est tant mieux. C'est lors de journées festives comme la Sainte Cécile qu'on s'aperçoit de la place fondamentale qu'occupe la musique dans la culture populaire.
Bien des usages ont dépéri, les banquets de classe n'existent plus mais Sainte Cécile a toujours bon pied, bon oeil. Quand on vous disait qu'elle était coriace !
    C'est le jour d'embrasser Cécile, musicienne ou pas.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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