vous à moi et réciproquement

Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:32

 Saleté de crabe, c'est encore lui qui a gagné ! 

Vincent a tenu le coup jusqu'à la Toussaint, on se demande comment. Faut-il admirer son endurance ou plaindre ses malheurs ?

Au grand soulagement de ceux qui l'aimaient, il a fini de souffrir.

Pour finir en beauté, il n'a pas raté sa sortie , le jour des morts.

Une pirouette pour ne pas pleurer, disons lui "Bravo l'artiste !"

 

 

 Ses "dernières volontés", comme on a coutume de dire, seront respectées : on lui épargnera le passage à l'église et il sera incinéré.

Evidemment, les esprits logiques hausseront les épaules : "Si on ne croit pas en un après, la famille peut bien faire comme elle veut, le défunt s'en fiche, il ne voit rien". C'est frappé au coin du bon sens...

Pourtant, il est une immortalité qui n'a pas besoin d'un dieu ni d'une âme. C'est la mémoire des vivants.

On est complètement mort quand personne ne se rappelle plus.

Alors, autant faire ce qu'on peut, ne pas imposer de corvées funéraires, ne pas gâcher le souvenir.

Les vivants nous sauront peut-être gré de leur épargner le défilé des chrysanthèmes et l'entretien des tombes.

 

      La mort de Vincent me donne l'occasion d'exprimer ce que j'aimerais qu'il soit fait de mon cadavre quand ce sera mon tour.

D'abord, même s'il m'a joué quelques sales tours en me faisant cadeau d'une SEP, j'ai beaucoup aimé mon corps à qui je suis redevable de mes plus grands bonheurs. Alors j'ai quelques difficultés à l'imaginer en charogne pourrissante.

Comment bien le traiter ?

Essayer de le prolonger, le rendre utile.

Bon, c'est mal parti pour le don d'organe. Poliment éjectée des donneurs de sang pour cause de SEP, je n'ai aucune illusion de ce côté-là. Mais je ne désespère pas de laisser quelques morceaux à la science, pour étude.

Si la dissection de mon cerveau détraqué pouvait rendre quelques services à des chercheurs, ce serait bien volontiers.

Et le reste, les morceaux qui n'intéressent personne ?

Les vivants en feront ce qu'ils voudront. Toutefois, s'ils veulent me rendre un dernier service, qu'ils les réduisent en cendres.

C'est le seul désaccord qui me sépare de mes amis juifs. Je comprends parfaitement qu'ils regardent l'incinération avec horreur, après que tant des leurs sont partis en fumée, mais j'y vois le moyen d'éviter la pourriture. Si un de mes proches imagine ce que je suis devenue quelques temps après ma mort, se représenter un petit tas de cendres causera moins de dégoût qu'une charogne en décomposition.

Et puis, j'aimerais que les cendres soient dispersées, que personne ne se croie obligé de rendre à une urne un simulacre de devoirs funèbres.

     En fin de compte, ma mort sera peut-être plus légère à supporter et mon souvenir plus agréable à rappeler.

 

Ah oui, je m'aperçois que je ne l'avais pas précisé, Vincent était mon filleul, il aurait eu 48 ans le 10 décembre prochain. C'est infiniment cruel de voir partir plus jeune que soi.

Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 10:13

Il y a tant de souvenirs entre nous !

Il faut dire que je suis née à trois kilomètres de la frontière et je n'ai jamais regardé les Belges comme des étrangers. Ils représentaient pour une petite fille la douceur de vivre et les loisirs.

En France, c'était la vie de tous les jours, elle était encore dure dans les années cinquante. La Belgique, c'était les sorties du dimanche et une sensation d'abondance, de vie plus facile.

Il faut dire que les fonds du plan Marshall n'ont pas été utilisés de la même façon dans les deux pays. Pendant que la France les gaspillait bêtement dans les guerres coloniales, la Belgique entrait dans la société de consommation. On y trouvait de tout à des prix accessibles ; la tentation était forte pour les voisins, ils entraînaient avec vigueur leurs talents de contrebandiers (à l'époque, on disait "fraudeurs").

Car ce n'était pas encore l'Europe, la frontière était une vraie frontière avec poste de douane, déclarations et droits à payer. Mais en l'absence de tout obstacle naturel, c'était un sport régional et un jeu à la mode de faire passer les marchandises taxées sous le nez des douaniers. Il y avait même des magasins  prévus à cet usage ; je me rappelle une très prospère épicerie-café-tabac-bazar ... au beau milieu des champs, loin de tout village.

A priori, on se dit qu'une telle solitude est impropre au commerce ; on comprend mieux lorsqu'on précise que la frontière traversait la maison... Les gens du coin s'y rendaient en famille ; les hommes achetaient du tabac et des alcools, les mères, diverses denrées, surtout du café, et les enfants se ruaient sur le fameux chocolat belge (alors, meilleur qu'aujourd'hui, sans graisses végétales indéterminées). Ensuite, on repartait à pied, à travers champs. Il restait à éviter de croiser la "volante" mais, pour les amateurs, les gens du commun, c'était un frisson bon marché ; la douane mobile traquait surtout, après dénonciation, les gros bonnets du trafic. Ils n'étaient pas assez nombreux pour courir après un litre de Martini ou une plaque de chocolat.

Cette toute petite délinquance n'existe plus. Il reste le plaisir des dimanches.

Il existe une différence essentielle entre le Belge et le Français, elle saute aux yeux : le dimanche, le Français enfile un vieux pantalon et fait son jardin, le Belge s'habille et va boire une bière sur la  grand-place dont Bruxelles est l'archétype.

Contrairement à la France, la Belgique est vivante, le dimanche, et ses villes sont pleines de Français, des promeneurs qui découvrent, pour peu qu'ils soient un peu curieux, la réelle beauté de quelques chefs-d'oeuvre de l'art flamand.

Laissons les familles bruyantes s'entasser dans les parcs de loisirs qui leur vont si bien.

Il restera assez de monde pour animer les villes d'art que sont Bruges, Malines et Gand. Elles sont en pays flamand mais, pour ceux qui appréhenderaient le contact, on n'est pas long à deviner que, s'il n'aime pas beaucoup le Belge francophone, le Flamand belge est l'ami des Français. Dès qu'il a compris à votre accent ou à votre plaque de voiture, que votre français vient de l'autre côté de la frontière, il retrouve immédiatement l'usage d'une langue qu'il faisait mine d'ignorer.

Et puis, la mer du Nord ... Frileux s'abstenir ! On ne va pas s'y faire bronzer mais on y retrouve l'écho des chansons de Brel ...et le bonheur de fredonner :

"... c'est le vent du nord qui me fera capitaine d'un brise-larmes pour ceux que j'aime ..."

Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 21:05
   Comme prévu, les foudres sont déchaînées autour d'Elisabeth Badinter.
 Moins les autres la comprennent et plus ils me donnent envie de la soutenir ... peut-être à cause de souvenirs qui ne demandent qu'à remonter.
    J'ai envie d'aggraver le constat par le rappel d'une mauvaise expérience hospitaliere.
    En décembre 1973, j'ai accouché de mon fils dans une maternité d'hôpital, ni mieux ni plus mal réputée que d'autres.
 J'avais décidé de ne pas allaiter. Pourquoi ?
A vrai dire, je n'ai pas vraiment d'explication. Formée à la santé et l'hygiène alimentaire, j'avais une assez bonne connaissance des vertus supposées de l'allaitement maternel ... mais je n'avais pas envie.
    Imaginez l'effet qu'un affrontement peut déclencher sur une obstinée de mon espèce...
Et le choc se produisit.
A peine remontée dans ma chambre, après un travail de 36 heures, je comptais bien récupérer un peu.
En fait de repos, je reçois la visite de l'auxiliaire-puéricultrice qui m'annonce tout de go : "je vais vous montrer comment vous installer pour mettre le bébé au sein".
Je réponds "non". Devant son air interloqué, comme si je craignais qu'elle n'ait pas compris, je répète : "Non, je vais lui donner le biberon".
Perturbée, elle bredouille : "Je ne sais pas si c'est possible, je vais demander à l'infirmière" et elle disparaît.
A partir de ce moment, j'aurais pu me prendre pour une véritable VIP ; tout le staff a défilé pour essayer, en vain, de me faire changer d'avis. L'infirmière, la puéricultrice, la sage-femme, l'interne ... jusqu'au médecin chef.
Et là, ce fut homérique.
Il faut préciser que cet obstétricien hospitalier se prenait pour un grand patron, dans le genre militaire,  style "Un ordre est fait pour être obéi, pas discuté". Il avait quelques idées bien arrêtées, s'y tenait et ne supportait pas d'être contredit.
 En 1973, la péridurale n'était pas encore généralisée mais la pratique commençait à se répandre dans quelques maternités, pas dans la sienne... La prise en compte de la douleur, dans cette maternité, se résumait en quelques principes : Tu enfanteras dans la douleur, le mieux qu'on puisse faire pour toi, c'est te gratifier de quelques conseils abusivement dénommés "accouchement sans douleur", et puis, après tout, tu n'as pas pleuré quand on te l'a fait, tu ne vas pas pleurer pour le sortir ! Bref, question douleur, c'était un archéo-pontife. Mais pour l'allaitement maternel, c'était un militant aussi intransigeant que les modernes sectateurs du sein nourricier.
Il a entrepris de m'asséner les vertus du lait maternel. Plus il parlait, plus je me renfermais dans le refus.
Bref, le ton a monté et l'explication a tourné à l'altercation.
De plus en plus hors de lui, il a fini par me traiter de "mère dénaturée". Ne voulant pas être en reste, je lui ai rétorqué que je n'étais pas une vache laitière. Il est sorti fâché, je ne l'ai pas revu de mon séjour, mais je n'ai pas allaité, j'ai fait la preuve de mon autonomie et mon fils nourri au biberon ne s'en est pas plus mal porté.
   J'ai bien ri de l'épisode mais je suis restée furieuse du traitement exercé sur les femmes plus timides ou plus respectueuses de l'autorité.
   En effet, même hébergées en chambres individuelles, les mères se rencontraient tous les matins dans la salle de gymnastique. C'est là que j'ai appris à quel point l'ambiance était à la pression. Des femmes un peu timides, naïves, impressionnables avaient accepté de pratiquer un allaitement qu'elles refusaient au départ parce qu'on n'avait pas hésité à leur faire croire que, si elles ne voulaient pas donner le sein, le bébé n'aurait rien d'autre...
Ridicule, n'est-ce pas ; comment peut-on croire tant de stupidité ? Eh bien, si, il existe des femmes assez crédules pour qu'un tel chantage fonctionne.

En résumé, non seulement, Elisabeth Badinter a raison de parler de pression exercée sur les mères, mais je n'hésiterais pas à forcer le trait.
Il existe un vrai terrorisme de l'allaitement.
Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 11:05
      Et voilà ! Depuis le 24 décembre j'ai encore un an de plus ... et je ne m'en suis pas rendu compte.
Il faut dire que tout le monde, famille et amis, comme d'habitude, a oublié l'événement. "Joyeux Noël !" me dit-on, en oubliant l'anniversaire. Tant mieux !
Quand on n'a pas d'anniversaire, on ne vieillit pas.
De toute façon, j'ai l'habitude.
Enfant, j'avais déjà une bûche de Noël comme gâteau d'anniversaire et un seul cadeau.
Il faudra songer à fonder une association de tous les handicapés du calendrier :
ceux qui sont nés un 1er Janvier (c'est la fête, on a connu pire),
les natifs du 1er Novembre (c'est déjà moins drôle), du 1er Avril (ça ne fait pas sérieux),
le pire, les abonnés du 29 février ... notez qu'ils vieillissent quatre fois moins vite que les autres ; au fond ce sont des veinards.

Blague à part, plus le temps passe, plus je suis certaine d'avoir toute la vie devant moi et, pourquoi pas, comme les chats, neuf vies.
Pas de doute : la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie.
Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 14:22
     Trop confiante en la neutralité sincère des animateurs de communautés, j'ai voulu éclairer de mes petites notions d'ancien professeur de nutrition (qu'on appelait naguère "hygiène alimentaire") les interrogations d'un lecteur à propos du yaourt.
 C'était uniquement pour rendre service, ma vie n'en dépend pas ... et mon intervention dont l'envoi a été effectué à plusieurs reprises, à des heures différentes, est toujours revenue en "brouillon" comme un mail dont on refuse l'accès.
Libre à ceux qui le croient de parler de ma paranoïa, j'ai fini par croire qu'on refuse surtout d'admettre des raisonnements "classiques", sortant des croyances à la mode.
Un débat, malgré tout, aurait pu rendre service. Alors, tant pis, je passe ma réponse par le circuit du blog. Peut-être son destinataire primitif aura-t'il la bonne idée de s'y connecter.
Il s'agissait d'un malade en risque de dénutrition qui se demandait pourquoi on lui conseillait de manger des yaourts. J'ai donc tenté de lui expliquer le bénéfice à attendre de cet aliment et ...
m... aux gourous de l'alimentation végétarienne sans viande ni lait.
 Ils n'auront pas ma peau !

Voilà donc le texte du mail incriminé :


Même  un adulte a besoin de consommer des protéines, les matériaux de construction de l'organisme, pour entretenir ses tissus.
 Lorsque j'enseignais la nutrition, j'avais l'habitude de comparer notre corps à une maison : pour construire et réparer la maison, il faut
- des matériaux : les protéines et les minéraux,
- de l'énergie ( le travail du maçon): les glucides,
le tout assorti de quelques guides et outils : les vitamines.
S'il manque un des éléments, le chantier est en panne.
L'être humain fut, à l'origine, un carnivore ; il est devenu omnivore  (comme les ours et les cochons) à la suite d'une évolution qui serait trop longue à raconter ici, mais il est toujours incapable de transformer parfaitement le végétal en animal. L'homme n'est pas un herbivore. Manger végétalien, c'est à dire sans viande, ni oeufs, ni lait, est dangereux même pour un adulte, à moins de posséder la connaissance approfondie des graines et des légumineuses, de disposer d'un grand choix de ces mêmes végétaux et de les préparer soi-même... c'est pas gagné ! 
Résultat : on peut ne pas manger de viande, pour toutes sortes de raisons philosophiques et autres, mais il faut garder dans son alimentation des oeufs ou du lait ; ils apportent les mêmes protéines animales sous une forme plus assimilable. Normalement, le yaourt est le meilleur des produits laitiers à cause des ferments qu'il contient. Les ferments lactiques effectuent une sorte de pré-digestion du lait, le rendant beaucoup plus assimilable. Le fameux lactose, responsable de nombreuses intolérances et allergies, n'est adapté qu'aux nourrissons ; fermenté, il devient inoffensif. Autre avantage, ces ferments sont des micro-organismes bénéfiques, ils détruisent les microbes pathogènes qui pourraient s'introduire dans le lait.
Evidemment, tous ces avantages sont dans le vrai yaourt, pas dans les nombreux desserts lactés qui constituent aujourd'hui l'essentiel du rayon "yaourts" des supermarchés. Dès qu'il est écrit le mot YAOURT sur le pot, tu peux le consommer ; l'erreur est impossible, c'est une mention interdite sur les autres produits.

  Je suis toujours effrayée par le refus d'apprendre lorsqu'il n'est pas justifié par la difficulté ou la complexité mais qu'il est seulement le résultat d'une muraille d'ignorance entretenue par les préjugés.
Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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