Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 22:07

  Les religions monothéistes n'ont pas la réputation de faire la part belle aux animaux. Dans l'Islam, on continue à tuer rituellement le mouton ; les autres, judaïsme et christianisme, ont renoncé au sacrifice, mais pour poser une limite infranchissable entre l'homme et l'animal. Et pourtant,les saints qui sont les plus parfaits des fidèles, entretiennent  des relations privilégiées, quasi-miraculeuses, avec des animaux. Plus la bête est réputée  féroce, plus le saint acquiert de prestige aux yeux des croyants.

   7 octobre, trois jours après François d'Assise et le loup de Gubbio, voici venir Serge de Radogene et son ours.

  Passons sur le Saint Serge martyrisé en Syrie au quatrième siècle ; il est complètement oublié. Quand un Saint Serge est évoqué, c'est le Serge orthodoxe (Sergei),  il était grand ami du célèbre peintre d'icônes Andrei Roublev, ce qui n'est pas franchement inutile pour passer à la postérité.

Le Serge de Radogène, comme François d'Assise, était moine version ermite. Il habitait une cabane au milieu des bois, endroit mal fréquenté par des animaux peu rassurants, en particulier un ours qui manifestait peu de tendresse pour la gent humaine. Serge ne chercha pas l'affrontement, il entreprit de le convertir à la charité chrétienne. Pour lui montrer l'exemple, il se mit à le nourrir, se privant lui-même de pain pour lui en donner. Miracle ! Il parvint à apprivoiser l'ours qui devint le défenseur de sa cabane.

 

Il est curieux de voir les mêmes récits, à quelques variantes près, d'un bout à l'autre de l'Europe.

Comment l'expliquer ?

Dans tous les pays, c'étaient des moines qui écrivaient l'histoire  et, même si la chose est surprenante aux yeux de l'homme actuel, malgré la clôture monastique, ils voyageaient beaucoup, échangeaient connaissances et idées et brassaient la civilisation.

Bonne fête aux Serge que nous embrassons.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 15:26

    Le 6 octobre, c'est la fête de Bruno.

Vous cherchez un référent ?

Vous avez le choix entre un hérétique et un saint.

    L'hérétique, c'est un moine savant : Giordano Bruno.

Il a été le premier à penser que l'univers n'avait pas de fin, que des centaines de milliers de Soleils comparables au nôtre existaient. Ces évidences d'aujourd'hui n'étaient pas acceptées par la toute puissante église du temps. Plus fier et moins souple que Galilée, il refusa d'abjurer ses erreurs et finit sur le bûcher en 1600.

L'évocation du rôti vous rebute ?

     Alors, choisissez le saint.

St Bruno, à la fin du onzième siècle, a fondé l'ordre des chartreux.

Pour ceux qui aiment les chats du même nom, ces dodus minets se sont appelés ainsi à cause de leur fourrure dont la couleur évoque celle de l'habit des moines chartreux. C'est à peu près leur seul point commun ; les chats, grands adeptes du confort-avant-tout, n'auraient certainement pas apprécié la règle extrêmement dure de cet ordre rigoriste : réveil au cours de la nuit pour la prière, silence absolu, nourriture réduite et végétarienne. Il y régnait une stratification inégalitaire entre les pères qui étaient tous prêtres et les frères convers qui n'avaient que le droit de se soumettre et de travailler.

    Aucune de ces deux solutions ne vous convient ?

A y regarder de plus près, la vie à la chartreuse présente aussi des côtés plus riants.

Voilà déjà quelques siècles que les moines ne peuvent plus compter sur la charité des fidèles pour les entretenir, les divers établissements sont priés de se procurer des moyens en exploitant les ressources de leur coin.

Pour les Chartreux de Voiron, le filon fut l'Elixir de la Chartreuse, un alcool fort (43°) parfumé avec des plantes aromatiques locales. Les consommateurs qui se verraient accusés d'ivrognerie ont la parade toute prête : ils ne se poivrent pas, ils se sacrifient pour le bien de la vraie foi et de ses serviteurs.

     Vous avez déjà fait le rapprochement avec l'élixir du Révérend Père Gaucher une des "Lettres de mon moulin" d'Alphonse Daudet, réjouissante histoire d'une communauté monastique enrichie par la recette fortement alcoolisée appliquée par le très fruste frère Gaucher. On y découvre qu'avec le sens pratique et l'organisation du travail, il est possible de sauver son âme et le matériel de la communauté.

Grâce à la division du travail, le frère (promu père) Gaucher s'affaire autour de ses alambics (et il faut bien qu'il goûte pour obtenir une qualité irréprochable !). L'ivresse venant avec la production, il se laisse même aller à chanter quelques refrains grivois. Ivresse et obcénité, voilà de quoi se damner ! Mais la communauté prend en charge le salut de son âme. Tout le monde prie pour le pardon des fautes du génial bienfaiteur. 

     Bruno n'avait peut-être pas envisagé de telles aventures. Tant mieux ! un religieux aurait dû savoir  que l'avenir est entre les mains de Dieu qui joue à sa guise des hommes et de leur vie.

N'oublions pas de souhaiter une bonne fête à Bruno et de l'embrasser.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 22:19

     Malgré les épreuves, Estelle a toujours aimé rire. Elle amusait famille et amis avec une foule d'anecdotes, des récits du bon vieux temps.

Retrouvons-les, en souvenir d'elle.


        Bernard et Joseph.
    Ils étaient voisins et, surtout, inséparables. Ils s'étaient débrouillés pour occuper des jardins accolés, avec une remise à outils commune, au milieu des champs. Dans la grande plaine du Nord, en effet, le sol calcaire oblige à forer profond pour atteindre l'eau, il faut creuser des puits artésiens ; ils sont coûteux donc espacés. Les maisons se groupent autour d'un forage, on ne rencontre pas d'habitations dispersées dans la campagne et, dans les agglomérations, le terrain est trop cher pour qu'on l'utilise à faire des jardins ; les habitants du centre, quand ils veulent un potager, louent un bout de champ à l'extérieur du village.


    Un après-midi de juillet, brûlant et sec, nos deux compères se retrouvent au jardin. Le soleil tape dur, le travail se limite à quelques gestes habituels.
    Tout-à-coup, Bernard porte la main à son front et s'affale. Joseph se précipite, le secoue, l'appelle, lui donne quelques tapes... pas de réaction.

    Joseph s'affole ; comment faire, dans ce champ, loin de tout secours ? Il se tord les mains, s'angoisse. Heureusement, au milieu de la panique, lui vient une idée : dans la remise, il y a une brouette ; il faut charger son camarade dessus et le ramener au village où il trouvera du monde pour le soigner.
    Plus facile à dire qu'à faire ... Joseph et Bernard, c'est un peu Laurel et Hardy, et c'est Bernard le plus lourd. Qu'à cela ne tienne, l'amitié est sacrée, Joseph va montrer de quoi il est capable pour secourir son camarade.  Au prix d'efforts surhumains, il parvient à hisser ce corps inerte sur la brouette, empoigne les brancards et fait avancer l'équipage dans les ornières et la poussière du chemin. Chaque pas lui coûte un flot de sueur et un épuisement dont il ne se serait pas cru capable. Au bout d'un kilomètre d'efforts, Il atteint les premières maisons du village, il espère y trouver de l'aide.
      Justement, à la porte de la sucrerie, inactive en cette saison, se tient une épicerie-buvette. A moins de jouer de malchance, il s'y trouvera bien un ou deux lascars inoccupés qui pourront lui porter assistance. Notre bon samaritain voit son calvaire s'adoucir.
     A la porte de la buvette, il ouvre la bouche pour appeler au secours quand l'inanimé se lève, saute sur ses pieds et déclare à la cantonade : "Par cette chaleur, rien de tel qu'une bonne bière ! Patron, de la bien fraîche !"
     Joseph ne sait pas s'il doit être content de voir son camarade sauvé, ou furieux de s'être fait berner. Il prend le parti de ne pas réagir et de boire son coup avec tout le monde. Après tout, c'est lui qui en a le plus besoin.

     A quelque-temps de là, Bernard est victime d'un mauvais tour.
Derrière sa maison, comme presque-tous les villageois, il a installé quelques clapiers où il nourrit des lapins qui lui améliorent l'ordinaire. Justement, les jeunes du printemps sont maintenant bons à savourer.
Un matin, à l'heure où il vient nourrir ses bêtes, c'est le choc. Tous les clapiers sont ouverts, il ne reste plus un lapin. Ce n'est pas une fouine ou un renard qui a fait le coup ; ni l'une ni l'autre ne peuvent défaire les verrous. On l'a volé !
Quelques jours passent à échafauder toutes sortes de soupçons, à mettre en cause tous les chenapans du coin. En fin de compte, aucune certitude, le coupable court en liberté et la vie reprend son train-train habituel.
     C'est alors que le facteur apporte à Bernard un colis soigneusement emballé, sans indication d'expéditeur. C'est une surprise. Notre homme ouvre le paquet et trouve des os de lapins, ses lapins, soigneusement nettoyés et rangés sous une carte portant ces mots :

            Merci pour ces lapins qui étaient fort bons. Après l'effort, le réconfort.
     Sous leur porte, tous les clients présents à la buvette, un certain jour de canicule, trouvent un mot leur conseillant de prendre auprès de Bernard des nouvelles de ses lapins.
Longtemps après, le village en riait encore, même Bernard. D'abord vexé car il n'était pas homme à perdre facilement, il admit assez rapidement qu'ayant commis une méchante farce, il aurait été bien mauvais joueur de ne pas en accepter le retour.

Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 18:03

    A Gubbio, bourgade italienne, au début du XIIIème siècle, les gens sont terrorisés par un grand loup féroce. Chacun se barricade chez soi, alors qu'en se groupant, quelques gaillards décidés en viendraient à bout. La peur paralyse les plus braves.

    Bientôt vint à passer par là ... non pas Saint Nicolas, mais François d'Assise qui deviendra saint, lui aussi... mais à l'époque, on ne le sait pas.

Pas encore saint mais pas non plus stupide, François comprend qu'il est inutile de les appeler au courage et à la solidarité. Il faut d'abord faire cesser la peur. Il va donc utiliser sa principale qualité, la parole et le don qu'il possède de se faire entendre par les animaux.

Il va trouver le loup, ne se fait pas manger et lui propose un marché : s'il arrête de dévorer les gens et leur bétail, il pourra vivre en paix avec eux ; les hommes ne le chasseront plus et l'aideront même à se nourrir. 

Décidément persuasif, il parvient à convaincre les habitants que la bête respectera le marché.

Tout se passe comme prévu, le loup se promène en ville, amical comme un chien, et quand il vient à mourir de vieillesse, tout le monde le regrette.

    Voilà une fable difficile à croire... Sans doute, on vous le concède, mais il faut croire que François d'Assise avait un grand talent de conviction. En pleine époque de croisade, dans l'espoir de faire cesser la violence, il s'est rendu auprès du sultan pour lui prêcher la parole divine. Or, le sultan était une vraie terreur, tout chrétien passant à sa portée était immédiatement occis.

En quelque sorte, il ressemblait au loup de Gubbio.

François réussit moins bien avec lui qu'avec le loup, il ne put établir la paix, mais le sultan manifesta à son égard une mansuétude incroyable : non seulement il ne le fit pas exécuter mais il l'écouta volontiers, prit un grand plaisir à discuter avec lui et lui fournit une escorte pour garantir la sécurité de son retour. Amadouer un féroce sultan ou un loup sanguinaire ... après tout, y a-t'il une grande différence ?

   Plus intéressant à observer : les réactions du public. Elles nous apprennent beaucoup sur l'évolution des mentalités.

   Quand François d'Assise donnait des ordres à un loup, les gens criaient au miracle ; une telle grâce ne pouvait venir que de Dieu, François d'Assise fut canonisé.

Deux siècles plus tard, quand un paysan manifestait le même don et devenait meneur de loup, on y voyait l'intervention du diable, l'Inquisition lui tombait dessus et il finissait sur le bûcher.

Entre temps, la guerre, la famine et la peste avaient porté un grand coup au moral des sociétés.

Les faits divers et les anecdotes nous en apprennent plus sur une époque que les plus doctes travaux.

    Des siècles plus tard, François d'Assise est toujours une figure sympathique pour croyants et mécréants. Attention aux contrefaçons, choisissez bien votre St François, adoptez celui d'Assise à l'exclusion de tous les autres.

Alors, bonne fête à tous les François que nous embrassons.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 22:14

         Ce lundi 3 Octobre s'annonçait bien, Arte présentait, restauré par la Fondation Murnau, le film de Fritz Lang  Die Nibelungen. La même chaîne avait commis un précédent avec Metropolis du même auteur ; nous attendions l'exploit avec impatience et nous n'avons pas été déçus.

Il faut l'ardeur visionnaire, la puissance magistrale d'un créateur pour transmettre un souffle épique là où, en spectateurs du vingt-et-unième siècle, nous devrions logiquement voir du carton-pâte. Le premier tour de force est peut-être l'existence-même de ce film, un réalisateur autrichien, mais juif par sa mère, prenant à son compte la traduction cinématographique d'un mythe fondateur germanique.

 

     L'événement culturel aurait suffi pour marquer la date d'une pierre blanche mais, un bonheur n'arrivant jamais seul, le prix Nobel de médecine vient d'être décerné à 3 immunologistes : Jules Hoffmann, Bruce Betler et Ralph Steinman (ce dernier, décédé il y a 3 jours, n’aura pas eu la joie de voir ses travaux récompensés).

    Leurs travaux portent sur l'immunité innée et acquise, au bénéfice de nombreux traitements curatifs et programmes de prévention. Il est primordial de comprendre comment l'organisme combat les agressions et pourquoi ses défenses se retournent parfois contre lui-même. 

    Ce Nobel à trois têtes illustre, une fois de plus, l'internationalisation de la recherche. Le temps où un savant  solitaire, penché sur son microscope, faisait tout seul La découverte géniale, est révolu, à supposer qu'il ait un jour existé. Le prix est partagé entre un Américain : Bruce Betler, un Canadien : Ralph Steinman et un Français : Jules Hoffmann.

    Ils sont réunis par le succès de recherches partagées et ils ont un autre point commun : ils sont juifs comme de nombreux savants avant eux.

    Une fois de plus, le Peuple de l'Etude mérite son nom.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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