l'air du temps

Dimanche 20 avril 2008 7 20 /04 /2008 09:35

 

 

Les prix de l'alimentation augmentent partout, c'est inquiétant.
Les plus riches doivent "procéder à des réajustements", c'est à dire : donner un peu plus de place à la nourriture dans leur budget. Les pauvres, eux, n'ont, tout simplement, pas le choix. Ils ont faim.
Sans surprise, les plus touchés sont les pays les moins avancés, les plus fragiles. Le spectacle hideux des famines meurtrières est de retour, une grande claque à notre modernité.
La pitié des riches, on sait qu'il ne faut pas compter dessus, pas plus que sur leur solidarité, leur sens d'une commune humanité. Pour se faire entendre et crier leur droit à la vie, comme en 1789, les pauvres se révoltent ; on voit revenir les émeutes de la faim... et il n'y a plus de reine pour leur conseiller de manger de la brioche !
Puisqu'on a déjà connu de ces émeutes, direz-vous, le problème n'est pas nouveau. Pourquoi en faire subitement  l'actualité ?
A cause de notre responsabilité écrasante ; ce sont les pauvres du monde qui paient notre gaspillage.
Vous imaginez chez les peuples les moins modernes une agriculture vivrière, un paysan biblique bêchant son coin de terre et faisant paître ses moutons pour faire manger ses enfants. Vous avez tout faux.
Abandonnez ici vos illusions. Les meilleures terres des pays du sud appartiennent à des grands propriétaires locaux ou des compagnies internationales. Ces possédants se moquent bien de ce que l'ouvrier agricole dépose dans l'assiette de son gamin. Pour s'enrichir, il doit tirer de sa terre des produits vendables en devises aux riches du nord ; c'est l'agriculture de rente. Le coton de nos chemises, le café de nos "p'tits noirs" poussent à la place des céréales ou des légumes qui auraient pu nourrir les paysans. Des ONG ( au passage, saluons Agronomes et Vétérinaires sans Frontières ) s'efforcent, avec les plus grandes difficultés, à panser les coups d'un système aussi mortifère et encourager l'agriculture familiale et le pastoralisme.
 L'aide alimentaires des pays riches ?
L'enfer est pavé de bonnes intentions. Elle aggrave la situation en introduisant des aliments à bas prix qui ne correspondent pas aux besoins, bouleversent les habitudes locales en y introduisant  nos erreurs alimentaires et créent une concurrence déloyale aux produits locaux. Le Nord écoule ses surplus mais le paysan  ne peut plus vendre sa production, il abandonne la terre et va grossir les bidonvilles, alimentant le cercle vicieux.
Cette situation déplorable prévalait depuis la décolonisation, on ne croyait pas qu'elle pût encore se dégrader, et pourtant ... elle vient de s'aggraver, par nos soins.
Le système reposait sur une condition : l'existence de surplus agricoles. Que se passe-t'il si les excédents s'effondrent, et d'abord pourquoi s'effondrent-ils ?
Des mauvaises récoltes ?
- Pas sur toute la terre en même temps.
La diminution des surfaces cultivées ?
- C'est vrai, à cause de la désertification ici, des inondations là, et partout de l'extension des villes au détriment des zones cultivées ; mais c'est une tendance qui ne date pas d'hier.
- la spéculation ? Evidemment ; les accapareurs de 1789 ont fait des émules, mais la finance ne peut à elle seule expliquer la crise actuelle.
Alors, quelle difficulté nouvelle ? 
- Une explication d'une simplicité épouvantable : les financiers ont trouvé des cultures plus rentables que des aliments bon-marché. Ils ont trouvé les agrocarburants. 
Nos voitures brûlent des céréales qui manquent aux affamés
Dans votre enfance, on vous a répété mille fois : "on ne joue pas avec la nourriture". Il vous en est resté un profond respect pour ce qui alimente les hommes. Vous ressentez d'autant plus le scandale du gaspillage. Vous n'êtes plus dans le coup.
Les fautifs sont aussi des menteurs. L'image écologiste qu'ils cherchent à se donner ne tient pas.
Les carburants fossiles et le CO² qu'ils permettent d'économiser dans les moteurs sont battus en brêche par d'autres plaies environnementales : la déforestation, la surexploitation des sols et de l'eau. Tout ce gâchis pour affamer le monde !
Enfin, l'absurde rejoint le scandale, on pourrait obtenir le même carburant synthétique sans priver les humains ni les bêtes ; il suffirait d'exploiter les ordures.
Et voyez la merveille, on résoudrait tout à la fois la crise alimentaire, la fin du pétrole et l'accumulation des poubelles de Naples.
On va tout de même leur demander pourquoi de si brillants cerveaux n'y ont pas pensé.

Reçu ce commentaire de Claudine  :
"D'accord sur toute la ligne ; dans les ONG tu aurais pu mettre la mienne , le CCFD (même si elle est catho ! ) : la notion de partenariat est à la base ; ce sont les sociétés civiles qui décident de leur avenir ; le CCFD apporte son appui financier . Nous agissons aussi par les campagnes de plaidoyer en collectif : l'an dernier nous avons dénoncé l'extension de la culture du soja et son impact sur l'agriculture falmiliale ; ce qui nous a permis de mettre déjà en garde contre les effets pernicieux de la course au profit via les agro -carburants . Nous faisons partie de collectifs d'ONG :une prochaine campagne porte sur la réforme de la PAC , un ne autre sur les JO ; je tiens les pétitions à ta disposition ."

 

Par jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /2008 08:55

Une spécialité française : l'enthousiasme commémoratif.
La mort d'Aimé Césaire vient d'en être une nouvelle occasion.
Comme on a des doutes sur la capacité des Français à faire la part des choses, on a eu droit à tout un panygérique, rien que des compliments : le grand écrivain, le poète, le "chantre de la négritude". On a même entendu évoquer une perspective de panthéonisation, en oubliant au passage que la famille ne voulait pas en entendre parler. Miraculeusement, les aspects moins glorieux du défunt sont passé sà la trappe ; personne ne s'est avisé de rappeler les pressions les plus énergiques dont il avait fallu user pour l'empêcher de briguer un ridicule nième mandat de maire.
Le président de la République, obéissant à on-ne-sait-quel-calcul, a fait le déplacement des funérailles. 
Bon, c'est le grand homme du moment, on espère que sa mémoire perdurera.

     Il est des gens qui n'ont pas de chance à la naissance mais la situation peut se modifier au cours de leur vie.
Une autre malchance est plus incurable ; c'est de mourir au mauvais moment, en concurrence avec un autre défunt qui vous prend la vedette.
C'est ce qui vient d'arriver à Germaine Tillion. Morte à 101 ans, sa vie  a été en tous points remarquable : fondatrice de l'ethnologie française, elle a été non seulement la spécialiste mais la grande amie des paysans des Aures. Très logiquement, elle s'est montrée une adversaire de la colonisation.
Bien avant la guerre d'Algérie, elle s'était battue pour la liberté. Membre fondateur du réseau du Musée de l'Homme, elle a été déportée à Ravensbrück. Cette épreuve ne l'a pas abattue, au contraire ; elle en a "profité"(!) pour mener une étude sociologique du camp tout en écrivant des spectacles destinés à soutenir le moral de ses compagnes. Jusqu'à sa mort, elle est restée une grande amie de la liberté ; à son grand âge, elle faisait partie d'une association de soutien aux sans-papiers.
On ne saura jamais pourquoi la notoriété privilégie une mort plutôt qu'une autre, Césaire plutôt que Tillion. On ne peut que faire des suppositions plus ou moins "charitables" pour expliquer les attitudes.
On se console en pensant que l'histoire rendra justice, qu'elle sera plus équitable que la mémoire immédiate et sa mauvaise conscience sélective
Personne ne propose de panthéoniser Germaine Tillion ? tant mieux, le panthéon est un endroit sinistre et glacial. Il fait plus chaud dans nos coeurs.
  

Par jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /2008 23:02

Sacré Le pen !  Il ne changera jamais !
Pas du genre à se laisser voler la vedette par Sarko, il connait la recette qui fera parler de lui à coup sûr : le "détail". Assaisonné de quelques chicaneries, de trucs de procédure dont il est spécialiste, le "détail" fait noircir abondance de papier.
C'est justement ce qui lui importe le plus, et c'est moins cher que s'offrir une campagne de pub. Vu l'état  des finances du Front, il n'y a pas de petits bénéfices.
N'ayons pas peur des mots, les dernières élections ont été sa Bérézina.
Il fallait s'y attendre, Hortefeux et Dati lui font une concurrence déloyale. Sans vergogne, ils lui piquent ses idées les mieux rodées et, pour le plan-médias, ils ont les télés gratos et Lagardère à leur service. Alors forcément, ils lui ont piqué ses électeurs. 
Pas d'élus, pas de sous, il faut trouver les coupables et rectifier le tir.
"Fifille", influencée par les tenants du politiquement correct, a essayé de transformer le bouledogue hargneux en pépé gâteau.
Les électeurs ont compris "gateux" et ont envoyé le père et la fille dans les cordes. 
C'est le destin ; inutile d'épiloguer, revenons à une vieille méthode qui a fait ses preuves : le scandale.
Au nombre des grands moments de déchainement des passions, le sommet fut certainement cette intervention où le sort des juifs a été qualifié de "détail" de la seconde guerre mondiale. Il faut absolument retrouver une telle gloire et ne pas hésiter à recycler les fonds de placards.
Et c'est en de telles occasions qu'on déchiffre le mieux la personalité de Le Pen. C'est une bête de tréteaux.
Ce qui lui importe réellement c'est de faire bouger les foules, d'être l'opposant n°1, pouvoir nuire sans jamais exercer de responsabilités. Qu'il accumule de l'amour ou de la haine, au fond pour lui, c'est sans importance.
La plus mauvaise farce qui pourrait lui arriver serait de gagner les élections ... mais nous y échapperons, aucune personne sensée n'est disposée à prendre le risque.

Par jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /2008 23:26
Il y a peu, j'ai reçu de Patrick cette communication, autour d'une interrogation morale qui ne peut pas laisser indifférent(e). C'était à la suite de l'acquittement de Mme B., meurtrière de sa fille lourdement handicapée.

"Un événement m'a choqué cette semaine: l'acquittement de cette pauvre femme
qui a donné la mort à son "enfant" âgée de 26 ans. Certes il ne fallait pas
emprisonner cette femme. Nous devons admettre une multitude de circonstances
atténuantes: la lourdeur à s'occuper d'une personne ayant un handicap
majeur, l'abandon d'une société incapable d'aider à la fois les malades
handicapés et les aidants, le désarroi, une dépression latente...etc.
Néanmoins, il s'agissait d'une personne qui malgré la souffrance et le
handicap, était Humaine. Elle n'avait pas demandé quoique ce soit. Aucune
amalgame ne peut être fait avec le droit à mourir, il n'y a ici aucun
rapport, encore moins avec le contexte de la loi Léonetti.
J'aurais tout de même voulu une peine avec sursis par exemple mais que cette
personne soit tout de même reconnue comme coupable ce que nous sommes
obligés d'appeler un crime ! Au lieu de tout celà, je n'ai entendu que des
applaudissements !! Des éloges et on a même parlé du courage des jurés !
Aucun commentaire ou très peu dans la presse, encore moins du corps médical
(j'ai un peu honte !). Quelle belle porte de sortie pour notre société, cela
va faciliter des décisions politiques finalement qu'il n'y ait eu aucune
réaction...A quel degré on va considérer qu'il y a au moins une faute ?
Peut-être que pour des handicapés, il ne faudra plus parler de crime ? Il
faut redéfinir le crime ? Demain, quels autres handicapés, les patients
atteints de maladie d'Alzheimer ? Les autres maladies qui dérangent..."

Patrick

Et ma réponse :

La facilité avec laquelle le monde accepte le meurtre des personnes handicapées me gène beaucoup, moi aussi.
 Si on admet qu'il existe des limites à l'humanité de certains humains, l'histoire, pas si ancienne à l'échelle des siècles, nous a montré où cela mène tout droit. Les nazis ont commencé par l'extermination des handicapés et des incurables. Le manque de vigueur des protestations leur a montré qu'ils pouvaient aller plus loin et ce fut la Shoah : ils ont détruit les juifs, les tziganes, les homosexuels ... A n'en pas douter, d'autres pans de l'humanité auraient suivi, si des hommes enfin réveillés n'avaient dit "Non". 
La notion d'"être humain" ne se négocie pas. Un point, c'est tout.
Mais, précisément, la défense de l'humanité demande qu'on en fasse preuve.
Nous avons tous connu des familles littéralement saccagées par la présence d'un handicapé trop lourd pour son entourage. Pas de vacances, des amis qui s'éloignent parce que c'est trop compliqué de gérer des invitations ou des visites, les copains des enfants qui ont peur du "monstre" et le renoncement à mettre au monde d'autres enfants parce que le handicap dévore le temps et ne laisse pas de place à d'autres. Que des parents, surtout des mères car la charge repose sur elles avant tout, ne puissent supporter une telle existence, c'est un malheur qui mérite surtout notre compréhension et notre aide.
Mais s'ils en veulent, de l'aide, ils doivent revendiquer, insister, sans garantie de succès. La société leur accorde le moins possible, et ne leur offre rien. Même lorsqu'un handicap est diagnostiqué à la naissance, la mère ne s'entend proposer aucune solution ; elle quitte la maternité avec une charge qu'elle devra assumer seule. A partir de ce moment, son destin est ficelé.  Elle aurait pu l'abandonner à la naissance mais tout a été fait pour qu'elle n'y pense même pas ; et dès qu'elle a commencé à le traiter comme son enfant, le piège est refermé. Cet enfant qu'elle sera seule à subir, elle y sera définitivement attachée jusqu'à ce que mort s'en suive. Son quotidien est sans repos ; elle n'aura de soulagement momentané que par des initiatives généreuses, hors programme. C'est ainsi qu'on rencontre parfois dans un service de pédiatrie un enfant lourdement handicapé ; il n'y est pas à sa place, il ne reçoit aucun traitement spécifique ; mais un médecin compatissant a décidé de l'hospitaliser quelques jours pour permettre à la mère de souffler. 
Parfois, c'est le drame. La mère tue son enfant qui n'est plus pour elle que désespoir.
Malgré la compréhension que cette femme nous inspire, tuer un être humain est un meurtre. Elle est coupable, elle reconnait elle-même son geste.
 L'acquitement qui la dit "non coupable" n'est donc pas adapté à la situation, mais il serait inhumain et absurde d'envoyer cette femme en prison. C'est une coupable sans risque de récidive, l'enfermement lui nuira sans l'améliorer.
Il existe un type de verdict qui me paraît convenir à ces affaires malheureuses, c'est la dispense de peine. L'accusé est reconnu coupable mais le jury considère qu'il n'est pas nécessaire ni même utile de lui imposer une sanction pénale. Franchement, je suis étonnée que les tribunaux n'en usent pas d'avantage.
Mais il est vrai que ces affaires de meurtres relèvent des cours d'assises, jurés populaires qui risquent plus que les juges professionnels de se laisser prendre à l'émotion ambiante.
Les jurés populaires, comme le suffrage universel, sont capables du meilleur et du pire de la démocratie.

L'affaire n'est pas close, le parquet ayant fait appel de l'acquittement.
Entre torche olympique et show présidentiel, cela vaut peut-être la peine de se poser parfois des questions morales.
Qu'en pensez-vous ?
Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mercredi 7 mai 2008 3 07 /05 /2008 00:00

Quelle est la durée d'une catastrophe naturelle ?
Une heure.
Au delà, ne parlons plus de nature. Tout dépend de l'efficacité des secours et de l'investissement humain.
Pauvres Birmans !
Ils sont écrasés par un cyclone (tiens, au fait, je croyais qu'en Asie, il fallait parler de "typhon", passons ...) mais la junte militaire les écrase bien plus.
Rien de bon à en attendre.
Dernières nouvelles : la junte accepte de recevoir des secours sous forme de matériel et de ravitaillement .
Pas de quoi se réjouir, les militaires y mettent une condition : gérer la distribution eux-mêmes. Les personnels des ONG ne doivent pas entrer dans le pays.
Le temps de trouver un arrangement , les sinistrés seront tous morts.
A nouveau, on se prend à évoquer le Droit d'ingérence si cher à Kouchner
.
Nous l'avons bien boudé, le French Doctor, il nous a tellement déçus en rejoignant Sarko, son Identité Nationale et ses réformes bling-bling toujours sur le dos des mêmes.
Mais il faut le reconnaître, c'est encore lui qui a raison. Ce ministre se croit toujours au Biafra ou parmi les boat-people. Ses heures de gloire resteront les missions qu'il a réalisées pour l'ONU.
Il a retrouvé le ton juste. Nous voilà sur le chemin de la réconciliation.
Mais nos états d'âme n'ont pas d'importance. Ils sont même ridicules en face du sort épouvantable des Birmans.
L'égoïsme féroce des uns, l'indifférence des autres et le silence effrayant des victimes, c'est un tableau trop bien connu.
Le célèbre tsunami de 2004 a été l'occasion d'un grand concours de générosité que le tremblement de terre du Cachemire n'a pas connu. Quelle sera la réaction des âmes charitables envers la Birmanie ? Nous verrons ...
Que la charité sélective préfère aider les plages thaïlandaises balayées par le tsunami parce qu'elles sont une destination vacancière des Occidentaux alors que le tourisme au Cachemire est fort limité, voilà le genre de supposition qui n'améliore pas notre bonne conscience.
 Il reste aux Birmans à espérer que nous soyons plus attentifs à communiquer sur l'action humanitaire. Avec un peu de chance, ils y trouveraient quelques miettes à récupérer.

Par jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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