Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 00:00
   Retour en arrière sur l'expérience qui nous a tous marqués.
Après neuf heures de projection, nous sortions hagards et assommés par l'horreur. Nous venions d'assister à Shoah de Claude Lanzmann. 
    Depuis cet événement mémorable, nous étions convaincus d'avoir "fait le tour" de la  destruction des juifs d'Europe, selon l'expression consacrée par Raul Hilberg. Notre référence était Shoah, le document essentiel.
     Il était cependant prévisible que l'ouverture des archives et des paroles à l'Est  permettrait d'autres découvertes.
      D'abord il y a eu des écrits de chercheurs et d'historiens, comme Patrick Desbois, .
Des articles et des ouvrages ont  été publiés concernant l'extermination des juifs dans les pays Baltes, en Galicie, en Bielorussie et en Ukraine. Même la fiction  s'en est mêlée ; on lui a beaucoup reproché mais il faut reconnaître que le roman de Jonathan  Littell, "Les bienveillantes",a permis au plus grand nombre de découvrir une réalité largement inconnue.
      Pour la majorité des Français, la Shoah c'est Auschwitz, ses chambres à gaz et ses crématoires. C'est le premier souvenir qui remonte à la mémoire, très logiquement puisque les juifs de France ont été déportés vers les camps de Pologne pour y être assassinés. On ignore, ou on oublie, qu'à l'Est  l'extermination a pris la forme de massacres de masses, la "shoah par balles".
Cette réalité, grâce aux publications, commence à être mieux connue mais c'est encore une connaissance livresque.
       Un document fera date en apportant l'image qui nous manquait, le témoignage filmé des contemporains et des survivants. C'est le documentaire réalisé par Michaël Prazan sur les einsatzgruppen, les troupes spécialement chargées de détruire, au fur et à mesure de l'invasion, les cadres du parti communiste, les tziganes et, avant tout, les juifs.
       Les tueries à grande échelle ont été rendues possibles par l'antisémitisme ambiant dans ces pays où les nazis n'ont eu aucun mal à trouver des supplétifs pour les aider. 
        Ce documentaire a été diffusé sur France 2 en deux parties qu'on aurait pu sous-titrer "l'aller" et "le retour", le premier épisode correspondant à la progression des einsatzgruppen vers l'Est, la Russie, et le deuxième, à leur reflux après Stalingrad, lorsqu'ils ne sont plus certains de l'emporter et qu'il devient urgent pour eux d'effacer les traces de leurs crimes.
A l'aller, nous sommes surtout horrifiés par la sauvagerie de ces tueurs systématiques et la véritable "taylorisation" des massacres : faire le maximum de morts avec un minimum de moyens matériels et humains. C'est la productivité appliquée à l'industrie du massacre et de la fosse commune  ; à Kiev, par exemple, ils utilisent un ravin naturel pour disposer d'un grand trou sans avoir à le creuser ; ils mettent au point le rangement des victimes en boîte de sardines pour les tuer dans la fosse même, bien alignées, gagner ainsi de la place et des manipulations, manipulations exécutées par des juifs, eux-mêmes tués à la fin de l'Aktion, comme les sonderkommandos des camps.
Dans la partie "retour", à nouveau le récit est éprouvant mais à l'horreur s'ajoutera le dégoût. 
     Le fameux Reich qui devait durer mille ans en est réduit à lutter pour sa survie. Ses hommes de main craignent les conséquences de leurs actes. Même complètement abrutis, ils sont conscients des risques. Il ne faut pas laisser de preuves de leurs exactions.
Le négationnisme est mis en oeuvre avant la fin de la guerre.
Comment effacer les traces ?
En refluant vers l'Allemagne, ils repassent par les sites où ils ont sévi à l'aller. Heureusement (!) pour eux, ils y trouvent quelques juifs, survivants ou fuyant un autre massacre. Ils vont en faire des esclaves pour rouvrir les fosses, sortir les corps qui s'y trouvaient depuis deux ou trois ans (dans quel état!) et les brûler avant de broyer les cendres, sans oublier d'y récupérer les métaux précieux qui pouvaient s'y trouver (dents en or, bijoux... échappés aux tueurs lors de l'exécution.
L'évocation soulève le coeur mais, pire que tout, nous sommes indignés d'entendre les souvenirs exprimés par les voisins, ceux qui ont assisté aux opérations. Ne cherchez pas l'expression de l'ombre d'une compassion pour les victimes. Ces témoins-là racontent les nuisances qu'ils ont subies, l'odeur épouvantable des fosses ouvertes et des bûchers. Une exécution propre ne leur aurait peut-être pas déplu ...
Michaël Prazan n'a pas fait qu'un travail d'historien. Il a livré la matière permettant de poser des questions très actuelles. 
    Autant les Allemands ont jugé sans concession les crimes de leurs ancêtres et sont devenus moralement irréprochables, autant les habitants d'Europe de l'Est continuent à revendiquer un statut de victimes sans reconnaître qu'ils ont aussi été bourreaux. L'Union Européenne a intégré la Pologne et les Etats Baltes sans y regarder de trop près, sans exiger de leur part la moindre reconnaissance du passé. Elle a commis une faute par négligence, faute qu'il ne faudrait pas voir se renouveler avec d'autres impétrants.

Michaël Prazan a commis une oeuvre très forte qui fera date. Le DVD devrait être mis en vente prochainement. Il faudra en équiper tous les centres de documentation et les médiathèques. 
Il va rejoindre Shoah parmi les oeuvres de référence.     

Par Tipanda - Publié dans : histoire
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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 09:42
     Le 28 avril, il est prévu de "faire la fête à Bachelot".
     Chacun fourbit les armes en y allant de sa proclamation pour défendre l'hôpital public.


J'ai sélectionné parmi toutes ces déclarations l'Appel des 25. Il est paru sur le site du Nouvel Obs et je  le reproduis en annexe pour ceux qui n'en auraient pas encore pris connaissance.

Qu'en dire ?
     D'abord, qui aime bien châtie bien, relevons un défaut de communication. Pour rédiger et signer leur appel, les auteurs sont restés entre eux : des professeurs exerçant dans des hôpitaux de l'APHP, donc des parisiens. Or, ne le cachons pas, dans l'esprit de beaucoup de provinciaux il y a toujours un fossé Paris-Province (ou "Région", comme il paraît qu'on doit parler aujourd'hui). Ce n'était peut-être pas le meilleur angle d'attaque, heureusement le contenu est plus intéressant que ce petit inconvénient de forme.
      L'hôpital est-il une entreprise comme les autres ?
C'est la question qui préoccupe les 25, à juste titre, alors que nos gouvernants ne semblent pas y voir malice.
Les tenants de l'hôpital-entreprise lui donnent en exemple les cliniques privées.
Argument-choc : faire les économies imposées par la bonne gestion.
Ils oublient (sont-ils distraits !) un "détail": les cliniques ont un but lucratif, faire des sous, elles choisissent les patients et les affections qu'elles veulent traiter. Si les hôpitaux appliquent les mêmes règles, qui s'occupera des malades insolvables et des affections mangeuses de plus de temps que de technologie ?
En gros, qui fera les boulots ingrats et avec quels moyens ?

Le capitalisme, nous pouvons en témoigner tous les jours, vit au présent. L'avenir lui est très secondaire. Nous pouvons en contempler chaque jour les brillants résultats : des catastrophes écologiques et humaines. On n'est pas vraiment pressé de le voir s'épanouir dans notre santé.

Si les hôpitaux font la course à la rentabilité, qui s'occupera de la recherche médicale ?
Les laboratoire privés ? Ils continueront à faire ce qui est déjà leur habitude : l'étude des molécules rentables (comprendre : celles qui s'adressent à un public nombreux et solvable) et l'abandon des autres.
Il faut cesser de croire que la pharmacie pourrait tout. C'est une croyance répandue chez les généralistes débordés et les épiciers diplômés (couramment nommés "pharmaciens") ; quitte à les déprimer, l'avenir de la santé n'est pas qu'une affaire d'apothicaire.
Alors, que deviendra la recherche non - pharmaceutique ?
Aujourd'hui elle est le fait de l'INSERM, des enseignants-chercheurs à l'hôpital public, aussi mal traités que tout le reste de la recherche. Si les crédits nécessaires leur sont accordés sur le même critère de rentabilité, il ne leur restera plus qu'à faire la manche. Les téléthons et autres "machin-dons" ont de l'avenir. La modernité est  dans les vieilles recettes et l'avenir est aux dames patronnesses.
Pour veiller à la réussite du projet, il faut confier l'hôpital à des hauts fonctionnaires, des ENArques.
Le succès de leur gestion de l'économie a de quoi susciter les plus vives appréhensions.
Imaginez que vous arriviez abîmé dans un hôpital ; pour la remise en état de vos abattis, préférez vous un professeur de médecine ou un comptable ?
Dans le projet Bachelot, le médecin sera commandé par le comptable qui sera, lui-même, désigné par le gouvernement. Tous ces gens-là sont parfaitement incompétents à vous soigner mais, pas de quoi s'affoler, les seuls patients qui comptent, les riches, délaisseront l'hôpital et perfectionneront la rentabilité des cliniques.
Comme il leur faut des arguments, les tenants de ce projet calamiteux mettent en avant les accidents thérapeutiques et la mortalité plus importante rencontrés dans quelques petits établissements.
Au lieu de hurler avec les loups, regardons de plus près. Qui sont les patients de ces petits hôpitaux si décriés ?- Un gros pourcentage de vieux et de pauvres, les plus favorisés sont déjà partis. Plus une personne cumule de risques de mortalité, plus elle a de chances de finir sa vie à l'hôpital.
Le public ne voit que cette mortalité supérieure, il est d'autant plus facile à séduire par les cliniques privées qui disposent d'agents recruteurs efficaces parmi les médecins libéraux. Ces derniers, questionnés par un patient qui doit subir une intervention chirurgicale, conseillent presque toujours telle ou telle clinique des environs, jamais l'hôpital. On ne réhabilitera jamais la réputation de l'hôpital public sans la participation des médecins prescripteurs.

L'important n'est pas de transformer la santé en commerce et l'hôpital en usine mais de replacer l'humain au centre des décisions puisque, décidément, rien ne vaut la vie.



L'APPEL DES 25

E
n 1958, la grande réforme menée par le Professeur Robert Debré allait permettre à la médecine française de devenir en 30 ans "la meilleure du monde".
Cinquante ans plus tard, le Parlement va-t-il voter la loi "Bachelot" qui porte en elle la disparition de cette médecine hospitalière au profit d’une médecine mercantile ? Le maître-mot n’est plus la santé mais la rentabilité. La préoccupation centrale n’est plus le malade mais le compte d’exploitation de l’hôpital. Et les premières victimes en seront les patients et les soignants.
Cette loi cale l’hôpital sur l’entreprise. Elle donne tous les pouvoirs au Directeur de l’Hôpital, nommé et révoqué par le Directeur de l’Agence Régionale de Santé, lui-même nommé et révoqué par le Conseil des Ministres. Ce directeur pourra n’avoir aucune compétence médicale ou en santé.C’est pourtant lui qui arrêtera le projet médical de l’hôpital. Lui aussi qui nommera et révoquera les médecins responsable des structures de soins (pôles, départements, services…). Sur quels critères ?
La tarification des actes est semblable dans les secteurs privé et public – comme si les pathologies et la continuité des soins y étaient comparables ! La pensée marchande dont se prévaut cette loi réduit le qualitatif au quantitatif, le malade au tarif de sa maladie.
Dans le même temps on organise des suppressions massives et injustifiées d’emplois d’infirmières et d’aides-soignants.
Bien sûr, l’hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière.
Il faut repenser l’organisation hospitalière pour répartir de manière harmonieuse sur le territoire, sans redondance, les stuctures de soins et les spécialités en prenant en compte aussi leur niveau de technicité et l’accueil des urgences ; organiser la continuité des prises en charge au fur et à mesure de l’évolution du type de soins que demandent les malades.
Il faut réfléchir aux nouveaux métiers de la médecine ; prendre en compte la nécessaire pluridisciplinarité ; reconnaître et valoriser les actes des infirmières et des personnels paramédicaux (psychologues, diététiciennes, orthophonistes, etc.) ; promouvoir la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique.
Il faut impliquer toutes les unités de soins hospitalières dans des activités de recherche structurées et adosser les orientations cliniques à un projet médical qui ne soit pas fondé sur la rentabilité mais d’abord sur les besoins de la population, l’évolution prévisible des grandes questions de santé publique, l’avancée des connaissances et des progrès technologiques.
Il faut un financement, propre à l’hôpital, qui tienne compte de l’innovation, de la lourdeur des pathologies, de la précarité, des handicaps de la vie.
A cet effort-là, source de progrès et de solidarité, tous les médecins et personnels hospitaliers sont prêts à souscrire. Mais pas à cette loi destructrice et injuste.
Soyons clairs. Si cette loi n’est pas amendée, elle s’appliquera sans nous, médecins et chirurgiens de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Demain, côte à côte, et pour la première fois, infirmières, agents hospitaliers et administratifs, médecins seront dans la rue. Preuve que les mentalités ont changé, que l’union est faite pour que soit supprimé le volet hospitalier de la loi "Bachelot" et pour que s’ouvre enfin un débat à la hauteur de l’enjeu : il est encore temps et il est urgent d’organiser les Etats Généraux de l’hôpital public.

Par Tipanda - Publié dans : humeur
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Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 09:57

        On se rappelle la sinistre plaisanterie nommée "Conférence de Durban", officiellement et sans rire : Conférence Internationale contre le racisme et les discriminations. Rien que de bonnes intentions !

Organisée par les Nations Unies à Durban en Afrique du Sud en 2001,   sa mission première a été très vite détournée  pour devenir un forum antisémite comme on en croyait le monde guéri depuis la Shoah.

De prétendues ONG y distribuaient largement une littérature raffinée avec, en vedette, un best-seller du faux, le plus célèbre du genre : les « Protocoles des Sages de Sion ». Les congressistes, dans une touchante unanimité, ont  accusé Israël d'être un Etat raciste, de commettre un apartheid, d'être une menace pour la paix internationale et, oubliant les engagements de l'ONU, ils n'ont pas hésité à a en réclamer la destruction.

Les Nations Unies organisent la suite de cette conférence de Durban à Genève du 20 au 24 avril 2009.

La Lybie préside le comité préparatoire et l'Iran et Cuba sont les vice-présidents,...  tous des comiques et de grands démocrates. On attend du spectaculaire dans le désopilant.

 Quand nous aurons fini de rire, il restera le constat prévisible mais affligeant qu'il n'y a rien de changé depuis Durban 1. Les textes préparatoires comportent les mêmes billevesées. 

Où sont passés les grands spécialistes de l'indignation médiatique ?
Ils se préparent pour le voyage. Entre deux banques helvétiques et trois tablettes de chocolat, on peut compter sur eux pour le grand barnum de l'antisémitisme.

Ils n'ont pas trouvé le temps de s'en prendre à la junte birmane et aux sinistres pantins de la Corée du Nord ou du Zimbabwe, mais d'Israël, ils vont s'occuper.

  Ils veulent que tout soit permis aux islamistes, rien aux juifs.

C'est toujours la même haine qui tient lieu de raison.

Attendons de voir quelles onusiennes délégations auront le bon sens de ne pas cautionner leur folie, de laisser les crocodiles entre eux, barboter seuls dans le marigot.

Il y a fort à craindre, hélas, qu'ils aient de la compagnie ; les belles âmes ne laisseront pas la chaise vide, elles trouveront des prétextes comme en août dernier, lorsqu'elles ont participé au JO qu'elles avaient promis de boycotter.

Tant pis pour elles. La guerre aux juifs, c'est la guerre à l'intelligence.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 09:39
       Bonne Pessah et, d'avance, bonnes Pâques pour ceux qui sont concernés ...
Et bonne fin de semaine pour les autres.
Les temps sont durs ; ce n'est pas une raison pour oublier les amis,
... au contraire, c'est l'amitié qui réchauffe les coeurs et soutiendra nos efforts pour embellir la vie.
Par Tipanda - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 09:32
 ... et il vaut mieux cent coupables en liberté qu'un seul innocent en prison. C'est un principe fondamental de la justice dans un état de droit.
Faut-il , une fois de plus, constater que nous sommes sortis de l'état de droit ?

Il n'est pas politiquement correct de critiquer une décision de justice. Tant pis, le droit des gens est au-dessus de la mode et des usages.
Il faut dire ce que le procès Colonna et le verdict qui l'a suivi ont de choquant.
Un accusé présumé coupable dès avant son premier procès, une cour d'assises tournant le dos à sa définition de tribunal populaire pour être uniquement composée de juges, une procédure sélective où les demandes de la défense ont été systématiquement repoussées, l'absence de preuve, des témoignages qui se contredisent et, au bout de la course, une intime conviction élevée au rang de certitude, très logiquement on aboutit à un verdict qui finira en Cour Européenne de Justice où la France se paiera encore la honte pour manquement aux règles de la justice.
Pour le pays des Droits de l'Homme, c'est bien triste.

Soyons clairs, je n'ai aucune sympathie pour les indépendantistes corses, mais c'est une autre affaire, et la personne  d'Yvan Colonna  m'importe peu. Mais ses procès ont été scandaleusement menés.
Y recherchait-on la justice ? Rien n'est moins sûr.
Il fallait un coupable, n'importe lequel, histoire de montrer que la République garde le dernier mot. Il fallait venger deux victimes : la France et la veuve du préfet.
Encore une fois, on a nommé "justice" la vengeance qui en est la négation.

L'état de droit a vécu.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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