Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /2007 09:39

Formule empruntée à Cavanna ( à chacun son dû ) pour esssayer de résoudre une interrogation qui est pour moi sans réponse.
Nous avons tous connu des enfants et des adolescentsqui voulaient devenir médecins ou vétérinaires. Ils sont, en géneral, motivés par l'intention de soigner et le but de guérir des humains ou des animaux. Devant la longueur et la difficulté des études, certains se découragent mais d'autres affrontent l'adversité et persévèrent. On suppose leur vocation bien accrochée. 
Au bout de la course, il en est qui  deviendront médecins légistes ou vétérinaires inspecteurs des abattoirs. Ils ne soigneront personne et passeront leurs journées dans la fréquentation des cadavres.
Des professions très utiles, assurément, mais complètement hors de leur vocation de départ.
Place à l'ironie, on peut constater que, dans ces spécialités, on est à l'abri des réclamations du client ; mais ce n'est pas suffisant pour justifier l'engagement d'une vie.
Si quelqu'un a compris, j'aimerais qu'il éclaire ma lanterne.    

Par Jacqueline Simon - Publié dans : vous à moi et réciproquement
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Mercredi 3 octobre 2007 3 03 /10 /2007 13:00

Le christianisme, d'abord mal reçu à Rome, considéré comme inintégrable (tiens, tiens ...), a tellement prospéré qu'il est devenu religion officielle de l'empire. 
Au Vème siècle, voilà que l'empire romain s'écroule. Que va devenir sa religion ?
On a longtemps imaginé le déferlement de hordes barbares pillant et massacrant ; ça ne s'est pas vraiment passé ainsi. La pression d'envahisseurs asiatiques sur la Germanie et le désir de meilleures conditions de vie ont poussé plusieurs vagues de peuples à franchir les limites de l'empire romain qui abritait déjà des éléments attirés par les Romains qui avaient besoin de main d'oeuvre . Des groupes isolés ont bien exercé quelques razzias, des maisons ont été brûlées, des récoltes pillées, comme dans toutes les périodes d'anarchie et de guerre, mais ce qui a marqué la fin de l'empire, c'est d'abord la pénétration dans la culture romaine de nouveaux modes de vie, des traditions venues d'ailleurs, souvent mèlées de vieilles croyances pré-romaines réactivées. On assiste à l'émergence d'une aristocratie nouvelle imposant ses codes, ses valeurs et ses croyances.
Ils ne sont généralement pas chrétiens et ils s'emparent de régions christianisées où le clergé est la seule autorité organisée. 
Même si on les considère comme des barbares, leurs chefs (tels Clovis) sont parfois des politiques doués, ils comprennent que s'entendre avec le clergé est nécessaire pour durer.  Ils se convertissent . Dans la foulée, le peuple adopte la religion du prince ; romain ou barbare, l'occident est chrétien.

  C'est le début d'un millénaire de ... conflits.
Entre les pouvoirs civils et religieux, c'est un mariage de raison ; ils sont unis par une solide communauté d'intèrêts mais chacun essaie d'abord de faire valoir ses projets. Le clergé n'a pas d'armée ; il met en place d'autres systèmes d'autorité dont les saints font partie.
Les siècles du grand chambardement, du règne des mérovingiens, sont paradoxalement le temps des saints. Aucune autre époque n'a laissé autant de prénoms au calendrier ou de noms de lieux en "Saint..." Qui étaient-ils ? Qu'ont-ils fait pour mériter d'être canonisés ? 
L'histoire de l'Eglise de ce temps -là est celle des privilégiés, les pauvres ne sont qu'une masse indifférenciée, leur seule fonction religieuse est de permettre aux puissants de gagner le paradis en exerçant la charité, ou plutôt, l'aumone. Les saints appartiennent donc au monde des riches et de leur entourage.

Quelques illustrations :
L'Eglise n'a pas oublié le rôle exercé par les femmes dans les premiers temps, elle va les remettre à contribution en s'appuyant sur les reines et les régentes. La plus célèbre, du moins en France, est Clothilde, femme de Clovis. Elle est devenue sainte pour avoir convaincu son royal époux d'embrasser la religion chrétienne et c'est la version que l'Eglise a propagée de l'événement. On peut avoir des doutes, Clovis était assez intelligent pour prendre sa décision sur des motifs exclusivement politiques sans avoir besoin de se rendre aux conseils de la reine, mais l'Eglise avait besoin d'un exemple à proposer aux futures épouses de dirigeants dans les siècles ultérieurs. En tous cas, c'est la version qui prévaudra, l'édition scolaire étant restée longtemps sous influence religieuse. On ne se privera pas de le souligner malicieusement, certains bons républicains laîcs ont refusé l'accès de la vie politique aux femmes en se fondant sur leur soumission aux influences cléricales ; leurs préventions venaient de loin et, sur ce point, ils avaient raison.

Par Jacqueline Simon - Publié dans : Feuilleton
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /2007 23:34

A quoi sert la mémoire ?
A pas grand chose  et surtout pas à tirer les leçons des erreurs et des fautes du passé. A chaque commémoration de la seconde Guerre Mondiale, il se trouve des historiens pour vilipender les signataires de l'accord de Munich, en rappelant la célèbre sentence de Churchill : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, vous aurez le déshonneur et la guerre". Ces mêmes prêcheurs, aujourd'hui, poussent des cris d'orfraie parce que Kouchner considère une bombe atomique iranienne comme un motif de guerre. Ils sont prêts à tous les accomodements en vertu du même pacifisme bêlant que leurs prédécesseurs qui ont fait semblant de croire en la possibilité de négocier avec Hitler. A Munich, les démocraties européennes ont essayé de sauver leur tranquillité ; ce faisant, elles ont laissé commettre la shoah. Si  les islamistes furieux, au pouvoir en Iran, construisent leur bombe atomique, sa première destination sera Israël, tout le monde le sait. Encore une fois, les victimes seront la démocratie, l'intelligence et le savoir.
Perspective insupportable. 
Laisser faire n'est pas construire la paix ; on ne peut se vanter d'être gentil si on ne se donne pas la force d'être méchant.

Par Jacqueline Simon - Publié dans : humeur
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Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /2007 08:57

La commission des lois de l'Assemblée Nationale vient d'accepter de présenter un projet légalisant l'usage des tests ADN pour lutter contre l'immigration clandestine. Résumons : l'immigrant bien accepté et même souhaité est un actif jeune, sans charges et formé. Celui-ci pourrait faire son trou n'importe où, on ne voit pas ce qui le pousserait à venir en France où il peut s'attendre à encaisser toutes sortes d'avanies ; donc le gros des candidats à l'entrée en France relèvent de ce qu'on a coutume d'appeler "le regroupement familial" qui est, pour adopter le vocabulaire des comptables, plus riche en charges qu'en produits. Nos brillants législateurs sont toujours à la recherche d'astuces permettant d'embêter les candidats pour les dissuader de faire venir leur famille et donc de s'installer dans la durée. 
Arguant de ce que le regroupement familial peut être un prétexte pour faire venir des gens qui ne sont pas réellement parents, Ils viennent de découvrir l'eau chaude, les tests ADN qui prouveraient une parenté mieux que l'état civil du pays d'origine soupçonné d'avance de falsification.
Hélas pour cette "brillante idée", les grincheux ont déjà leurs objections. 
La demande la plus fréquente de regroupement familial concerne l'épouse. Si l'on excepte quelques rares sociétés connaissant l'endogamie, la plupart des mariages ont été conclus entre individus qui ne sont pas parents, le test ADN ne dira rien sur la réalité de leurs liens familiaux. Plus probablement, est-il question d'empêcher l'immigré d'introduire frauduleusement des enfants qui ne sont pas les siens. Au lieu d'appeler la biologie au secours, il serait beaucoup plus satisfaisant pour tout le monde, et d'abord pour les enfants, d'enquêter sur les cas avérés, ce qui permettrait de sanctionner des formes  d'exploitation enfantine. A ce jour, la protection des victimes de ces trafics est bien insuffisante. 
On s'apprête à supprimer un bienfait sous le prétexte qu'il y a des abus. Au lieu de s'attaquer aux abus, comme d'habitude, on "jette le bébé avec l'eau du bain".
Surtout, ce serait une atteinte au respect de la vie privée, respect qui fait partie des droits fondamentaux reconnus par notre "belle patrie, mère des Droits de l'Homme". Les nationaux auraient donc des droits qui ne seraient pas reconnus aux autres. Insensé et inquiétant. 
Pour contourner par avance cette objection, il est prévu que les tests ne seront effectués que sur des volontaires. On ne précise pas ce qu'il adviendra de la demande de ceux qui auront refusé, mais on devine sans peine la réponse. De qui se moque t'on ?
Il serait temps d'arrêter de convoquer la science à des pratiques inhumaines. On a déjà connu et on ne veut pas revoir.

Par Jacqueline Simon - Publié dans : l'air du temps
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Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /2007 11:47

Nous avons laissé les premiers chrétiens dans le refus de s'adapter à Rome et l'intention bien arrêtée d'en obtenir néanmoins la conversion. Comment se faire entendre dans une société qui vous est hostile ? 
Une stratégie qui fera des émules : trouver le point faible et s'infiltrer par une brêche, exploiter les fragilités romaines. C'est la guerre psychologique, on appelle les saints à la rescousse. 
La toute première génération de chrétiens n'a pas eu besoin de se trouver des héros, elle les cotoyait, c'étaient les compagnons et contemporains de Jésus. Les suivants devront se trouver des modèles, des figures emblématiques promises à la sainteté. Evidemment, en ces temps de relations exécrables avec Rome, le saint typique est le martyr qui meurt tout naturellement  pour sa foi, histoire de laisser le mauvais rôle aux Romains. Il remporte un tel succès que les prêtres se trouvent dans l'obligation de rappeler qu'il ne faut pas rechercher le martyre, seulement l'accepter lorsqu'il vous est imposé.
 Un modèle mérite qu'on s'y arrête : le grand nombre de saintes qualifiées de "vierge-et-martyre", à croire que les romains tenaient particulièrement à livrer les jeunes filles aux lions. Oublions Quo Vadis, le récit de leur existence édifiante nous parle d'une autre réalité, un conflit interne à la famille romaine, conflit dont les chrétiens ont su tirer parti. 
Petit retour sur la toute-puissance du pater familias. Il est bien connu, ne serait-ce que par la mauvaise réputation que les chrétiens lui feront et laisseront pour la postérité, que le Romain, chef de famille a droit de vie et de mort sur les siens, esclaves, femme et enfants. Dans la pratique, ce pouvoir n'est pas total, des usages établis au cours des ans le limitent. Principalement, c'est à la naissance des enfants que le père de famille prend une décision sans appel. Il ne laisse vivre que les enfants qu'il décide d'élever. Les héritages, évidemment, se font sans partage ;  il faut s'attendre à des guerres successorales entre enfants ( n'oublions pas que nous sommes dans la cité de Romulus et Remus). Prudent, le romain, surtout de la classe sénatoriale, a peu d'enfants. Les nouveaux-nés surnuméraires sont tout simplement éliminés ou, plus souvent, exposés, c'est à dire abandonnés ; dans un cas comme dans l'autre, ils n'existent pas. Le procédé, pour nous choquant, est très courant dans nombre de sociétés anciennes sans contraception efficace ; mais dans beaucoup d'autres lieux, l'abandon d'enfants et l'infanticide sont le fait des femmes, surtout des prostituées ; la particularité romaine est le pouvoir discrétionnaire du mâle dominant : rien ne peut commencer à exister sans son accord, c'est lui qui décide de donner la vie. 
On comprend mieux pourquoi les riches Romains adoptent beaucoup. Paradoxal ? Non. 
Ils font peu d'enfants dans un temps où la mortalité des jeunes est importante, il n'est donc pas rare qu'aucun fils n'atteigne l'âge adulte. L'homme vieillissant, ou qui ne se prévoit pas assez d'avenir pour faire un nouveau-né et attendre qu'il grandisse, décide d'adopter. Rien à voir avec les adoptants d'aujourd'hui à la recherche de nourrissons à élever dans la tendresse pour combler un manque affectif, le Romain se choisit un fils adulte. Si le sentiment n'est pas toujours absent, il n'est pas obligatoire ; il importe plus de transmettre que d'aimer ; surtout, il faut un continuateur pour célébrer les cultes familiaux qui ne doivent pas tomber dans l'oubli, en eux réside la seule forme d'immortalité à laquelle croit le Romain. Les déconvenues ne sont pas rares... ex : "Tu quoque fili" (Jules César)...
Les femmes sont les plus malheureuses, les mères dont le mariage forcé n'a été qu'un viol officialisé par le mariage, elles auraient pu se consoler en aimant leurs enfants et elles s'en trouvent privées sans qu'elles aient eu leur mot à dire.
Si peu de garçons survivent, la situation est pire pour les filles. A Rome, la naissance d'une fille est une catastrophe, elle ne sera d'aucun profit, et même, elle coûtera car il faudra lui constituer une dot si on veut la marier. En règle générale, le père ne garde que la première née dont le mariage pourra lui servir dans ses alliances politiques ou autres ; exceptionnellement, une deuxième peut être "mise de côté", on en fera une vestale, une sorte de roue de secours au cas où l'ainée viendrait à mourir. 
Voilà un tableau approximatif du monde où débarquent les judeo-chrétiens.
Leur coup de génie : ils vont s'intéresser aux réprouvés de Rome, donner de l'importance à ceux et celles qui n'en avaient pour personne.
D'abord, il faut approcher les femmes et les filles ; pas facile, elles n'ont pas la liberté d'aller et venir et de faire des rencontres. La solution ? Les esclaves. 
Des activités économiques aux travaux domestiques, dans cette métropole cosmopolite, tous les métiers sont exercés par des esclaves. Ils exécutent les tâches les plus dures, les plus dégradantes ( à Rome, aussi, il faut curer des égouts et débarasser le fumier des écuries), mais on les trouve aussi dans l'intimité des grandes familles, ils sont précepteurs, médecins, régisseurs. L'homme de confiance de chaque maison romaine est un esclave ; sans lui, rien ne fonctionne dans la vie quotidienne. Ce qui fait qu'on le voit partout, il a accès à tout et à tous. Les Romaines ne sont pas enfermées dans des harems, gardées par des eunuques, elles cotoient la main d'oeuvre servile des maisons et des échanges s'établissent.
Parmi les esclaves, on trouve des chrétiens. Ils ont de l'influence sur les maîtres à qui ils ont su inspirer confiance. Comme ils se conduisent chastement avec les femmes, les maris n'interdisent pas leur fréquentation. Alors, aux femmes, ils expliquent que Dieu exige le respect de la vie et qu'il interdit le sacrifice des enfants, des saints-innocents ; ils ajoutent que se marier sous la contrainte est une faute pour les deux époux et qu'il vaut mieux ne pas se marier et consacrer sa vie à faire le bien et adorer Dieu que d'accepter à contre-coeur une union forcée. Les conversions prennent un tour épidémique, l'influence du chrétien prosélyte fait tache d'huile. La fille que son père veut marier de force est rarement seule, elle se sait soutenue, sa décision devient irrévocable. Le père ne comprend pas : cette fille, il a permis qu'elle vive, en retour elle lui doit bien l'obéissance, et il devrait affronter un refus, donc la contestation de son autorité... C'est l'ordre social qui vacille. Il faut sévir et faire un exemple ... qui ne servira qu'à stimuler les vocations au martyre.
Voilà ce que sont la plupart des saintes "vierges et martyres" des débuts du christianisme.
Pour résumer, le christianisme qui s'égarera plus tard dans l'Inquisition et l'alliance du sabre et du goupillon fut, à l'origine, un mouvement de contestation, défenseur des droits humains avant la lettre, et les premiers saints se comportèrent en agents de la subversion.
La suite nous réserve d'autres observations amusantes.

Par Jacqueline SIMON - Publié dans : Feuilleton
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