Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 17:04

Le Quesnoy, comme beaucoup de communes françaises, est jumelé avec des partenaires extérieurs, une commune belge, une allemande, autant dire des voisins, Cambridge en Nouvelle-Zélande d'où sont venus nos libérateurs de 1918, et Dej, dans le département de Kluj, en Transylvanie, région de Roumanie. En ce mois d'Avril 2014, je participais au voyage que le Comité d'Echanges Internationaux organisait chez nos amis roumains.

Ce n'était pas un circuit touristique (même si tout voyage réserve une part de découverte), nous allions remettre des diplômes aux élèves méritants qui avaient participé à un concours de dictée francophone et nous étions invités au festival Franthousiasme proposé par la ville de Dej : une semaine de théâtre interprêté en français par des scolaires.

Dire que nous avons été bien reçus serait en dessous de la vérité, nous avons été choyés, dorlotés comme des coqs en pâte, à en être presque gênés de tant de prévenances.

Pas de réception sans repas, la cuisine roumaine est bonne et l'ambiance meilleure encore.

Et les élèves ?

Un petit événement m'a carrément impressionnée. Nous étions reçus dans un lycée professionnel, la foule des élèves était rangée en carré dans la cour pendant que le proviseur faisait un discours qui présentait son établissement. Panne de micro, l'orateur a poursuivi, imperturbable, personne n'entendait rien.

Les élèves ont patienté sagement.

Imaginez les mêmes circonstances dans un lycée de chez nous... la pagaille.

Quand vous entrez dans leur classe, ils se lèvent, font silence et vous offrent une chaise avec un beau sourire...comme c'était l'usage dans nos écoles, il y a longtemps ... Me voilà prise en flagrant délit de regret du "bon vieux temps" !

Nous avons passé une matinée dans une très vieille école primaire, un ancien couvent transformé. C'était la semaine dite de l'"école sans école" avant les vacances de Pâques, les élèves se rendent en classe mais pour s'y livrer à ce qu'il est convenu d'appeler des activités périscolaires. Dans !a cour intérieure, ouverte au public, les enfants proposaient à la vente toutes sortes de petits travaux manuels pour financer des soins destinés à un de leurs camarades handicapé. Rien de nouveau sous le soleil de la solidarité...Ceux qui n'étaient pas vendeurs bénévoles peignaient des œufs, ils nous ont invités à les accompagner. Aïe,aïe ! la peinture sur œufs est plus difficile qu'il n'y paraît... ainsi que la peinture murale. Ils avaient mis un pilier à notre disposition pour exercer nos talents. Bonjour les coulures ! Comme dit la chanson, La peinture à l'huile, c'est plus difficile mais c'est bien plus beau que la peinture à l'eau ...

Au théâtre, une troupe de lycéens a joué "Les femmes savantes" dans le texte. La langue de Molière ne semblait pas les rebuter, en tout cas moins que beaucoup d'élèves "bien-de-chez-nous".

Des collégiens nous ont fait rire avec une pièce importée du Quesnoy, le "Procès du loup", parodie de jugement du loup accusé d'avoir dévoré le chaperon rouge. Juge et avocats se ridiculisent pendant que présumés victime et coupable filent le parfait amour.

Notre programme, je l'ai déjà dit, n'était pas touristique, mais nos hôtes nous avaient prévu quelques sorties.

J'aurais aimé visiter le château de Dracula, Vlad l'Empaleur, l'enfant-pas-si-maudit du pays (on se rappelle encore sa résistance contre les Turcs). Hélas, il n'était pas inscrit au programme, non plus que les Maramures et leurs croix de bois peintes. Peut-être était-ce trop loin ou jugé sans intérêt pour le moment ? Tant pis, nous aurons d'autres occasions d'y faire un tour.

Nos amis roumains craignaient peut-être que nous ne puissions nous passer de remparts pendant toute une semaine. Ils nous ont offert la visite d'Alba Iulia, ancien castrum romain puis forteresse médiévale, fortifiée au début du XVIIIème siècle par un émule de Vauban.

Nous avons découvert un site remarquablement restauré, à la fois proche et différent des remparts du Quesnoy. D'abord, c'est une forteresse d'altitude quand Le Quesnoy est un ouvrage de plaine et, surtout, le traitement des ruines s'est fait dans une philosophie différente.
Les remparts du Quesnoy sont comme fondus dans le paysage, ils émergent discrètement de la végétation. Pour les sauver, il faut, en permanence, combattre les racines qui s'insinuent et dissocient les briques. L'endroit est bucolique, poétique, romantique comme une ruine d'Hubert Robert.

Rien de tel à Alba Iulia, les conservateurs ne se battent pas contre la végétation, elle a été rasée, les murs ont été mis à nus et réparés, parfois reconstruits. Après s'être inspirés de Vauban, les architectes locaux se prennent pour Viollet Leduc. C'est beaucoup moins poétique mais nettement plus efficace pour expliquer le principe des fortifications de Vauban.

On reste saisi d'admiration devant l'ampleur du travail. Les esprits chagrins trouveront à critiquer le montant des subventions européennes, dans un pays qui a tout à reconstruire. N'y a-t'il pas de dépenses plus urgentes qu'un chantier de restauration ?

Qu'ils protestent, on leur répondra que si l'Union Européenne a bien versé 70% du budget, les locaux ont dû en trouver 30% et c'est un effort énorme pour un pays qui, même européen, reste encore très pauvre et... généreux comme seuls savent l'être les pauvres .

Après quelques inquiétudes provoquées par la surchauffe des freins du car, nous avons, comme d'habitude, fini la journée ... à table, dans un grand hôtel de Kluj, un palais de l'ancienne "otrichongrie" on-ne-peut-plus typique. Pour digérer, le lendemain, initiative salutaire, c'était pique-nique au grand air puis coucher tôt en prévision du retour.

Tout cela est bien beau mais, pensez-vous, quel rapport avec un lapin, une chatte et des chiens ?

Avant le départ, avouons-le, j'avais des craintes. Des voyageurs parlaient d'animaux maltraités et de campagnes sporadiques de destruction des chiens errants.

En effet, des chiens divaguaient dans les rues et les habitants se montraient plus préoccupés de s'en débarrasser que de les secourir mais, par chance, il me restera quelques tendres souvenirs.

Privilège du handicap, j'ai été hébergée avec mon mari chez des particuliers, un ménage charmant logé dans une maison de plain pied entourée d'un grand jardin. A notre arrivée, nous avons été reçus par le comité d'accueil, deux bergers roumains ; ce sont des chiens patous qui ressemblent fort au Saint-Bernard ou au montagne-des-Pyrénées, des gardiens de troupeaux. Nos hôtes n'avaient pas de bétail à défendre, juste une propriété à garder, et les chiens en liberté dans la cour suffisaient à faire régner la sécurité.

En arrivant, je me suis avancée, mains en avant, vers les chiens et je les ai immédiatement gratifiés de "scroutch, scroutch" sur la tête. D'emblée, nous étions amis et nos hôtes rassurés de voir que nous n'avions pas peur, ce qui est un bon moyen d'éviter qu'ils se montrent agressifs. Voilà pour les chiens.

Et le lapin ? C'est une douce rencontre de l'école aux œufs. Dans la cour où les élèves tenaient leur marché, je vois une petite fille qui présente à tous les gens qu'elle croise une corbeille garnie d'un coussin et, sur le coussin, un lapin nain angora blanc et marron. Je m'approche, étonnée que l'animal ne cherche pas à sauter et se sauver, il se laisse caresser, embrasser, de quoi fondre, attendrie. Mais que veut-elle avec son lapin ? J'espère qu'elle ne cherche pas à me le vendre, le ramener en avion serait plutôt compliqué.

Par chance, arrive un des professeurs de français, il fournit l'explication : le petit lapin est la mascotte de l'école. Pour la fête, il est d'usage qu'il soit présenté à tous les invités. Il a droit à une deuxième séance de câlins et je le laisse, ravie qu'il ne soit pas promis à je-ne sais- quelle-transaction.

Reste la chatte. Encore un animal peu farouche, elle était roulée en boule sur un tabouret à l'entrée du restaurant de Kluj. C'était une grosse minette tricolore, une vraie chatte de restaurant. Les clients qui entraient ou sortaient passaient près d'elle, il y avait presque autant de caresses que de passages. Elle non plus, ne cherchait pas à se sauver. Il me semble que je n'ai jamais rencontré de chatte aussi placide.



C'était donc le récit de mon voyage en Roumanie, voyage charmant marqué par un lapin, une chatte et deux chiens.



Partager cet article

Repost 0
Published by Jacqueline Simon
commenter cet article

commentaires

Recherche

Articles Récents

Liens