Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 09:44

  Si vous connaissez des Géraud, il y a de fortes chances qu'ils soient jeunes, contemporains de la mode des prénoms moyenâgeux.

Dans les années 80 fleurit le médiéval-fantastique, un style fort apprécié dans les jeux de rôles. Les adeptes du total look ont adopté et répandu l'usage de prénoms qui fleurent bon le château fort. On a vu fleurir les Thibaut, les Renaud, les Geoffroy et même des Enguerrand, prénom difficile à porter avec des baskets.

Géraud vient du même cru.

Bien sûr, il existe un St Géraud, une vocation contrariée. Héritier de la seigneurie  d'Aurillac, il fut contraint d'assumer les obligations de sa vie de chevalier du dixième siècle. Lui, ce qu'il aurait voulu, c'est entrer au monastère.

Il fut réduit à ménager la chèvre et le chou ; il tint le domaine que sa naissance lui imposait de défendre. Normalement, il aurait dû aussi le transmettre mais, sur cette question, il refusa de s'exécuter et ne se maria jamais. Il se montrait chaste au point de présenter des excuses aux femmes qu'il avait trouvées belles. La seule tentation, même pas assouvie, lui était un péché.

S'il n'eut pas d'enfant pour hériter de ses domaines, sa fortune ne resta pas inemployée. il fonda et dota l'abbaye d'Aurillac qui servit de modèle à la glorieuse Cluny.

Après sa mort, il fut canonisé. L'église ne pouvait pas faire moins pour récompenser tant de sacrifices.

Bonne fête à tous les Géraud.

Comme on les espère moins fâchés avec la chair, on les embrasse.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 10:49

    On n'ose pas se montrer optimiste, après une si longue attente toujours déçue, mais la libération de Guilad Shalit serait proche.

Les fous deviendraient raisonnables.

L'accord se confirmerait : mille prisonniers palestiniens en échange de Guilad.

La disproportion des chiffres vous étonne ?

- Pas de raison, il suffit ne nous rappeler que, dans le passé, Israël a déjà échangé des centaines de prisonniers contre des cadavres, simplement dans le but de les enterrer dignement dans la terre d'Israël. Et puis un citoyen vaut l'ensemble donc il n'y a pas motif à faire des calculs et des comptes d'épicier.

     Pourquoi la situation qui pourrissait depuis cinq ans s'est-elle subitement débloquée ?

Restons tout modestement à notre place d'ignorant mais accordons nous le droit de supposer.

      Ces derniers temps, l'ambiance chauffe en Syrie. Le dictateur local a des chances de ne pas continuer à nuire bien longtemps. On peut conclure, sans trop de risques, que le Hamas n'est pas à la fête ; il peut s'apprêter à perdre son protecteur. La plus élémentaire prudence voudrait qu'il se mette à couvert sous d'autres abris. Mais qui accepterait un protégé aussi encombrant, juste bon à vous fâcher avec la terre entière ?

Pour conquérir un nouveau protecteur, il vaut mieux laisser tous ses vieux conflits derrière soi, brosser le riant tableau d'une situation claire. Il est donc prudent pour le Hamas de mettre un terme au scandale Shalit.

   Une reddition en rase campagne n'est pas forcément envisageable. Comment être pris au sérieux par les vieux antisémites bon-teint qui sont votre fond de commerce si vous n'essayez plus de faire peur ? Il faut donc mégoter, chipoter, faire traîner, comme si on vous arrachait vraiment un gros sacrifice. La quantité acceptée,  reste à discuter la qualité ; faudrait pas vous croire assez bêtes pour jouer les gagne-petit, accepter qu'on vous rende la piétaille et garde en boîte les beaux morceaux.

C'est ce que chantent partout les porte-parole plus ou moins autorisés du Hamas, pour faire bien, pour avoir l'air sérieux. 

   Israël détient, pour de longues années, un gros poisson : Marwan Barghouti. Théoriquement, il peut moisir en prison jusqu'à la  fin de ses jours. Dans la pratique, tout le monde sait que ce genre de peine trouve toujours une fin politique. Barghouti sera élargi le jour où Isaraël trouvera plus d'avantages à l'avoir dehors que dedans, jugera utile de se fâcher avec son exrtême-droite sécuritaire pour sauver la paix et son avenir.

   Ce jour-là, qui sera le dindon de la farce ?

La réponse est évidente : le Hamas.

Barghouti est une autre pointure qui aura tôt fait de renvoyer à leurs chères études les enturbannés valets de l'Iran. D'ailleurs, sa vie de prisonnier est un long séminaire de préparation au pouvoir.

En résumé, il serait fort surprenant que le Hamas transforme le cas Barghouti en imprératif absolu.

S'il le fait, c'est un attentat suicide dirigé, cette fois, contre lui.

Mais laissons les crabes s'entretuer dans le panier, l'important est de retrouver Guilad sain et sauf.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 15:11

     La ferme d'Edouard est prospère : des bâtiments bien construits autour d'une cour carrée, une centaine d'hectares de champs et d'herbages, un bétail indemne de tuberculose. Ce n'est pas encore la fortune mais un confort certain qui ne demande qu'à progresser ; Edouard s'en occupe.

      Il aimerait raccourcir les déplacements pour limiter les pertes de temps. En précurseur du remembrement, il a déjà fait quelques achats ou échanges avec des voisins mais une maison lui résiste, celle d'Agathe.

      C'est une fermette minuscule entourée d'un mouchoir de poche mais, en l'acquérant, il ouvrirait un passage entre ses champs et la grand route. Il en rêve, il a déjà fait plusieurs offres à  sa propriétaire, des propositions très honnêtes et même favorables pour elle mais elle les a toujours refusées.

Il existe une vieille servitude de voisinage, un droit de passage pédestre. Il sera respecté, Edouard peut traverser la cour à pied pour aller de son champ à la route, c'est tout. Agathe n'est pas vendeuse.

Edouard ne comprend pas une telle obstination ; elle n'occupe même pas  la fermette, elle habite une maison beaucoup plus belle qui lui appartient, au centre du village.

Pressée de questions, elle s'est expliquée : l'objet du litige est un héritage de ses grands-parents, c'est vrai qu'aujourd'hui, elle n'en a pas l'utilité mais elle garde la maison pour son fils, marin au long cours, qui sera content de la trouver à son retour. Devançant les remarques que son interlocuteur ne manquerait pas de lui opposer sur les dégâts à prévoir dans une maison longtemps inoccupée, elle a précisé que la fermette est régulièrement chauffée et aérée : en attendant le retour du marin, c'est Estelle qui l'habite. Elle paie un tout petit loyer compatible avec ses moyens de veuve et le bâtiment est entretenu. Tout le monde est content, sauf ... Edouard qui ne cesse de revenir à la charge. Tous les moyens lui sont bons pour empoisonner la vie des obstinées. 

Les jours de beau temps, pour empêcher Estelle d'ouvrir les fenêtres, un tombereau de fumier reste des heures entières au bord de la route devant la maison. Quand il pleut, les charrettes d'Edouard passent au ras des murs et arrosent les portes de boue ; en vain, Estelle est imperturbable.

     Cette année-là, au bal de la ducasse, Edouard a rencontré Eugénie. Ils se sont plu, Edouard s'est rendu compte qu'il était temps de se trouver une épouse ; ils ont convenu d'un rendez-vous, puis un autre, encore un, Enfin, le grand jour est arrivé, les parents de la dulcinée l'invitent à faire son entrée officielle, étape marquante vers le mariage.

Soucieux de ne pas rater l'instant décisif, Edouard s'est fait beau, il a mis son costume des grandes occasions et s'est rasé de près. Afin de plaire à sa future belle-famille, il leur a choisi un cadeau, un des plus beaux spécimens de sa bergerie, et se dirige vers son rendez-vous, tenant le mouton en laisse au bout d'une corde.

    Il longe un pré, deux, et s'apprête à traverser la cour d'Estelle pour rejoindre la route.  Il pousse le portail d'entrée, Estelle l'a entendu, elle se tourne vers lui, il la salue mais, en fait de réponse, il s'entend dire : "Ne passe pas cette porte, tu n'as pas le droit."

Interloqué, Edouard argumente, rappelle qu'il ne fait qu'utiliser son droit de passage tel qu'il a été convenu.

Sans se démonter, Estelle lui répond "Si tu veux, je vais te relire le papier, il y a droit de passage pour les gens à  pied, pas pour les animaux. Si tu veux passer, pas de problème, mais lui, il reste là."

Edouard est bien ennuyé, Il ne peut pas arriver dans la belle-famille sans cadeau et, s'il doit faire le grand tour, il sera très en retard ... autre source d'ennuis à prévoir.

Estelle voit son embarras. Malicieuse, elle lui conseille : " Note-bien, le mouton ne peut pas mettre ses pieds sur mon terrain mais le règlement ne dit pas qu'il est interdit de le porter, du moment que seuls tes pieds touchent le sol..."

Surprenant mais vrai, Edouard choisit le moindre mal, soulève l'animal et le pose à califourchon sur ses épaules.

     Il est arrivé à l'heure à son rendez-vous.

     Des années après, Estelle riait encore en imaginant la grimace de la belle-mère, une femme si pointilleuse sur la propreté et l'hygiène...quand elle s'est avancée pour faire la bise à son futur gendre.

Juste retour pour les tas de fumiers endurés.

Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 21:20

    Le 10 octobre, c'est la fête des Ghislain (et des Ghislaine), prénom répandu dans le Hainaut belge et français où St Ghislain est le régional de l'étape, honoré dans une petite ville entre Mons et la frontière française.

Comme beaucoup de saints, c'est un moine de l'époque mérovingienne. Rien de bien exceptionnel, alors pourquoi est-il si populaire ?

    N'oublions pas que nul ne peut être canonisé sans un miracle à son actif, la spécialité de Ghislain est la guérison des nourrissons. Il les protège des convulsions liées aux poussées dentaires.

   Chacun sait que tout lieu de pélerinage vend ses grigris ; faut bien vivre.

L'église de St Ghislain n'est pas Lourdes mais, jusqu'à récemment, on y pratiquait un petit négoce d'autant plus rentable qu'il reposait sur l'attendrissement des mères et, surtout, des grand-mères.

   Ce pieux talisman est un collier béni, appelé sans surprise "collier de St Ghislain". Le bébé qui le porte fait ses dents sans difficultés et sans convulsions... Enfin, c'est prévu ainsi.

   Encore un usage qui s'est perdu, les mères d'aujourd'hui ont plus de confiance en l'aspirine qu'en St Ghislain. On ne rencontre plus guère de ces colliers que dans les vide-greniers.

   Parfois, je revois le mien sur mes photos de bébé. L'objet lui-même a disparu; dommage.

Il était formé de vingt (comme les dents des enfants) perles de nacre enfilées sur un cordon élastique qu'on allongeait en même temps que l'enfant grandissait. Si j'avais pu le retrouver, j'aurais fait remonter les perles en bracelet ... Il faut croire que le temps donne du prix à ce qui n'en avait plus. C'est le charme triste de la nostalgie.

Bonne fête à Ghislain et Ghislaine que nous embrassons.

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 10:29

   Dans la catégorie "saints-invraisemblables", il y a foule.

   Aujourd'hui, fête des Denis que nous embrassons, il faut s'attarder sur le cas particulier de ces martyrs décapités qui ramassent leur tête et l'emportent sous le bras. Hommes de peu de foi, admirez le prodige,

C'est plus fort que l'histoire du canard qui continue à courir après qu'on lui a coupé la tête ; le volatile ne s'occupe pas de son occiput détaché mais Denis conserve par devers lui le morceau tranché pour le présenter à la foule.

Un abbé du onzième siècle, Suger, dignitaire religieux et premier ministre du roi Louis VI (Le Gros, pour les intimes), a saisi toute la valeur du symbole. Ses rois capétiens sont des rois thaumaturges, censés accomplir des miracles ; il va, autant dire, de soi qu'ils se mettent sous le patronage de Saint Denis. On bâtit donc l'abbatiale de St Denis aux portes de Paris.

Il n'était pas question de froisser l'évêque de Reims qui avait l'habitude de couronner les rois de France ; on coupa donc la poire en deux (pour un saint décapité, c'était logique). Reims conserva le début du règne avec la couronne et St Denis devint la nécropole des rois.

    A la place des socialistes qui s'étaient largement vautrés à Reims, je n'aurais pas poursuivi l'analogie en organisant un 9 octobre , fête catholique et royale de St Denis, des primaires qu'ils espèrent triomphales.

    Après tout, peut-être ont-ils perdu la tête et la troupe des commentateurs avec eux ?

D'aucuns admettent l'idée qu'un parti serait en droit de représenter, à lui seul, toute la gauche du pays.

C'est une belle idée de confier aux électeurs de gauche la désignation de leur champion, à une condition : que la compétition rassemble tous leurs représentants et même, pourquoi pas, quelques belles individualités.

On a déjà eu des primaires vertes, aujourd'hui des primaires socialistes, et demain ?

La prochaine fois, il y a fort à parier que tous les partis auront leurs primaires. La démocratie interne à chacun y gagnera, c'est sûr, mais, au bout du bout, pour le vrai scrutin, il y aura toujours autant de candidats que de partis. Retour à la case-départ.

La règle du jeu ne risque pas de changer tant que la prétendue démocratie sera, en fait, une monarchie républicaine où chacun veut être le premier.

Les pouvoirs surnaturels des rois thaumaturges n'existaient que par la dévotion superstitieuse des manants ébaubis. Dans le fond, la St Denis n'est pas une si mauvaise date pour une cérémonie royale aux apparences de démocratie.  

Par Tipanda - Publié dans : C'est votre jour.
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