l'air du temps

Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /2008 23:27

Ariel Sharon vient d'avoir 80 ans. Il avait 20ans à la proclamation d'Israël qui en a aujourd'hui 60.
 Tous deux ont grandi et vieilli ensemble. Ariel, "Arik" était une force de la nature qu'il a entièrement consacrée à son idéal sioniste.
De cette énergie terrassée par un AVC, il ne reste aujourd'hui qu'un vieillard brisé ; il n'est pas mort mais il n'est plus en vie. 
Déjà, il manque terriblement. Les siens avaient besoin de lui et n'ont pas trouvé à le remplacer.
Il est de ces hommes qui ne peuvent laisser indifférent. Il a suscité autant de reproches que d'enthousiasme. Son ardeur guerrière rassurait ; elle seule pouvait donner aux Israéliens assez de confiance pour envisager une paix qui n'entrainât pas leur destruction. 
Les "colombes" se répandent en invocations : "la paix, la paix, la paix..." qu'on ne voit toujours pas arriver. Faire est plus difficile que parler. 
Seul un guerrier comme Sharon pouvait avoir l'audace de faire reculer des colons, parce qu'il ne le faisait pas gratuitement. Il avait les moyens de promettre la sécurité en échange de la terre.
Le grand moment d'espoir s'est arrêté avec lui, personne ne semble avoir l'étoffe ni la volonté de poursuivre le mouvement qu'il avait initié.
Nous regretterons longtemps qu'Arik soit tombé avant d'avoir mené son projet au bout ; en même temps, c'est la colère, un reproche que nous pourrions adresser à beaucoup de grands hommes : 
Arik, pourquoi n'as tu pas préparé ta sortie, prévu une relève digne de toi ? Te croyais-tu éternel ? Ou bien, voulais-tu être sûr de laisser des regrets ? Dans ce cas, c'est réussi, pour le malheur de ce pays qui te doit tant.

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /2008 23:27
Malheur au vaincu puisqu'il avait accumulé tant de haine contre lui. Il a fait fuhrer mais aujourd'hui, c'est Stalingrad.
... Bon, j'arrête les jeux de mots à deux balles.
Dimanche 16 mars, c'est la joie d'une victoire attendue depuis dix-neuf ans. Des années à subir une folie furieuse et la destruction systématique d'une ville. 
Il faut rire de tout, nous avions pris l'habitude d'appeler notre ville "Beyrouth" à cause de l'état des rues et des bâtiments, des destructions, des chantiers commencés et jamais terminés. 
Et la démocratie était dans le même état, en ruine. Les relations humaines se limitaient à l'intimidation et le mépris. 
Le cauchemar est fini. 
On a d'ailleurs intérêt à se réveiller, y a du boulot !
On respire un grand coup et on se prépare à toutes les "bonnes nouvelles" que l'audit prévu va nous apporter. 
Comment, tout à la fois, relever les ruines, recréer du lien social et lancer des projets, pour répondre aux attentes d'une population forcément pressée ?
Tout ça, sans moyens et avec des dettes ! 
Nous sommes très inconscients ou très courageux.
Souhaitez nous de la chance et de la réussite.
Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Dimanche 30 mars 2008 7 30 /03 /2008 11:01

Après Berlin 1936, on avait bien juré qu'on ne nous y reprendrait plus. Cette année-là, les démocraties s'étaient "payé la honte" de participer à des Jeux Olympiques qui s'étaient révélés n'être qu'une opération de propagande pour l'Allemagne nazie et Hitler.  Après la guerre ( il n'y avait plus de risque ), tout le monde s'est couvert la tête de cendres et, dans un grand mouvement de repentance, les gagnants ( de la guerre ) ont juré avec des trémolos dans la voix qu'on ne les y reprendrait plus, que, désormais, le sacro-saint olympisme de Pierre de Coubertin (ça, c'est pour le chauvinisme français) serait exigeant sur les Droits de l'Homme.
2008, c'est Alzheimer généralisé. On a tout oublié, les Jeux sont confiés à une grande démocratie : la Chine.
Etonnant ? Non. Qui pourrait résister à la séduction perverse du Marché et des Gros Sous ? Des bâtisseurs aux équipementiers, en passant par les transporteurs, le monde des affaires ... fait des affaires.
 La Chine n'attendait que cela pour changer.
 Pour devenir un havre de liberté ? - Vous n'y êtes pas du tout ! - Pour changer de statut : de fournisseur à main d'oeuvre bon marché, accéder, dans la gloire, au rang de puissance néo-colonialiste. Des ouvriers plus fauchés que les Chinois, elle en a trouvé pour lui servir d'esclaves, au Pakistan, au Bangladesh, en Afrique. Elle joue dans la cour des grands ; les Jeux Olympiques seront la cérémonie de sa consécration. 
Va-t'on lui gâcher la fête ?  Serait-il bien élevé, entre gens - à présent - du même monde, de s'inquiéter des droits humains ?
Délicate contradiction : si on fait les gros yeux aux Chinois et qu'on boude leur petite sauterie, ils ne vont pas être contents, ainsi que le Marché et les Gros Sous. Si on fait comme d'habitude, on a l'air de n'avoir rien remarqué et on se rend à l'invitation avec les compliments d'usage en la circonstance, un tas de doux rêveurs de chez nous vont protester, rappeler des précédents gênants et, bref, on se paiera la honte, et c'est plus délicat chez des démocrates que chez les Chinois. Difficile de résoudre la contradiction, même après une révision express de son cours de dialectique.
Nos gouvernants ne manquent jamais de ressources, ils ont trouvé un moyen terme. Ils ont l'air très contents d'eux, on se demande vraiment pourquoi.
 On participera aux jeux mais pas à l'inauguration. C'est carrément faux-cul. On veut bien dîner avec le diable mais on arrivera après l'apéro.
Et pourtant, il n'y a pas de quoi rire, la situation est grave et profondément choquante.
Il y a, bien sûr, les Tibétains, leur pays est colonisé et leur culture est niée. Je n'en parle pas d'avantage car ils ont, en la personne du Dalaï Lama, un attaché de presse haut de gamme. Dans leur malheur, ils ont au moins une chance : on parle d'eux. Ce n'est pas le cas des autres minorités qui ne disposent pas de porte-parole aussi glamour.
Il ne faudrait pas oublier, par exemple, les Ouïgours. 
 Pas de chance pour eux, ils sont moins connus et moins attirants, à moins de chercher à les connaître.
Ils habitent le Xing Kiang, au nord-ouest de la Chine, le pays qu'on appelait jadis Turkestan chinois, occupé en grande partie par un désert froid : leTaklamakan. Pour compléter le tableau et titiller l'opinion occidentale par la peur, ils sont turcophones et musulmans.
Mais ils sont bien attachants.
Leur islam n'est pas celui des talibans, les femmes ne sont pas voilées, ils aiment la fête et la musique ; le métier de musicien est même très honoré chez eux. Les mauvais traitements infligés par les Chinois seraient le seul moyen de les pousser vers l'Islamisme violent. Et puis, si les termes d'"héritage culturel" veulent encore dire quelque chose pour les peuples instruits, ce sont les héritiers de l'antique Civilisation des Oasis. Elle s'est éteinte au moment où les fleuves descendant de l'Himalaya vers le nord n'ont plus roulé assez d'eau et se sont perdus dans les sables des déserts d'Asie centrale.
Mais des hommes sont restés, ils ont maintenu une poésie, une musique et l'élevage du chameau de Bactriane, plus performant encore que les 4X4 modernes pour traverser le Taklamakan.
On se demanderait qui peut convoiter un tel pays. Certes, il ne fait pas envie sauf que ... il est sur le trajet d'une route indispensable au commerce chinois. Quel est le poids d'un bout de désert si peu habité en face du "grand bond en avant" chinois ?
Le Grand Bon en Avant, c'était une autre époque ... ne nous égarons pas. mais nous serons comptables de notre indifférence si le coup de grâce est donné à la Civilisation des Oasis.
 Restons vigilants et moblisés pour eux qui comptent sur nous.

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /2008 10:23

Il y a trois ans (déjà trois ans ...!), nous étions bouleversés par des luttes féroces, des anathèmes croisés entre partisans du OUI (dont j'étais) et tenants du NON au traité européen. L'argument principal des nonistes consistait à prévoir les pires horreurs liées au dumping social que l'ouverture libérale apporterait forcément.
Nous avons ravalé notre défaite et leurs sarcasmes, persuadés que les événements finiraient par conforter notre point de vue.
Et nous y sommes !
Tous avec les ouvriers de DACIA !
Renault a cru très malin de délocaliser en Roumanie où les salaires très bas lui faisaient miroiter des profits somptueux. mais faut pas de payer la tête de ses ouvriers, même roumains ; ils sont en grève pour l'augmentation de leurs salaires.
On se croirait de retour à la grande époque ; il ne fallait pas désespérer Billancourt, aujourd'hui il ne faut pas désespérer Dacia.
Il ne faut surtout pas les oublier, il ne faut pas les laisser tomber.
Ils sont l'honneur du monde laborieux et l'espoir de l'Europe.
En voyant leur mouvement, on se dit que, même si, provisoirement, on a perdu, on a eu raison de dire OUI à l'Europe.

Par jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mardi 8 avril 2008 2 08 /04 /2008 22:36

Bon, la flamme olympique a été couverte de ridicule et c'est tant mieux ! Le Parvis des Droits de l'Homme n'est pas un paillasson destiné à faire reluire tous les dictateurs de la terre. Et si la Chine a dégusté pour d'autres qui ne valent pas mieux, tant pis. Elle s'en remettra plus vite que ses victimes.
Mais les sportifs, dites-vous, c'était leur fête et elle est fichue.
Ce malheur-là ne m'empêchera pas de dormir. Il est temps pour eux de comprendre que leur passion est une distraction, de l"entertainment", et qu'elle ne fait pas le poids face aux vraies catastrophes, aux injustices, à la violence.
Et s'ils insistent, je risque de leur rappeler quelles alliances inqualifiables ont réuni les pouvoirs les plus autoritaires et le sport, surtout les sports de compétition. N'oublions pas "Les dieux du stade" de Leni Riefensthal ; c'est le plus beau film jamais réalisé sur le sport et ... C'est également une merveille de propagande nazie.
Mais peut-être ne faut-il pas demander trop de réflexion à des gens qui préfèrent muscler leurs mollets que leur cerveau ?
Dans l'actualité, un sujet recouvre tous les autres. En ce moment, le Tibet a la cote et pendant qu'on s'écharpe en son nom, nous oublions d'autres événements qui, en d'autres circonstances, nous auraient alertés.
Une minute d'attention pour le Zimbabwe.
Mugabe tient si fort au pouvoir qu'il refuse de communiquer le résultat des élections. Il est vrai que la perte de son titre de président risque bien de lui être fatale, tant il a cumulé de destructions et de haine.
Ce pays d'Afrique australe, c'est l'ancienne Rhodésie, un pays qui était riche, où l'agriculture produisait de quoi nourrir la population et exporter. Mais, tare inexcusable, elle était dirigée comme son voisin d'Afrique du Sud par des blancs racistes. Mugabe et son parti ont pris le pouvoir et expulsé les fermiers blancs de leurs terres.
On a envie de dire : "Fort bien, ce n'est que justice".
Mais, et il est énorme le "mais", entre incompétence et corruption, la Rhodésie rebaptisée Zimbabwe est ruinée, dépeuplée, la production agricole s'est effondrée comme l'espérance de vie (tombée à 35 ans). Les seuls qui ont un emploi bien payé sont les hommes de main exécutant les basses oeuvres de Mugabe.
Ironie du sort, le témoignage d'une dame (noire) interrogée par un journaliste ; elle en venait à regretter le bon vieux temps de Ian Smith, "une époque où tout le monde mangeait, où même les pauvres parvenaient à élever leurs enfants". Quelle claque pour nos grands enthousiasmes tiersmondistes !
S'il est un cas extrême, il n'est pas le seul ...
Dur, dur, de rester fidèle à des convictions qui ont rencontré tant d'échecs. 

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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