Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 23:54
      Combien désespèrent de jamais rien faire de bon!
Ils dépriment de voir des "bac+8" peiner à trouver une situation.  Alors, pensez ... avec beaucoup moins ... quel avenir ?

      Aujourd'hui, fini le chagrin, adieu l'angoisse. Bac+2 à vingt trois ans, c'est beaucoup mieux que des études brillantes.
C'est un niveau suffisant pour diriger un  établissement très grand, très riche.

      Ce sont les bêtes à concours, les majors de promo X-mines ou ENA qui vont déprimer pour de bon.

     Au choix, nous optons pour le rire ou la colère ?
Par Tipanda - Publié dans : humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 14:41
     Campagne de pub oblige, tout le monde est au courant : on est prié de mettre la main à la poche pour l'Institut Pasteur. Cause utile, c'est pour le bien de l'humanité.
      Comme chacun sait, les bien-portants sont des malades en puissance. Tout le monde aura besoin des progrès de la médecine, un jour ou l'autre. Il faut que les chercheurs aient les moyens de chercher. Que chacun en soit bien convaincu ; pour lancer la campagne, on a extrait de son labo une "nobelisée made in Pasteur": ici votre argent est bien employé.
       Il ne manquerait plus qu'il soit gaspillé !... C'est vrai, il est juste de préciser, n'est-ce pas, ma pauvre amie, avec tout ce qu'on a déjà vu, de l'ARC à l'hormone de croissance ... Bon, on peut se fier à Pasteur. Courons chercher le carnet de chèques.
        En le cherchant, les infos continuent à défiler ... Tiens, les cours de la bourse... Ces derniers mois, ils ne  risquaient pas le vertige ni le mal des sommets... ah, cette crise !
Apparemment, un secteur a fait mieux que résister, ce sont les laboratoires pharmaceutiques.
Alors, les labos, on dit merci à l'OMS ? !
Un vrai cadeau qu'elle vous a fait
 Réussir à semer la panique quand on n'a comme épouvantail qu'une gripette, c'est fort, très fort ! Et vous rendre l'énorme service de promouvoir l'asepsie, l'antisepsie et le vaccin, tout ça pour votre poche, les labos, vous pourriez faire un petit geste.
         Il n'est pas question de faire du chagrin à vos actionnaires ?
Voyez-vous, il y a longtemps que nous l'avons compris. Alors, si le citoyen-malade ou malade en puissance donne l'impression d'avoir les poches cousues, il ne faudra pas se donner l'air surpris et navré.
        La maladie est votre affaire quand il s'agit d'engranger des sous, qu'elle le soit aussi quand il faut semer.

 Ne tuez pas le cochon de payant ni la vache à lait.
Par Tipanda - Publié dans : humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 10:49
   L'automne est arrivé, les jours raccourcissent et la lumière baisse ; la saison est dangereuse pour les déprimés.
Adoptons une attitude prophylactique, sans masque ni vaccin. Comme le petit cheval blanc de la chanson, prenons la vie du bon côté.
De toutes les catastrophes qui tombent sur le pauvre monde, extrayons de quoi sourire et tenir bon.

     C'est LA CRISE.
     Dur, dur, pensent les gens raisonnables, d'y trouver matière à se réjouir.
En cherchant bien, on trouve. Embrassons les Irlandais que la dèche a ramenés à la raison.
Arrogants pendant les années fastes du Tigre Celtique, ils caressaient l'illusion (on caresse ce qu'on peut ! ) d'être un îlot de prospérité dans le vieux monde épuisé. Ils croyaient ne pas avoir besoin de l'Europe, ne rien avoir à faire de leur vieil ennemi, le colon anglais. Il a fallu que le fauve perdît quelques dents, que, chez eux aussi, on fermât et délocalisât, pour qu'ils fussent tout à coup persuadés des vertus de la solidarité. Ils disent enfin "oui", comme une compagne pacsée qui accepte d'engager son avenir dans un mariage en bonne et due forme. Vivent les mariés !
     Les esprits chagrins déclinent l'invitation à fêter une Europe qu'il jugent imparfaite.
     C'est un début. Continuons le combat !
Un peu est mieux que rien. La paix et le débat se sont établis entre des partenaires qui ne connaissaient que la guerre pour régler leurs conflits. Pourquoi l'esprit européen ne pourrait-il pas faire mieux ?
De toute façon, nous n'avons pas le choix.
     Que les Européens y croient ensemble et le vieil humanisme des lumières peut encore faire des merveilles.
     Et puis, nous sommes contents de retrouver, les Irlandais,
ils nous sont tellement  proches ! Indisciplinés, teigneux, bagarreurs ... Astérix, en quelque sorte. Ils ont même la cervoise Guiness ( à consommer avec modération).
Ils nous sont trop proches, pas question de divorcer.

     La crise, ce n'est pas drôle mais, raisonnablement, on peut  considérer que c'est un tracas provisoire. En revanche, la mort est définitive. Et Marek Edelman est mort.
     Il avait 90 ans, d'aucun trouveront que c'est un âge où mourir n'a plus rien de scandaleux.
 Qu'au moins, sa mort nous permette de rappeler ses mérites : il a été le chef de l'insurrection du ghetto de Varsovie, du moins, parmi les chefs, un des rares qui ont survécu à son écrasement.
Ils ont préféré mourir au combat qu'attendre les effets du froid et de la faim, dans ce quartier-prison, ou une rafle qui les aurait "liquidés" vers les chambres à gaz de Treblinka, avec le reste du ghetto. Ils sont morts, les armes à la main. Seule une poignée a survécu, dont Marek Edelman.
Nous passerons, les circonstances ne s'y prêtent pas, sur les controverses qui l'entourent.
      Parmi les résistants juif qui ont eu la chance de survivre à la shoah, beaucoup ont, après la guerre, émigré en Israël ; parfois, comme Yehuda Lerner, héros de Sobibor, bien connu grâce à Claude Lanzmann, ils ont rempilé dans la Haganah pour faire naître et vivre le jeune état hébreu.
Marek Edelman n'a pas choisi cette option ; natif de Pologne, il est resté polonais. Devenu un cardiologue réputé, il a participé au côté de Solidarnosc à l'émancipation de son pays. Il n'était pas un cas unique, tous les juifs n'ont pas opté pour l'émigration vers Israël, mais les antisionistes de tout poil ont abondamment utilisé son histoire, créant autour du héros une ambiance trouble, une gêne qui explique probablement la grande discrétion autour de son décès.
     Laissons la boue aux habitants des marécages.
     Nous sommes pleins d'admiration pour ces gens qui ont touché de si près le risque extrême ; ils sont un merveilleux exemple de résilience.
  Ils ont connu le pire, ils ont touché la mort. Le malheur qui aurait dû les tuer les grandit.
  Le retour au monde des vivants, ils en font une vie nouvelle, plus réussie.
C'est vrai pour Marek Edelman et c'est vrai pour un grand nombre d'anciens déportés.
Ils sont un véritable antidote à la déprime.

No pasaran ... à la dépression saisonnière.



Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 10:47
     Si vous n'êtes ni sourd ni aveugle, vous êtes forcément au courant : Roman Polanski a été cueilli par la police suisse.
     Hélas, ce n'est pas une histoire suisse, c'est arrivé .
     Je sens déjà la moutarde qui me monte au nez ...!
     Pour complaire aux Américains et restaurer avec eux la bonne entente quelque peu ébréchée ces derniers temps par des histoires de secret bancaire, la Suisse monte un traquenard : elle invite Polanski à venir se faire remettre une médaille. Aussitôt arrivé, il est arrêté.
    Étrange conception des bonnes manières...
Passons ... mais où était la nécessité d'une telle mise en scène alors que le présumé délinquant possède un chalet sur place, à Gsdaat et y effectue chaque année de longs séjours ?
     Il fallait probablement donner un maximum de publicité à la glorieuse arrestation de ce dangereux malfaiteur, en vieux monsieur à visage de gosse.
     La prétendue victime, désireuse de tranquilité, ayant pardonné et retiré sa plainte depuis longtemps, la seule douleur que la Suisse soit encore en mesure de consoler, c'est la susceptibilité d'un juge américain qui , depuis trente ans, veut "se faire" un artiste juif et désespère d'y parvenir.

      Le juge, pour le moins acharné et probablement sous employé, poursuit sa cible depuis 1977.
Dans la très prude Amérique, l'affreux cinéaste aurait profité d'une séance de photos pour violer la modèle qui, circonstance aggravante, n'avait que treize ans. Énorme !
Manque de chance pour l'accusation, la "victime", une vraie Lolita, n'était pas à son coup d'essai, elle  avait sa petite idée derrière la tête en venant seule à un rendez-vous (à propos, le défaut de surveillance des parents d'une fille de cet âge, on n'en dit rien), elle était consentante, depuis, elle a pardonné et retiré sa plainte. Qu'à cela ne tienne, il reste le délit de "relations inappropriées", ce qu'en France, nous appelons "détournement de mineure".
Savonarole s'obstine et cherche toujours à faire tomber Polanski ... pour une infraction dégonflée, de celles qui relèvent d'un juge de paix.
      S'il y a un scandale dans cette affaire, c'est bien l'acharnement avec lequel une soi-disant justice s'obstine à fourrer son nez dans toutes les petites culottes.
      De quoi rire ?

      Depuis le scandale d'Outreau, nous ne rions plus.
      A cette occasion, chacun s'est rassuré en chargeant le juge et son manque de flair. Nous avons ainsi évité de sonder les coeurs et les cerveaux. Si nous l'avions fait, il nous aurait fallu reconnaître que de tels gâchis sont possibles parce que l'opinion, comme des chiens de chasse, attend la curée.
      La pédophilie est devenue une véritable obsession publique, au point d'anéantir le discernement le plus élémentaire. On amalgame sans frémir, dans la même appellation infâmante, le jeune enfant kidnappé, violé, assassiné, et l'adolescente délurée qui a "le feu au fesses" et recherche la fréquentation d'hommes plus experts et plus riches que ses camarades.
      Ces deux situations n'ont rien en commun. Si l'opinion publique les confond c'est  qu'elle y trouve l'occasion de se déchaîner contre un homme célèbre et riche, une jouissance pour les médiocres.
       Les crimes d'enfants sont des prétextes rêvés pour exiger le rétablissement de la peine de mort.
Comme il est impossible, même aux pères-la-pudeur, de requérir la mort pour un détournement de mineure, surtout lorsqu'il s'agit vraisemblablement d'un "détournement de majeur"( !), c'est l'occasion de réactiver la plus archaïque des polices du sexe.
       Il faut faire un exemple avec le cas Polanski ?
Alors, espérons que la raison revienne aux Suisses, ce sera un exemple du terrassement de la bêtise et de l'hypocrisie.


NB:  Dans l'expression "détournement de majeur", je fais référence à une expérience vécue à la même époque. Dans les années 70-80. Nous assurions le reportage, cour et jardin (salle et coulisses), de la KBM (Kermesse de la Bière de Maubeuge).
Contrairement à ce que l'appellation pourrait laisser imaginer, l'événement n'avait rien à voir avec les traditionnelles fêtes de la bière bavaroises  ; c'était une énorme organisation de spectacle. Pendant dix jours, il y avait chaque soir une vedette, les plus grands noms de la variété s'y sont produits, et quelques attractions. Évidemment, il s'y déroulait des concours de "miss" parmi lesquels une compétition organisée par OK Magazine.
 C'était une publication pour adolescentes, le concours s'adressait donc à des filles de moins de 18 ans, souvent beaucoup moins. Elles étaient visiblement prêtes à tout pour accéder à une célébrité de starlette, et passaient leur kermesse à draguer tout ce qui avait l'air important. On éprouvait très vite de la gêne devant le mélange affiché d'une apparente ingénuité (broderie anglaise et socquettes) et des gestes racoleurs, surtout en présence des "huiles" de la fête, souvent beaucoup plus repoussants pour une jeunette qu'un Polanski au physique d'éternel gamin .
      Visiblement, elles n'avaient pas froid aux yeux, elles savaient ce qu'elles voulaient, comment faire, et ne reculaient pas devant les moyens. Entendre certaines de leurs conversations entre elles avait de quoi faire rougir les moins prudes mais il paraît que nous étions naïfs, que "celles qui veulent arriver font toutes ça."
Lorsqu'on est adulte, il faut garder la tête sur les épaules et ne pas se laisser entraîner dans des jeux qui n'attireront des ennuis qu'aux majeurs, les apprenties ayant l'excuse de minorité.
C'est pourquoi, lorsque nous avions repéré quelles cibles étaient visées, nous leur balancions en boutade et avertissement : "Y a du détournement de majeur dans l'air !"

C'est incroyable à quel point des hommes importants et responsables peuvent perdre toute raison,. Les polytechniciens sont aussi bêtes que les jardiniers devant la tentation facile, les manoeuvres séductrices de gamines qui n'ont souvent qu'un atout : leur jeune âge.
... mais on a vu des crimes plus graves.


Annexe :

Il y a aujourd'hui (30/09) trois jours que les commentaires s'accumulent dans les médias.
   Les anti Polanski, ceux qui le vouent à l'exécration éternelle, sont les mêmes qui, au moment de la guerre de Gaza, en janvier dernier, se déchaînaient contre Israël. 
Bizarre, vous avez dit bizarre ...
   Vous pouvez dire que j'ai une idée fixe et même me supposer une paranoïa. Vous n'empêcherez pas la réalité de la persécution.
Où va se nicher l'antisémitisme ...
Par Tipanda - Publié dans : humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 00:00
      Retour vers les croisades.

      De l'histoire ancienne ?
Oui, si on se réfère aux dates ; presque mille ans, c'est vieux.
A observer les réactions que le mot suscite encore, c'est moins sûr.
On serait tenté d'y voir un phénomène mémoriel : les croisades participeraient du même registre expiatoire que les traites négrières ou les guerres coloniales.
Pour en arriver là, il a fallu plier et repasser l'histoire, lui faire dire ce qu'il convenait, certes, au prix de quelques erreurs ; mais c'est si loin ... Les protagonistes ne viendront pas se plaindre. 

      Erreur aussi générale que facile à corriger : on répète à l'envi que les chrétiens sont venus attaquer les arabes pour leur prendre Jérusalem. 
En 1095, lorsque le pape Urbain II donne le signal de la croisade, il y a plus de vingt ans que Jerusalem et sa région sont passées sous la domination des Turcs Seldjoukides. Prendre les Turcs pour des Arabes et vice-versa ...  ennuis garantis !
Les Français, il est vrai, sont coutumiers de la confusion ; faut-il évoquer les prétendus Arabes que Charles Martel aurait battus à Poitiers ? C'était la rencontre des Francs mérovingiens avec des conquérants musulmans qui s'établiront dans le sud de l'Espagne pour des siècles ; mais, qui dit musulman ne dit pas forcément arabe, les combattants de l'islam rencontrés par le maire du palais venaient en majorité d'Afrique du nord, accompagnés d'aventuriers ibères ou basques cherchant fortune au nord.
       Les musulmans qui tenaient Jérusalem étaient provisoirement des turcs, ils seront remplacés  à plusieurs reprises par d'autres occupants,  et... récupérés par la tradition arabe. Elle est toujours fière d'un grand vainqueur du XIIéme siècle, Saladin, héros de légende autant que d'histoire : ... un kurde !
      Une histoire complexe, à bien des égards ; précisément, c'est la conquête turque qui a provoqué des tensions avec les chrétiens. Jusqu'à ce changement de propriétaire , les communautés avaient cohabité plutôt pacifiquement, en respectant  la dhimmitude imposée par l'islam aux autres religions. Avec la conquête turque, l'atmosphère est devenue beaucoup plus hostile ; les chrétiens autochtones étaient devenus indésirables à  Jérusalem et les pèlerinages en provenance d'Europe n'étaient plus en sécurité.

       On voyageait beaucoup au moyen-âge. Contrairement à l'image qui en est souvent répandue et malgré des conditions matérielles incertaines, les gens n'hésitaient pas à prendre la route, ou ce qui en tenait lieu. Même les moines que la célèbre "clôture" change à nos yeux en modèles d'immobilité, avaient l'habitude d'effectuer de véritables tournées des établissements de leur ordre, comme en témoignent les "rouleaux des morts".
        On allait souvent en pèlerinage pour obtenir la réalisation d'un voeu ou le divin pardon d'une faute. Suivant l'importance de la sollicitation ou du demandeur, la destination était plus ou moins lointaine ; les pélerinages les plus prestigieux conduisaient à Saint Jacques de Compostelle, Rome et, bien sûr, en Terre Sainte.
        Le durcissement des rapports avec l'islam seldjoukide venait contrecarrer un système bien huilé de résolution des conflits mais ce n'était pas le seul motif pour que le pape de Rome décidât la conquête des lieux saints ; après tout, l'affaire aurait pu revenir aux chrétiens d'Orient, ils étaient géographiquement mieux placés, mais un événement était venu tout bousculer : le schisme entre les Eglises d'Orient et d'Occident s'est produit en 1054. Les églises d'Orient et d'Occident sont devenues concurrentes. Il est évident que les premiers à mettre la mains sur les lieux saints auront marqué un point décisif dans la compétition.
       Le christianisme orthodoxe est fractionné en évêchés sans hiérarchie ; toute décision d'ensemble exige une concertation. En face, le catholicisme est centralisé autour du pape ; se rassembler sous un seul chef, pour mener une guerre, c'est un avantage. Néanmoins, si la hiérarchie donne de l'autorité, elle ne crée pas de force armée. Le pape ne dispose pas de soldats, il doit faire appel à ceux qui détiennent la force : les nobles, ses adversaires de toujours et ses alliés par nécessité.
      
       D'où Urbain II lance-t'il un appel à reprendre Jérusalem ?

      S'il était un pape du XXIème siècle, il le ferait de Rome mais, au XIème siècle, Rome n'est pas un endroit très sûr. Le cher homme préfère rejoindre ses fidèles en terre franco-anglaise. Lui même est issu du véritable centre de la chrétienté, l'abbaye de Cluny où se traitent les grandes questions  théologiques, diplomatiques et politiques. Saint Pierre de Rome n'est qu'une petite église de province à côté de l'Abbatiale de Cluny.
   Encore une idée toute faite à balayer : beaucoup sont convaincus que ce chef d'oeuvre de l'architecture romane a été détruit sous la Révolution. Ils ont tort. L'abbatiale, dont un transept encore debout donne une vague idée de la grandeur, a été vendue comme bien national sous la Révolution mais n'a été démolie qu'en 1820, sous une royauté catholique bien conservatrice. Ses propriétaires, désespérant de la rentabiliser, ont pris le parti de l'exploiter en carrière de pierres. Pour faire tomber le porche, trop solide, il a fallu utiliser des explosifs. La qualité du matériau qui compose les murs des villages alentour est le témoignage cinglant de l'ampleur du gâchis )
Donc Urbain II se rapproche de ses bases mais, peu soucieux d'attiser les habituelles jalousies, il ne lance pas son appel de Cluny. Il choisit Clermont Ferrand où se tient, fort opportunément, un concile, à proximité des grandes puissances du temps, les rois de France et d'Angleterre.
   
        Les chrétiens sont invités à mettre leurs armes au service de la libération des lieux saints.
Les chevaliers sans patrimoine, toujours un peu brigands, manifestent immédiatement leur enthousiasme : voilà une bonne occasion de chercher fortune au loin. Le pape, de son côté,  aimerait voir s'impliquer les princes, seuls capables d'engager les énormes moyens que l'entreprise va exiger. Mais justement, la haute noblesse risque gros et elle en est consciente ; elle rechigne à partir de longs mois en laissant son domaine aux mains dépouses sans expérience. Les petits malins qui ne répondraient pas à l'appel du pape auraient tôt fait d'en tirer profit.
Urbain II connaît la situation ; il a donc prévu la réponse : les combattants pour la foi seront ornés de la croix (d'où "croisé" et "croisade"), le clergé veillera sur leurs avoirs et ceux qui porteraient atteinte à la personne ou aux biens des croisés seront aussitôt excommuniés et leur fief soumis à l'anathème.
Ce n'est pas un péril symbolique. Dans un fief soumis à l'anathème, plus de mariages ni de funérailles, aucun acte notarié, rien qui nécessite de prêter serment. Toute vie sociale est empêchée. c'est l'anarchie. Le pape espère ainsi convaincre les nobles de faire l'union sacrée.
Il faut le temps de mettre en place les rouages, la première croisade ne voit partir que des seconds couteaux, mais le succès militaire est là : Godefroy de Bouillon prend Jerusalem. Excellent en terme de communication !
         D'aventure incertaine, la croisade devient le défi du siècle et le beau monde s'y précipite ; aux croisades suivantes, on rencontre les rois de France et d'Angleterre, l'empereur du St Empire Romain Germanique et tout le fin du fin de la noblesse européenne.
Ce serait magnifique si ce n'était pas le commencement des ennuis. Les musulmans ne se laissent pas si facilement déposséder, les petits rois chrétiens s'adaptent mal, leurs règnes sont brefs, raccourcis par des maladies qu'ils ne peuvent affronter et la papauté ne tient pas ses promesses. Le contrat semble rompu lorsque Richard Coeur de Lion, héritier du trône d'Angleterre est enlevé à son retour de croisade par Leopold d'Autriche qui nourrissait quelques griefs à son égard.
 C'était une violation flagrante du code de la croisade ; le pape aurait dû réagir et il n'en fit rien.
La mère de Richard, l'énergique Aliénor d'Aquitaine somma le pape dans une lettre pleine de courroux "Moi, Aliénor, mère et reine par la colère de Dieu ..."
Rien n'y fit. le pape resta sourd, Aliénor se débrouilla pour réunir l'énorme rançon exigée par Léopold mais la leçon porta ses fruits. La fin des croisades fut l'affaire de seconds couteaux et de mercenaires animés par le goût du lucre bien plus que par la dévotion pour les lieux saints.

         Et pourtant, c'était au commencement une idée géniale (du moins, pour la noblesse et l'église). 
C'était la solution au problème insoluble que l'intervention cléricale avait introduit dans les mariages et les successions.
         Résumons.
L'église avait imposé la monogamie et contrôlait le choix des unions.
Dans la noblesse farouchement patriarcale, l'épouse unique était forcément celle que le père avait choisie pour son fils, c'était un bon parti, elle était porteuse d'espérances et de richesses mais ce n'était que rarement le rêve du fils qui entretenait d'autres ménages non reconnus avec des compagnes plus désirables qui lui donnaient des enfants.
D'autre part, après quelques siècles de flottement dans les règles de succession, la noblesse, avec quelques variantes locales, avait fixé sa préférence à l'ordre de primogéniture par les mâles : on ne partageait pas, tout allait au fils aîné, à charge pour lui de faire vivre ses frères.
La maison d'un seigneur féodal était constituée de la troupe entretenue des frères cadets et des bâtards, ce qui n'allait pas sans créer des rivalités incessantes.

On vient à se demander si l'engouement pour la croisade, projet capable de durer trois siècles, n'est pas, avant tout, le succès d'une trouvaille : un formidable exutoire à la violence intrinsèque de la société féodale. D'ailleurs, les croisades ont définitivement cessé après la Mort Noire. La grande épidémie de peste fit tant de morts que l'espace était tout à coup devenu trop grand. La terre manquait de bras, personne n'avait plus besoin d'aller chercher fortune ailleurs.

        Ce grand repli durera un bon siècle . Ensuite, les cadets se remettront à chercher fortune à l'autre bout des mers avec les grandes découvertes. Là encore, nous entendrons parler de l'église. ce sera l'heure de gloire de l'"Inquisition "    ...
Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Concours

Recommander

Derniers Commentaires

Recherche

Profil

  • Tipanda
  • -Jacqueline Simon - dite
  • Femme
  • Nord MARLY
  • im-patiente et obstinée.
  • Je ne tiens pour vrai qu'une certitude : rien ne vaut la vie
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés