Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 23:07

  " Qui casse paie." On nous l'a dit et répété quand nous étions enfants pour nous inciter à respecter les affaires des autres. Nous avons trouvé que c'était juste et logique donc nous y avons cru.  Nous avons eu peur des accidents que nous pourrions provoquer et nous avons souscrit à des contrats d'assurance-responsabilité civile pour nous protéger du risque.

   Pour certains métiers, la crainte confine à l'obsession, il suffit d'évoquer le montant des primes payées par les chirurgiens. Plus généralement, avant d'avoir gagné le premier centime en exerçant votre activité, il faut commencer par débourser de quoi vous offrir le droit de travailler.

 

En réalité, nous étions bien timorés. Le risque de casser est une peur de pauvre.

Devenez riche, insolemment riche, et vous ne serez plus responsable, vous pourrez casser, salir, détruire sans que personne ne vous réclame rien. On vous grondera, vous serez montré du doigt mais vous n'aurez rien à débourser.

Vous ne me croyez pas ?

Imaginez : vous détenez un gros stock de résidus pétroliers de mauvaise qualité, vous avez toutes les peines du monde à trouver acquéreur. Le jour où un client se présente, vous lui faites un prix, trop content de voir disparaître le fardeau, mais, pour convoyer la marchandise, à ce prix-là, il faut trouver un transport "low cost".

Et ça tombe bien, un bateau pour voyageur pas difficile vous en avez un sous la main. Il est bien un peu (et même beaucoup) délabré, l'équipage est pour le moins disparate, une vraie Tour de Babel, mais il ne faut pas espérer une Ferrari pour le prix d'une deux-chevaux à la casse.

Content d'avoir résolu votre problème, vous expédiez vos déchets empoisonnés sur le tas de ferrailles.

Au premier pépin, sans surprise, le soi-disant pétrolier se transforme en Radeau de la Méduse et tous les funestes déchets enduisent des kilomètres de côte.

 

L'opinion est scandalisée. Vous êtes fort poliment convoqués devant la justice en compagnie de vos complices (propriétaire et certificateur du tas de ferraille) et là, miracle (!) on vous gronde, le juge déclare sévèrement que vous êtes coupables mais que vous n'aurez pas à indemniser les victimes.

Il vaut mieux détruire toute une côte qu'érafler une peinture avec la pédale de son vélo.

     Vous vous rappelez la fable du savetier et du financier, elle est toujours de saison. La justice sait être douce pour les puissants comme elle est dure pour les faibles.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 23:01
    Ces derniers temps, les climato-sceptiques reprennent du poil de la bête ; le public leur tend une oreille un peu moins sévère.
    L'hiver qui se termine, sans être exceptionnel, s'est montré un peu plus rude que les précédents. On a beau répéter qu'une orientation climatique ne se juge pas sur une seule année dans une seule région, les esprits craignent moins un réchauffement qu'ils ne l'espèrent.
    Beaucoup osent avouer qu'ils n'y croient pas vraiment, ils sont agacés par ce qu'ils  appellent l'omniprésence du changement climatique dans les médias. C'est le moment difficile que traversent toutes les informations, même les plus graves ; quand le public est à saturation, il ne suit plus.
   Cherchez à qui la situation profite : à tous les négateurs du réchauffement climatique. Ils profitent de l'occasion pour se replacer dans la course aux médias où des oreilles les écoutent avec une nouvelle bienveillance.
     Qui sont-ils ? On y trouve de tout : des scientifiques dont les conclusions diffèrent de celles du GIEC et des lobbyistes. Les premiers ne rechignent pas à soutenir les seconds ; l'industrie a des moyens et il est difficile à un chercheur nécessiteux de refuser des subsides.

     Après les tableaux apocalyptiques autant qu'incontestés, le ton des médias a changé, la dernière mode est à la confrontation : un chercheur du GIEC contre un climato-sceptique. Tout ce beau monde s'arc-boute sur ses convictions et le spectateur semble réduit à un choix mortel : être ruiné, victime de la décroissance, ou léguer une catastrophe à ses enfants. Choisir entre la peste et le choléra, posée de cette manière, la question ne mène à rien.
     Et si on faisait une sorte de "pari de Pascal"
 (pour mémoire : si je parie que Dieu n'existe pas, je ne prépare pas ma vie après la mort.
 Si Dieu existe, je perds ma vie éternelle.
En revanche, si je parie que Dieu existe, je gagne la vie éternelle donc beaucoup plus que ma petite vie terrestre.,
S'il n'existe pas, j'ai quand-même vécu donc je n'ai rien perdu.
 J'ai tout avantage à parier que Dieu existe.)

Aucun rapport avec le changement climatique ?
      Voyons de plus près.
    
      Parions que l'hypothèse du réchauffement est la bonne.
 Nous modifions nos habitudes. 
Nous privilégions les sources d'énergie sans carbone et les cultures plutôt que l'élevage. La forêt demeure  sur pied, on cesse de lui substituer le palmier à huile sans intérêt alimentaire. On admet enfin que l'homme doit se nourrir là où il vit : l'agriculture vivrière avant l'exploitation industrielle des sols et l'économie de rente.
Un accroissement modéré de la population ménagera la terre et ses ressources. Les femmes trouveront mieux à faire que des concours de reproductrices.

Qu'aurons-nous gagné ? ... Peu de chose : la santé !
L'humanité en bonne santé pourra enfin développer ses talents. Ce ne sera pas la décroissance mais une meilleure croissance.

Peu importe que le réchauffement climatique soit une réalité ou une idée fausse.
C'est notre intérêt d'y croire.
Comme dit le poète, "Notre père qui êtes aux cieux, restez-y", notre pari de Pascal tient sans vous.
Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 10:07

Numéro 920 - 01.02.2010 - 17 Shevat 5770 

Ce texte a été copié dans Israël Infos que nous remercions


."Nous ne serons jamais des vivants comme les autres, nous sommes des survivants"
Témoignage de Sam Braun, à l'Hôtel de Ville de Paris le 24 janvier 2010 -Commémoration du 65ème anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz.

Il fut retrouvé, peu de temps après coupé en trois morceaux, mais quand nous avons appris le vol du fronton du portail d'Auschwitz, toutes les images du camp, une fois de plus, se sont imposées à nous et nous avons été nombreux, devant la profanation de ce symbole devenu sacré car gardien de l'entrée d'un immense cimetière, sans pierre tombale, sans sépulture, sans linceul, nous avons été nombreux à l'avoir vécu comme une espèce de viol.


Viol de la mémoire de ceux qui tous les jours rêvaient de la liberté, si lointaine, là-bas, de l'autre côté du fronton et essayaient de survivre malgré l'inhumanité et la barbarie, la violence et l'indicible ; viol de tous les martyrs qui n'ont franchi le portail qu'une seule fois, puisque leurs assassins les attendaient près d'une fausse salle de douche ; viol de nos familles qui ont été décimées, de tous ceux qui n'ont laissé personne derrière eux et dont le nom s'est éteint, alors que s'allumaient les fours crématoires ; viol de tous les enfants dont le sourire était la seule arme.

Certes, nous n'avons pas été les seuls à être indignés par cette profanation, mais ceux qui le furent n'ont pas été meurtris dans leur chair comme nous l'avons été nous-mêmes, car ils n'étaient pas là-bas durant les années noires.
"Le travail c'est la Liberté", dit en allemand le fronton, mais sous le joug nazi notre travail c'était le bagne, notre liberté les chambres à gaz et c'est parce que nous avons souffert là-bas mille morts que ce vol a ravivé nos plaies mal cicatrisées.

Car quoi que nous fassions, quelle que soit la qualité et la réussite de notre résilience, nous serons toujours des survivants même si nous donnons, parfois, l'illusion d'être des vivants comme les autres
"L'arrêt de la maltraitance n'est pas la fin du problème" a écrit Boris Cyrulnic.

De l'extérieur, souvent, rien ne parait, comme si nous avions abandonné au vestiaire de notre passé, les faits innommables auxquels nous avons assisté et dont nous fûmes, bien souvent les sujets ; la violence qui nous entourait et la faim, cette faim permanente et douloureuse, Même s'il n'en parait pas, nos souvenirs, lovés dans un coin de notre mémoire, ne sont jamais bien loin puisqu'il suffit de peu de chose pour les faire resurgir. Une image, un bruit, une odeur et ils arrivent en foule dans une bousculade infernale laissant toujours les plus cruels prendre les premières places.

L'insupportable survie au camp et la folle Marche de la Mort, nous visitent bien souvent et revivent en nous, même si avec le temps, l'intensité de la douleur s'est un peu émoussée.
Malgré notre volonté de rendre notre mémoire d'Auschwitz moins corrosive en nous intégrant dans un monde normal ; malgré nos efforts pour cultiver le paraitre afin de masquer l'être intime, parfois trop douloureux, les 65 années passées n'ont pas réussi à faire de nous, tout à fait des vivants comme les autres.
Dans ce monde inégalitaire il y a des vivants qui le sont différemment des autres, nous sommes de ceux-là.

Quelle que soit la vie que nous avons menée après la Shoah et la famille que nous avons créée ou reconstituée, quelle que soit notre réussite sociale, nous n'avons jamais été véritablement libérés du Lager, comme l'appelait Primo Lévi et nous nous réveillons parfois en sueur, après un cauchemar qui a fait revivre le camp.

Force est de constater que nous ne sommes pas des vivants tout à fait comme les autres.

Pour Nathalie Zajde, nous revivons fréquemment l'inimaginable Shoah et l'assassinat systématique des Tziganes, parce que dans les sociétés actuelles, telle une déferlante universelle, apparaissent des épurations semblables à celles que nous avons connues.
Mais il y a d'autres raisons. Si nous sommes et resterons toujours des survivants parmi les vivants, c'est aussi parce que nous avons été jetés sur une autre planète, là où régnaient en maître l'iniquité, la brutalité et où la mort était devenue familière.

Comment chasser de notre mémoire les appels qui duraient si longtemps alors que nous restions debout, sans bouger, dans le froid et le vent glacial ; comment oublier les "visites des musulmans", comme ils disaient, au cours desquelles la mort nous attendait pour nous donner rendez-vous ; comment éliminer de notre mémoire les morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp et qui marchaient pliés en deux comme s'ils étaient en prière ; nous ne pouvons pas les oublier, car nous étions ces morts-vivants !! Comme eux nous marchions courbés par la faim et la fatigue, comme eux nous étions glacés l'hiver dans nos vêtements trop légers, comme eux nous protégions jalousement notre gamelle pour éviter que nous soit volée le peu de soupe infâme qu'ils nous donnaient pour subsister.

Nous étions effectivement sur une autre planète quand, le 18 janvier 1945, gardés par les SS et les chiens, quittant le camp pour la dernière fois, nous sommes partis en exode qui deviendra très vite, une effroyable Marche de la Mort. Marche hallucinante vers nulle part.
La victoire qui leur échappait, décuplait la violence des SS. Au camp nous avions connu la folie, là, nous étions en pleine démence
Le nombre de compagnons assassinés augmentait sans cesse et leurs cadavres, laissés sur le bord de la route jalonnaient notre passage. Parfois, celui à côté duquel nous marchions depuis des heures, ne pouvant plus avancer, s'affaissait sur la route et mourant était bousculé, presque piétiné par ceux qui suivaient et qui ne l'avaient pas vu. Je ne peux chasser de ma mémoire le jour où ils nous ont entassés sur des wagons de marchandises et demeure encore horrifié par tous les morts ........ou presque morts, sur lesquels nous nous sommes affalés tellement nous étions épuisés.
Toutes ces morts injustes sont souvent présentes dans notre mémoire et surgissent sans crier gare
Même si nous avons essayé de vivre afin de pouvoir un jour exister, nous restons habités par tout ce que nous avons vu et vécu là-bas, car on n'est pas indemne d'un passé indicible !!
Mais il y a aussi une autre raison à notre état de survivants : nous avons maintenant conscience d'être les derniers témoins à pouvoir dire "j'y étais et j'ai vu". Alors que les truqueurs, les maquilleurs de la réalité, révisionnistes et négationnistes se renouvellent de génération en génération comme toutes les mauvaises herbes, nous qui sommes les derniers à pouvoir faire revivre nos morts, nous nous demandons sans cesse si nous avons suffisamment œuvré pour que la véritable Histoire puisse ne jamais être réécrite au bénéfice d'odieux mensonges. Avons-nous suffisamment contribué à l'indispensable "travail de mémoire" ?
Chaque fois que nous rencontrons des adolescents pour parler des dangers de tous les extrémismes et que nous décrivons les actes de barbarie auxquels nous avons assisté ; chaque fois que nous expliquons où peuvent mener le fanatisme et la haine, le racisme et l'antisémitisme et que nous faisons revivre les étapes choisies pas les SS pour nous déshumaniser, même si nous le faisons avec modération ; chaque fois qu'à la fin de nos interventions ils nous demandent de leur montrer le numéro matricule tatoué sur notre bras gauche, chaque fois nous nous retrouvons à Auschwitz et vivons à nouveau ce que nous leur décrivons.
Alors, mes amis, acceptons ce fait inéluctable d'être des survivants parmi les vivants, acceptons de faire revivre nos familles et tous les martyrs anonymes que nous avons laissés là-bas, acceptons même nos cauchemars et les moments de la journée où tout nous revient comme une vague déferlante, acceptons tout cela, mais poursuivons inlassablement notre "travail de mémoire" pour donner du sens aux peu d'années qui nous restent.


Par Tipanda - Publié dans : solidarités
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 23:02
 ...C'est un joli nom, tu sais."

    Ils nous avaient quittés, Brel, Brassens, Ferré ... la chanson poétique s'était petit à petit dépeuplée. Il restait Jean Ferrat.
    Il vient de mourir et une époque, cette fois, est bien finie. En même temps que lui, meurt une certaine idée de la chanson française. La vision d'horreur du rap triomphant porté au rang de chanson à texte (et quels textes !) transforme notre chagrin en détresse.
     C'est qu'elles s'attachaient à nous les chansons de Ferrat.
La présence chaleureuse, sensuelle, de sa voix fixait en nous des textes parfois difficiles que nous aurions vite oubliés sans elle. Qui pourrait réciter en entier un poème d'Aragon sans le secours des chansons ? On arrive même à douter, à confondre les textes d'Aragon et de Ferrat ; ils sont tous des chansons de Jean Ferrat et c'est le plus bel hommage de notre mémoire à sa pensée.
      Ces jours-ci, les éloges ne vont pas manquer au chanteur ; il serait donc superflu que j'en rajoute. D'autres plus qualifiés s'en occuperont beaucoup mieux.

 Mais restons un moment auprès du Camarade.
      Beaucoup le situaient au parti communiste. En réalité, avec de nombreux intellectuels, il partageait  le titre de Compagnon de route : un camarade assez proche pour être des mêmes combats, assez indépendant pour ne jamais prendre la carte d'un parti.
      Sa liberté pointilleuse était source de malentendus.
Il me revient le souvenir de moments difficiles.
Sa chanson "Maria".
    Pour mémoire : pendant la guerre d'Espagne, deux frères ont choisi chacun un camp différent, ils se battent, l'un tue son frère puis se suicide sur le corps de sa victime. La chanson finit sur Maria, leur mère :
"si vous lui parlez de la guerre, si vous lui dites "liberté", elle vous montrera la pierre où ses enfants sont enterrés".
Dans l'intransigeance de la jeunesse, en bon petit soldat, j'ai rejeté ce qui pouvait être regardé comme une indulgence coupable, une trahison. Comment ?! Mettre sur un pied d'égalité le républicain et le franquiste, c'était intolérable. Les années venant, on apprend que la douleur et l'engagement appartiennent à deux registres différents. Il a fallu  attendre que le temps ait fait son oeuvre pour comprendre et faire taire la rancune envers le chanteur.
    Un autre poème connu de tous et tellement incompris : Nuit et Brouillard.
Deux mots n'avaient pas choqué à l'origine mais, dans les années 70/80 déclenchaient le trouble et l'incompréhension : "Ils essaient d'oublier".
On ne parlait pas encore du devoir de mémoire. Nous en revendiquions le droit, nous exigions la vérité du souvenir. Pour contrer l'entreprise négationniste qui fleurissait sans vergogne, nous allions de proclamation en appel, nous organisions réunions et conférences où des survivants racontaient inlassablement leur Shoah.
Ce que nous leur avons alors demandé, même après quarante ans, c'était épouvantable ; je m'en rends compte aujourd'hui, mais, sur le moment, nous n'en avions pas conscience. L'oubli nous était inconcevable ; forcément, ce n'est pas à nous qu'il revenait de replonger inlassablement dans l'horreur vécue. Nous nous permettions la plus grande sévérité envers ceux qui osaient évoquer l'oubli ; Jean Ferrat faisait partie de nos cibles.
Et pourtant ... son histoire aurait mérité plus d'égards.
Le père juif du jeune Jean Tenenbaum (c'est le vrai nom de Jean Ferrat) a été assassiné à Auschwitz.
Lui-même a eu la vie sauve grâce à des militants communistes qui l'ont caché, protégé, solidarité vivante qui est probablement le meilleur aspect du communisme à la française.
    Des liens indissolubles étaient fondés. Ils n'ont jamais été brisés mais ils n'ont pas dérivé.
Contrairement aux irréfléchis pour qui la fidélité excuse toutes les compromissions, Jean Ferrat savait dire NON à ses amis. Il leur a dit, leur a même chanté sa réprobation et sa souffrance quand les communistes français s'alignaient sur le soviétisme qui est au communisme ce que les marches militaires sont à la musique. Lors du coup de Prague, dans sa chanson "Camarade", il annonce la désillusion.
"C"est un nom terrible, camarade,
c'est un nom terrible à dire
quand, le temps d'une mascarade,
 il ne fait plus que frémir..."

Mais laissons lui le dernier mot :
"C'est un joli nom Camarade, c'est un joli nom, tu sais, qui marie cerise et grenade aux cent fleurs du mois de mai. Camarade ... "

Quand le temps des cerises reviendra, elles ramèneront la douceur de ses chansons.
Par Tipanda - Publié dans : amitiés nécrologiques
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 09:40

Notre irremplaçable, très efficace Didier Daeninckx (pour mémoire ... auteur, entre autres, de "Meurtres pour mémoire" et, pour les régionaux de l'étape, de "La mort n'oublie personne", sans compter trois "Poulpe" et une foule de polars engagés, nous communique :



Bronzer près des Baleines mortes...

 

 

A ce jour, 45 romanciers ont signé la pétition « Droit de retrait », suite à la décision des éditions Baleine de mettre à leur catalogue un livre au contenu ouvertement raciste de François Brigneau, un ex-Milicien, fondateur du Front national, condamné à de nombreuses reprises pour antisémitisme.

Contrairement à ce que prétend l’éditeur, qui parle de « censure », ces 45 auteurs ont simplement signifié leur prise de distance.

Ces écrivains ne font que rappeler l’un des attributs de leur droit moral, rappelant tout ce que le renom de la maison d’édition Baleine doit à leur engagement dans l’aventure d’un personnage libertaire et antifasciste : le Poulpe. Leur silence n’aurait pu être interprété que comme une caution apportée à un ouvrage où, en toute bonne conscience identitaire et ultra-nationale, se bousculent les termes de « bicots », « d’arbis », de « bougnoules », de « sidis »,

où les « bronzés » parlent en petit nègre.

L’éditeur prétend n’y voir que le charme désuet de l’argot des années 50.

Dans la droite ligne de cette publication, ressortira-t-il bientôt de sa bibliothèque des livres du même tonneau où, sous couvert de la pureté du style, se règleront cette fois les comptes avec les « youpins », les « enjuivés », les « niakoués », les « bamboulas », les « bridés », les « fiottes », les « tantouzes » et les « tarlouzes » ?

Dans cette croisade pour la « vraie littérature », celle qui en a, l’éditeur a reçu le soutien bruyant du site négationniste Stormfront. Bruno Gollnish, qui se relève d’une suspension relative à ses propos sur les chambres à gaz, salue son courage.

 

La mobilisation des auteurs montre qu’il existe encore des forces pour refuser l’indifférence, la banalisation des idées brunes. Ce n’est pas le cas partout, et il suffit de se remettre en mémoire les récentes images des pogroms anti-immigrés de Calabre pour s’en convaincre.

Ou de se rappeler ces autres images de vacanciers continuant à se faire bronzer près des cadavres de sans-papiers rejetés par la mer, sur la plage de Torregaveta.

Là, sur ce sable surchauffé, les mots bruns avaient déjà fait leur chemin : on ne replie pas sa serviette pour des « bicots », des « arbis », des « sidis »...

 

Car tout commence par les mots. Au début était le verbe... Et l’on sait que les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde ; ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir.

Le linguiste Victor Klemperer rappelait que « lorsque aux yeux des Juifs orthodoxes, un ustensile de cuisine est devenu cultuellement impur, ils le nettoient en l’enfouissant dans la terre ». Il concluait : « On devrait mettre beaucoup de mots en usage chez les nazis, pour longtemps, et certains pour toujours, dans la fosse commune ».

Certains font profession de les déterrer.

Qu’ils ne comptent pas sur nous pour aller bronzer près des Baleines mortes.

 

Didier Daeninckx

 

 

 

Liste des signataires de la pétition « Baleine brune : droit de retrait »

Didier Daeninckx, Patrick Raynal, Roger Martin, Sylvie Rouch, Lionel Makowski, Gérard Streiff, Maud Tabachnik, Chantal Montellier, Gilles Vidal, Sébastien Doubinsky, Romain Slocombe, Sophie Kepes, Nila Kazar, Francis Mizio, Hervé Le Tellier, Robert Deleuse, Mouloud Akkouche, Roger Facon, Claude Mesplède, Thierry Crifo, François Braud, Pierre Cherruau, Lalie Walker, Noël Simsolo, Catherine Fradier, Martin Winckler, Xavier Mauméjean, Olivier Thiébaut, François Joly, Johan Heliot. Guillaume Cherel, Stéphanie Benson, Jean-Christophe Pinpin, Antoine Blocier, Alain Bellet, Renata Ada, Jocelyne Sauvard, Grégoire Forbin, Jean-Jacques Reboux, Jacques Albina, Jacques Puisais, Michel Boujut,

 



Par Tipanda - Publié dans : solidarités
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