Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /2008 11:21
Chaque fois qu’il y a un référendum, il me revient un souvenir ému de mes études de grec, plus précisément, des mésaventures d’un homme politique athénien : Aristide Le Juste. Ses contemporains lui avaient donné ce surnom à cause de sa profonde intégrité.
Allons bon, direz-vous, quel rapport avec le référendum ?
Petit rappel. Athènes, où est née la démocratie, a expérimenté quelques pratiques destinées à donner la parole et le pouvoir au peuple (tiens, tiens, ça rappelle des politiques d’aujourd’hui …) Ils n’ont pas eu besoin d'inventer le référendum, les dimensions de la cité permettaient de rassembler tous les citoyens en un même lieu pour leur demander leur avis. Craignant les tentatives de prise du pouvoir qui auraient mis la démocratie en danger, ils ont mis au point ce qui leur paraissait un "must" de décision populaire : l’ostracisme.
Lorsqu’un Athénien soupçonnait l’un d’entre eux de fomenter ce que nous appellerions un coup d’état, il rassemblait les citoyens et leur demandait, sil leur semblait qu’un homme mettait la démocratie en danger, d’écrire son nom sur une sorte de jeton (on utilisait un tesson de poterie ,“ostrakon”, d’où le mot ostracisme).
L’invention se retourna très vite contre son but ; lorsqu’un ambitieux voulait prendre le pouvoir, il lançait une rumeur accusant tel homme de valeur susceptible de lui barrer la route ; l’assemblée des citoyens l’ostracisait et le candidat dictateur n’avait plus qu’à ramasser le pouvoir sur une cité qui se livrait sans défense. Pas besoin de révolte ; il suffisait de manipuler le peuple.
Evidemment, Aristide, l’honnêteté personnifiée, fut ostracisé suite aux manigances d’un démagogue.( L’histoire a conservé une anecdote montrant jusqu’où il poussait le respect de la démocratie : un homme qui ne le connaissait pas l’a abordé pour lui demander de remplir son “ostrakon” à sa place, il ne savait pas écrire ; Aristide lui demanda quel nom il fallait écrire, l’homme répondit “Aristide”. Ce fut fait.)

Rassurez-vous, lorsque l’homme providentiel eut fait la preuve de son incompétence et de sa nocivité, les citoyens rappelèrent Aristide. -
Les travers du référendum, en particulier, et de la “démocratie directe”, en général, me rappellent furieusement la mésaventure d’Aristide. Je crois aussi me rappeler que c’était un des principaux arguments des opposants à la Vème république. Les hallucinantes “votations” soumises à intervalles réguliers aux Suisses sont une autre illustration de l’amour des démagogues pour l'instrumentalisation du suffrage universel.
Il faut dire, à la décharge des Irlandais, que la démocratie est une pratique récente chez eux, la République d'Irlande est un état tout neuf. Le temps qu’ils expérimentent quelques traquenards, on peut espérer qu’ils “rappellent Aristide”.
Le cas des Français est plus préoccupant. L’histoire aurait dû leur profiter.
Apparemment, ils n’ont rien appris et les démagogues ont encore de beaux jours devant eux.
Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /2008 00:00

Les Irlandais ont répondu NON.
Les empressés de la construction européenne, ceux qui partagent mon désir de fédéralisme et d'abolition des frontières sont, en général désolés.
Surtout, c'est l'incompréhension.

Ils semblent bien ingrats, ces Irlandais.
Grâce à l'UE et ses fonds structurels, ils sont passés de la misère qui force à émigrer, à la prospérité qui fait des envieux.

 De "l'homme tranquille" à la net-économie, une transition peut-être difficile à assumer ...

La plus grande ville irlandaise est aux Etats Unis, New York. De l'autre côté de l'océan, les cousins d'Amérique ne veulent pas d'une Europe puissante ; auraient-ils convaincu les îliens de la force des solidarités identitaires ?

Et si l'explication n'était pas irlandaise, enfin, pas uniquement ?

Ils ont voté NON parce qu'ils en ont eu l'occasion. Ceux qui n'ont pas été consultés (tous les autres peuples), comment auraient-ils réagi ?
Il y a fort à croire qu'ils n'auraient pas répondu OUI.
Pourquoi cet inexplicable désamour ?

"Qui veut tuer son chien l'accuse d'être enragé" dit le proverbe. Chaque fois d'un gouvernement doit faire passer une mesure impopulaire dont il peine à expliquer le bien-fondé,  il se dédouane en prétextant une directive européenne.

A force de la rendre haïssable, les défenseurs autoproclamés de la construction européenne l'ont changée en épouvantail pour les peuples.

Vivre une grande passion d'artifice, filer le parfait amour avec un alibi, c'est le seul avenir proposé.

Il y avait pourtant d'autres arguments bien plus solides, et, en tout premier, la paix.

60 ans sans guerre, le miracle européen est là.

Il ne va pas se briser sur un récif en mer d'Irlande.

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Vendredi 13 juin 2008 5 13 /06 /2008 00:07
Entre le gasoil qui grimpe, les mouvements sociaux qui  vont avec, et l'Europe suspendue à un reférendum irlandais, une info est passée presque inaperçue :

Grande-Bretagne : Désormais, la police pourra détenir jusqu'à six semaines des individus soupçonnés de terrorisme, sans qu'aucune accusation ne soit prononcée. Cette proposition en faveur d'un durcissement de la législation antiterroriste a été approuvée par 315 parlementaires contre 306.


Dire que c'est à ce pays qu'on doit l'habeas corpus ...!
En vertu de quoi, la première obligation pour la justice dans un état de droit, c'est de faire savoir aux accusés ce qui leur est reproché.

Six semaines de prison sans accusation formulée ... d
écidément, la peur fait  tomber bien bas.

Tiens, pour échapper à ces miasmes délétères, on irait bien se réfugier aux îles d'Aran ...
Au grand air.
Si c'est oui, on y fera la fête. Si c'est non, on s'y consolera.
 Les Français sont trop mal placés pour faire la leçon aux Irlandais.

Mea culpa ! Avant de faire la leçon à la terre entière, je dois balayer devant ma porte. J'ai cité un article sans nommer mes sources. C'est un grave manquement à la déontologie.
Le petit morceau d'article que j'ai copié sur mon blog était dans la page internet d'"Israël Infos"
On peut s'étonner de trouver des nouvelles concernant un voisin européen dans un journal du proche-orient, avant de les lire dans notre presse. Quand on réfléchit à ce que sont devenus nos journaux, même "Le Monde", on voit l'abîme qu'ils ont à remonter.

S'il est un pays menacé par le terrorisme, c'est bien Israël. Pourtant on n'y trouve pas de Guantanamo et autres détentions clandestines.

- Je me rappelle un reportage bluffant, réalisé par Arte (pourtant peu suspecte de sympathies pro-israéliennes) sur la prison en Israël ... De quoi faire baver nos taulards français ! On voyait les prisonniers faire des études, débattre en groupes, et Marwan Barghouti donner carrément des conférences de presse.-

On peut dire ce qu'on veut de la politique israélienne mais il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre qu'on est en présence d'une authentique démocratie.

 Être en prison, c'est être privé de sa liberté d'aller et venir, ce n'est pas perdre tous ses droits.

Les états fondateurs des droits de l'homme feraient bien de se remettre en question à la lumière des leçons données par une démocratie qui ne baisse pas les bras et ne perd pas sa dignité face au danger.

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mercredi 11 juin 2008 3 11 /06 /2008 00:00

 Nous sommes donc à l'époque féodale . L'Eglise a pris la direction des affaires, c'est un "état dans l'état" mais elle a besoin des nobles qui sont toujours les maîtres de la force armée.  Elle rend sa justice mais c'est le bras séculier qui fait exécuter les peines. Nobles et clercs sont condamnés à s'entendre.
De la société d'ordres, il reste trop souvent une image rigide, cloisonnée, celle des temps modernes. La société médiévale est bien plus ouverte ; des passerelles existent encore entre les ordres, elles ne se fermeront qu'au quatorzième siècle dans la crispation de la crise économique et de la Mort Noire.
En attendant, un jeune paysan, même un serf, peut, en se faisant moine, espérer faire carrière dans l'Eglise ; témoin : Sylvestre II, le pape de l'an 1000.
 Les voeux perpétuels n'existent pas. Un garçon ou une fille noble peut intégrer une abbaye en restant à la dispostion de sa famille ; il en sortira si d'autres projets le rappellent. Pour illustrer ce mécanisme, les chroniques gardent le souvenir de la très attachante Mathilde d'Anjou.
Dès l'enfance, cette fille du comte d'Anjou manifeste une attirance très forte pour la vie religieuse ; elle entre à l'abbaye de Fontevraud où elle reçoit une solide instruction.  Appréciée par ses compagnes pour son intelligence et ses qualités humaines, on lui prévoit un bel avenir, pourquoi-pas abbesse ? La dignité serait conforme à son rang, l'abbesse de Fontevraud est comme l'abbé de Cluny un des plus hauts dignitaires de la chrétienté.
C'est méconnaître les priorités en vigueur dans sa famille. Le comte d'Anjou est en pourparlers avec son voisin Henri Beauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre. D'habitude, on matérialise la réussite de telles négociations par un mariage.
 Tout naturellement, Mathilde est priée de quitter Fontevraud pour épouser Guillaume Aethelred, l'héritier d'Henry 1er. Elle s'exécute ; mais avait-elle les moyens de refuser ?
 Le mariage est célébré, adieu la vie religieuse, bonjour la cour d'Angleterre.
 Hélas, l'union sera de courte durée ; devenue veuve, Mathilde réintègre son monastère. Elle finira, comme prévu, abbesse de Fontevraud. 
- Intermède : Les malheurs de Mathilde ont marqué l'histoire d'Angleterre. 

Nous allons nous écarter brièvement de notre sujet, les relations de l'Eglise avec le pouvoir, mais il est difficile de ne pas évoquer  l'anecdote, c'est trop tentant.
Au XXIème siècle encore,  la famille royale britannique perpétue certaines traditions, parmi lesquelles l'interdiction de faire voyager ensemble deux générations d'héritiers du trône. Lady Diana, en son temps, avait déclenché le scandale en s'envolant pour l'Inde avec son mari et ses enfants ; dans le respect de la tradition, les enfants auraient dû voyager sur un autre vol.
Un tel usage peut étonner mais il remonte au traumatisme de l'an 1120 : le naufrage de la Blanche Nef.
Rappelons-nous que le duc de Normandie est en même temps roi d'Angleterre ;  la noblesse tient des domaines des deux côtés de la Manche ; beaucoup d'actes de la vie féodale nécessitent la présence physique du seigneur, donc le roi et la noblesse effectuent d'incessantes traversées d'une rive à l'autre.
Le 25 novembre 1120, Henry et la fine fleur de la noblesse anglo-normande regagnent l'Angleterre après des festivités en Normandie.
Ils embarquent à Barfleur, sur deux bateaux, le "Tigre" et la "Blanche Nef".
 Les jeunes ont fait la fête ; ils ont beaucoup bu et prévoient de continuer pendant la traversée.
Mathilde, encore imprégnée de ses années de couvent, préfère échapper à la beuverie,  elle rejoint ses beaux-parents et les personnes d'âge mûr sur le "Tigre" et  la jeunesse monte à bord de la "Blanche Nef" avec force barriques. Ils sont rapidement ivres-morts et, pour s'amuser, ils enivrent l'équipage ; le pilote est expérimenté mais l'effet de l'alcool peut faire craindre le pire qui se produit sans attendre.
A la sortie de Barfleur, la "Blanche Nef" s'encastre sur des récifs ; il fait nuit ; à bord du "Tigre" on n'a rien entendu. On repêchera un seul rescapé : un boucher protégé par sa veste de cuir.
L'aristocratie anglo-normande a perdu toute sa jeunesse. A compter de ce jour, Henri Beauclerc devient "le roi qui ne sourit jamais".

Le royaume anglo-normand, puis la famille royale britannique resteront durablement marqués par la catastrophe, jamais on ne fait voyager ensemble deux héritiers du trône quelle que soit leur place dans l'ordre de succession.

Le bref intermède ayant trouvé sa fin tragique, Mathilde (dont le mariage n'a peut-être même pas été consommé) fait en sens inverse la traversée entre deux ordres et retrouve  son abbaye.

Le destin des enfants d'Henry 1er ne trouve pas  sa fin ici. Il se développera d'une manière aussi brillante qu'inattendue.

Des enfants royaux, il ne reste plus que la fille ainée, également prénommée Mathilde. Mariée à l'empereur germanique, elle perd son mari et, sans enfant, se retrouve sur le "marché" des unions politiquement importantes. Constant dans ses alliances angevines (lorsque le souverain anglo-normand est en Angleterre, il vaut mieux pour lui que la paix règne avec les voisins de la Normandie), Henry s'empresse de remarier celle que tout le monde appelle "l'impératrice" avec le dernier survivant des fils de la maison d'Anjou : Geoffroy le Bel.

On l'imagine facilement, l'amour n'est pas la priorité dans une telle union : la mariée est nettement plus âgée que son époux et elle est réputé pour son mauvais caractère.
 Aucun problème, une solide communauté d'intérêts est sans doute préférable à la passion, ce couple aura un fils.
C'est Henry II, le fondateur du royaume Plantagenêt, la gloire au dernier acte d'une tragédie.

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /2008 00:00

  Une alarme : le volume des dépassements d'honoraires médicaux a augmenté de plus de 40% en dix ans.
Quelques raretés mises à part, les fameux dépassements restent à la charge du patient, même avec une complémentaire santé, ce qui relativise grandement la réputation d'universalité de notre protection sociale.
Un tri par activité montre une tendance certaine aux dépassements chez les spécialistes pendant que les généralistes ont plutôt l'habitude de rester dans les tarifs encadrés.
Pour affiner le renseignement, voyons la géographie : il apparaît que les zones de bas salaires sont moins touchées par l'inflation des tarifs mais que, parallèlement, le manque de médecins s'y fait sentir.
Résumé : soyons réalistes, la médecine est un commerce, ou plutôt, un artisanat qui obéit comme les autres aux lois de l'offre et la demande.
Un jeune médecin trouve logiquement avantage à se spécialiser et s'installer dans une région à fort pouvoir d'achat ; sans travailler plus, il gagnera plus ( n'en déplaise à Sarko !) Par dessus le marché, il aura  la chance  de supporter  moins  de  patients  peu  décoratifs,  genre  CMU ;  son cabinet  attirera d'autant  plus les clients BCBG... s'il résiste à la concurrence. Ces beaux quartiers attirent le médecin comme le miel attire les mouches, il faut partager la galette. Quand  les clients se font rares, pour faire son chiffre on augmente ses prix ; c'est le cercle vicieux, on devient parfois un smicard de la médecine.
A l'autre extême, le généraliste en région difficile.  Il travaille au tarif sécu ; des clients, il en a. Les soirées-visites succèdent aux journées-consultations, avec
, en prime, toute la paperasserie à gérer et trop souvent un boulot d'assistante sociale bénévole.
Il faudrait alléger ce poids en le partageant, mais les volontaires ne se bousculent pas ; ils préfèrent le miroir aux alouettes des quartiers chics.
Et puis, les études de médecine ne donnent pas le sens du collectif. Ils ont appris à être les meilleurs, pas à partager. Lorsqu'une "maison médicale" se crée, regroupant plusieurs médecins, il s'agit très souvent d'activités juxtaposées mais séparées. Ils ont tous les mêmes horaires.  Les maisons médicales ne soulagent pas l'encombrement des urgences hospitalières.

Mais la raison principale de ce véritable embouteillage des urgences n'est pas là. Il pose d'autres questions plus inconfortables.

Une observation fréquente : "à l'hôpital, les urgences sont encombrées par des gens qui pourraient aller chez leur médecin". On se perd dans un flot de remarques sur l'inconséquence ou le sans-gène des usagers : "pourquoi tiennent-ils à faire la queue pour de la "bobologie" ou, très souvent, un problème qui date de plusieurs jours et ne relève donc pas de l'urgence ?"

La réponse est tristement logique : le patient qui veut s'épargner la dépense, ou qui, simplement, n'a pas les moyens, atterrit aux urgences. L'hôpital reste le dernier recours, la seule garantie d'un service public de la santé.

On nous abreuve régulièrement d'autosatisfaction franchouillarde ; notre protection sociale est meilleure que toutes les autres. Ce n'est pas de l'affirmer avec force qui nous empêchera de relever ce qui fâche.

Comment, dans un pays obsédé par l'égalité, peut-on supporter la juxtaposition d'une médecine de qualité dans les CHU et les grands labos de recherche et la désorganisation coûteuse et antisociale de la médecine ordinaire telle qu'on la vit au quotidien ?

Certes, la solution passerait forcément par une refonte de  la protection sociale,  mais on ratera le coche si on s'arrête à un plan comptable en oubliant de réorganiser les professions médicales.

Par Tipanda - Jacqueline Simon - Publié dans : l'air du temps
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