l'air du temps

Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 11:11

Notre monde moderne, paraît-il, n'a plus le sens du sacré. Erreur, il a beaucoup perdu le sens du religieux mais il continue à vouer une confiance et un respect absolus à ceux qui disposent de la vie de leurs semblables : les médecins. Vous pouvez être le plus riche, le plus puissant, le plus autoritaire, vous êtes l'humilité même en face de votre cardiologue et,  plus encore, de votre chirurgien. En eux réside votre espoir de conserver ou retrouver la santé. Dans ce but, vous leur donnez carte blanche sur votre vie. Vous jouez gros, ces gens-là vous font courir des risques : les médicaments actifs ne sont bénéfiques que parce qu'ils recèlent des poisons potentiels, l'anesthésie qui vous empêche de succomber à la douleur rend possible les réussites de la chirurgie mais elle peut vous tuer. Si un individu quelconque vous proposait de risquer l'empoisonnement, vous refuseriez à coup sûr. Et vous acceptez, sans question ou presque, lorsque la proposition vient d'un médecin. Pourquoi ?

Vous ne le prenez ni pour un ange, ni pour un saint ; de toute façon, il ne vous est pas assez proche, en général, pour que vous puissiez évaluer ses qualités personnelles. La réponse est d'une simplicité naïve : vous avez confiance parce que vous croyez au respect de cette éthique médicale symbolisée par le fameux serment d'Hippocrate. Dans un monde où le parjure est la règle, vous savez qu'il est nécessaire à votre survie de croire que le médecin est toujours fidèle à son serment, qu'il place le respect de la vie, surtout la votre (!) au sommet de tout.

 Et tout le monde croit.

Et tout est bien, don't think twice, il's all right, ... tant que le serment sacré reste la clé de voûte de l'édifice médical. Beaucoup de criminels seront pardonnés avant Mengele ou Hirt ; tout manquement est un scandale voué à l'exécration éternelle. Et pourtant, des cas émergent au hasard de l'actualité. Les dernières attaques terroristes contre le Royaume Uni sont le fait d'un réseau de médecins. Heureusement, ils n'ont pas l'air très doués pour les explosifs, on les espère plus compétents dans leurs spécialités médicales mais...on a froid dans le dos à l'idée de remettre son sort entre de telles mains. Semer le doute à l'égard d'une profession qui repose sur la confiance peut être plus destructeur, en fin de compte, qu'une explosion meurtrière provoquée par n'importe qui.

Dans la presse, peu signalé mais révélateur d'un autre malaise : la mort pas exceptionnelle d'une petite égyptienne excisée dans une clinique gynécologique. La gynécologue a proposé de verser une somme d'argent aux parents pour les indemniser. L'affaire est révoltante à plusieurs titres. Au départ, ce qu'il faut bien appeler la lâcheté du gouvernement égyptien ; pris entre le poids d'une tradition africaine très implantée dans la population et quelques tentatives internationales de faire cesser un usage barbare, il a opté pour l'hypocrisie : l'excision n'est autorisée que si elle est pratiquée dans un établissement chirurgical garantissant le respect de l'hygiène. Les promoteurs de cette loi la présentent comme un progrès par rapport aux charcutages pratiqués traditionnellement. Ils évitent surtout de dénoncer le scandale intolérable d'une mutilation imposée par une haine imbécile du plaisir féminin. Que des médecins soient les acteurs de cette pratique sinistre est inacceptable et encore plus révoltant lorsque ce médecin est une femme. L'appat du gain est évidemment ce qui explique l'absence d'un minimum de solidarité féminine et c'est encore l'argent qui est présenté comme le pretium doloris dû aux parents, alors que ceux-ci partagent la culpabilité de la mort de leur fille, le médecin s'est livré à une pratique médicalement inutile et même nuisible qui a entraîné la mort, mais ce sont les parents qui ont demandé l'intervention. La transaction financière est révoltante autant pour celui qui paie que pour celui qui reçoit.

Des médecins apprentis-terroristes à l'implication d'autres médecins dans la torture, la barbarie et l'obscurantisme, un même risque, trop dangereux pour qu'on accepte de le courir, celui de faire douter de ceux en qui la confiance est absolument nécessaire.

Par jacqueline simon - Publié dans : l'air du temps
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Lundi 18 juin 2007 1 18 /06 /Juin /2007 22:20

Un anniversaire passé sous silence ou presque.

Il y a quarante ans, Israël déclarait et remportait la guerre des six jours.

Il est de bon ton chez les bonnes âmes de lui en vouloir et de lui imputer le désastre qui règne aujourd'hui au Proche Orient . Les vainqueurs sont forcément et définitivement coupables.

Autre question digne d'être posée : si Israël avait été battu, que serait-il arrivé pour la région et le monde ?  Un Proche Orient au pouvoir des dictatures syrienne et égyptienne ? La réponse est vite trouvée. Nous pourrions tous vivre en Israël, pas dans les dictatures arabes ni chez les islamistes.

Alors, longue vie à Israël. Notre solidarité ne fera jamais défaut à nos frères.

Par jacqueline simon - Publié dans : l'air du temps
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 18:26

Dans "Le Monde" du samedi 16 juin 2007 Claude Lepen, économiste, et Guy Vallancien, chirurgien, proclament : "Vive la franchise médicale !" avec, en sous-titre comme pour enfoncer le clou, "En augmentant la responsabilité de chacun, ce projet permettrait de sauver notre Sécurité Sociale".    

On ne prend pas beaucoup de risques à avancer deux propositions : ces messieurs sont en bonne santé et le risque de tomber dans le besoin, pour eux, est faible. On leur souhaite de continuer et de ne jamais avoir à expérimenter la maladie, la dèche et, apothéose, la maladie dans la dèche ! Leur raisonnement : la Sécurité Sociale est victime d'abus, de dépenses injustifiées dues à l'irresponsabilité des assurés ; en obligeant les usagers à participer financièrement, on stimulerait la réflexion des usagers, limiterait le recours aux soins et, donc, à l'intervention de l'assurance-maladie. Des abus existent, ne le nions pas. Mais c'est un risque inhérent à toutes les solidarités. A toutes les époques, la lutte contre les profiteurs est un argument qui fait passer toutes les exclusions ; les chômeurs sont tous des paresseux, les surendettés des gaspilleurs et les malades des gens sans hygiène .

A l'opposé, on doit réaffirmer que la santé est un bien commun. Le droit à la santé est un acquis indiscutable de notre société.

C'est l'intérêt de tous, même des riches. Imaginons, par exemple, qu'une épidémie de tuberculose se répande chez des pauvres mal logés, mal suivis, mal soignés. Le bacille se répandrait dans toute la population, même chez les riches, bien soignés mais dont l'immunité n'est pas nécessairement  aguerrie, apte à se défendre contre la contamination. La solidarité et une forme d'égoîsme bien pensé ne sont pas incompatibles.

Et puis, une évidence : personne ne cherche la maladie ! Il existe bien des cas pathologiques de gens qui se créent des maladies, mais ils ne sont pas la majorité, il s'agit de troubles du comportement. Maladie = souffrance, mal être, fin des projets. Les malades, très logiquement, ne demandent qu'à guérir. Ils donneraient même tout ce qu'ils possèdent pour guérir. C'est leur faire injure et c'est un non-sens de croire qu'une franchise d'assurance-maladie améliorerait leurs chances de guérison.

Les malades doivent se prendre en charge, certes. Donc il faut  encourager la prévention. Elle commence par un bon suivi sanitaire. Comment espérer une politique efficace de prévention chez des gens qui devront faire les frais de la première visite chez le médecin ?

Et pourquoi s'en prendre toujours au malade lorsqu'on veut chasser les abus ? Les examens effectués en double ou triple ont bien été prescrits.  Une véritable économie est sans doute possible dans une meilleure organisation du suivi des malades autour d'un pôle de coordination. Depuis le temps que le sujet est d'actualité, il faut bien croire que certains voient leur intérêt à faire perdurer le blocage. Au lieu de s'en prendre aux malades, on gagnerait à trouver une solution efficace à ce problème concret .

Réduire les dépenses n'est qu'un aspect du problème.  De cotisations en taxes, tous les gouvernements ont inventé leur réforme sans parvenir à un mode rationnel de financement. Il faudra probablement une totale remise à plat. On pourrait envisager la suppresssion de toutes les cotisations et leur remplacement par un impot affectant tous les revenus. Un droit généralisé doit logiquement être couvert par un prélèvement généralisé. Un tel principe est d'une logique limpide...trop. La situation actuelle abrite dans son désordre une foule de sinécures et chasses gardées, autant de fromages que leurs détenteurs de droite et de gauche  ne sont pas prêts à abandonner. On risque de continuer un certain temps à passer de réformette en mesure provisoire.

 Enfin, tant qu'on a la santé...  

Par jacqueline simon - Publié dans : l'air du temps
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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /Juin /2007 22:54

Il y a peu, un article(1) de Patrick Vermersch posait la question troublante des risques contenus dans un nouveau type de tests permettant de connaître très précocement le sexe du foetus. Le danger qui apparaît immédiatement est le déséquilibre des effectifs filles/garçons mis au monde. Ce déséquilibre existe déjà dans certains pays avec des avortements de filles réalisés, jusqu'ici, à beaucoup plus que 12 semaines de grossesse. Dans certains états de l'Inde, les hommes ne trouvent plus de compagne et il s'établit à partir des états pauvres un véritable trafic de filles à marier. Un test permettant d'avorter plus rapidement faciliterait  beaucoup ce travail de sélection en renforçant le déséquilibre commencé. Or, si on peut connaître le sexe très précocement, on peut en déduire que d'autres caractères suivront rapidement. Et on voit surgir un autre risque qui s'appelle l'eugénisme. On ne ferait plus que des bébés garçons supposés parfaits. Même Alexis Carrel n'aurait pas osé en rêver ! Après les lebensborn et autres délires nazis, on aurait pu croire l'humanité guérie de la tentation eugénique. Faut pas rêver ! les docteurs folamour n'ont pas dit leur dernier mot.

Dans Le Monde du 8 juin 2007, le chroniqueur médical Jean-Yves Nau signe un papier intitulé " La génétique s'attaque à sept grandes maladies.", inspiré de résultats publiés dans Nature et fondé sur les travaux du Pr Donnelly du Welcome Trust. De ces travaux, il ressort que des mutations de gènes augmentent le risque d'affections courantes telles que l'hypertension ou le diabète. La constatation est immédiatement tempérée par le commentaire suivant : ... les responsables de ces travaux soulignent que ce sont bien les interactions entre ces caractéristiques génétiques et l'environnement qui font que la maladie peut ou non se manifester... C'est ce qu'il est convenu d'appeler une précaution oratoire. Dès qu'il sera possible de généraliser ce type de détection, et on peut compter sur la pression populaire pour faire accélérer les travaux, on passera du dépistage de gènes à la chasse aux gènes.

Au premier abord, apparaissent des bienfaits difficiles à contester. Face à des cas d'enfants nés lourdement handicapés, catastrophes pour eux mêmes et toute leur famille, qui n'a pas regretté que ces naissances n'aient pu être évitées ? Une résignation héroïque, avec parfois le soutien d'une foi religieuse, les fait accepter, jamais désirer. Qu'on puisse éviter un tel malheur est un bienfait de la science, indiscutablement.

Mais la réalité n'est pas aussi tranchée ; ce n'est presque jamais le choix entre enfer et paradis. Pour demeurer dans le même domaine de métaphore, le quotidien se tient plutôt dans le purgatoire. Les chercheurs anglais de Nature travaillent sur des maladies fort répandues : le diabète de type I, l'hypertension, la polyarthrite, les troubles bipolaires, des maladies qui pourissent la vie de beaucoup de gens mais qui se soignent. Nous souffrons tous de l'une ou l'autre de ces maladies ou certains de nos proches en sont atteints. Si l'objet des recherches de ces généticiens est de soigner mieux ces maladies, bravo ! On les soutient bien fort et il faut, d'urgence, faire campagne pour une augmentation massive de leurs crédits. Mais...de même que la découverte de la poudre permettant de procéder à de jolis feux d'artifices a surtout permis de fabriquer des bombes, la possibilité d'isoler avec certitude et précocement  les gènes impliqués dans les maladies permettra de sélectionner des sujets non porteurs. On se représente l'humanité qui serait issue d'un tel bricolage ... avec la multitude de nouveaux problèmes induits, dont un crucial : qui décidera ? Qui édictera les règles ? On n'ose pas imaginer un tel pouvoir sur la vie entre les mains d'un Hitler. Et l'expérience humaine n'étant pas transposable, la Shoah ne nous met pas à l'abri d'une nouvelle aventure inhumaine.

La science n'est donc pas une activité neutre qui pourrait s'exercer hors de toute morale.  L'éthique doit rester l'affaire de tous et dans ce débat, la démocratie et le respect des droits humains qu'elle suppose sont notre seule garantie.

jacqueline Simon

(1) je peux vous en refaire un envoi par mail .

Par jacqueline simon - Publié dans : l'air du temps
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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /Mai /2007 10:52

L'archéologie est un véritable sport national en israël, passion du savoir et désir de retrouver les racines longtemps interdites d'une vieille civilisation. C'est un loisir culturel et bien pacifique ... croyez-vous ?

Les chantiers de fouilles et les sites non défendus sont littéralement dévalisés. Les vestiges pillés se retrouvent chez les marchands d'antiquités de tout le proche et moyen Orient. Les archéologues doivent surveiller leurs recherches et les protéger des pillards.

C'est comme partout, direz-vous, tout ce qui est recherché vaut cher, et provoque les convoitises donc les vols. Le pillage est la plaie de tous les sites archéologiques du monde entier. Ne parlons pas des pays en guerre comme l'Irak où même les musées ont été pillés.

Si on essaie de creuser (c'est le cas de le dire!) plus avant, on découvre une situation spécifiquement israélienne. La plupart des pillards sont palestiniens. Leur motivation n'est pas uniquement l'appat du gain. Il faut surtout détruire les preuves matérielles de l'ancienneté et de la continuité de la présence juive sur la terre d'Israël. Qu'on se rappelle les échauffourées suscitées, il y a peu, par les travaux entrepris sur un des accès au Mont du Temple ; les vieilles pierres sont de l'étoupe qui se demande qu'à s'enflammer.

Les gens raisonnables peuvent arriver, peut-être plus facilement qu'on ne le croit, à un accord juste pour un partage du pays. Il faut avant tout le vouloir et ne pas désespérer. Le seul point d'achoppement irréductible c'est Jérusalem, ville sainte de trois religions. On peut mettre de côté les chrétiens ; depuis la fin des croisades, ils ne sont plus chez eux à Jerusalem et se contenteront d'un droit d'accès pour aller prier sur leurs lieux saints. Restent les juifs et les musulmans. Il faudrait partager, mais on ne peut pas diviser Jérusalem puisque les lieux saints, ou ce qu'il en reste, ne sont pas juxtaposés mais superposés. La question de l'antériorité constitue donc un puissant facteur de légitimité. Voilà pourquoi, même si la chose paraît folle, l'histoire reste un puissant facteur de guerre.

Et changer l'état d'esprit des belligérants est un projet désespéré car la question de Jerusalem ne participe pas de la raison mais de la religion, c'est donc l'affectivité qui gouverne et on ne parle pas au coeur avec les mots du cerveau.

Par jacqueline simon - Publié dans : l'air du temps
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