De prétendus scandales peuplent l'actualité.
Il y a les retraites ; l'heure est grave, certes, mais ni plus ni moins qu'il y a dix ans, pas très neuf.
Il y a des gens très chics grugeant une mémé à sous ; bien mal acquis ne profite jamais, du moins, c'est ce qu'on dit, alors il sera bien difficile de trouver une bonne âme qui la
plaigne.
Il y a les bleus ; une bande de sales gamins trop riches. On se croirait dans un quartier difficile, sauf que leur grossièreté ridicule a l'indécence de puer le fric.
C'est au milieu de ces futilités qu'un art, le septième, nous éveille, à condition de le mériter et de savoir attendre.
C'était mercredi 23 à 22h25, sur Arte, forcément sous-titré (l'humanisme, ça se mérite), un film d'Ousmane Sembene : "Moolaadé"- qui veut dire "droit d'asile" au Burkina Faso,
un film qui traite de l'excision.
On nous a déjà, très doctement, décrit l'excision mais là où l'explication domine, elle n'est qu'un voile sur l'horreur et l'émotion.
On nous dit qu'il s'agit d'une vieille coutume africaine, monstrueuse et difficile à éradiquer. En général, on l'aborde du côté médical ou féministe mais toujours comme un sujet d'anthropologie ;
la douleur reste à sa place : celle des autres.
Moolaadé est une fiction pleine d'émotion.
Une femme, Collé, a été excisée comme toutes les autres mais, contrairement à ses voisines, elle ne considère pas la tradition comme une nécessité et refuse de faire
subir le même sort aux plus jeunes.
Un groupe de quatre fillettes, terrifiées par les exciseuses, prend la fuite pour leur échapper. Collé déclare sa maison moolaadé et les met à l'abri chez elle : personne ne peut
s'emparer de ses protégées.
Les exciseuses font peur ; entièrement vêtues de rouge, elles se déplacent en troupe, guidées par une maîtresse qui porte un masque rituel effrayant. Les petites filles sont terrifiées, d'autant
qu'elles savent ce qui les attend ; les conversations des femmes du villages sont pleines du récit des souffrances endurées et des fillettes tuées par le couteau d'une incapable.
Au début du film, Collé est seule à se révolter.
Les mères sont décidées, ou plutôt résignées, à faire "purifier"
leurs filles dans le respect de la
tradition.
Les hommes sont du côté des exciseuses, ils ont peur des sortilèges qui les menaceraient en cas de transgression.
Ils ne reculent pas devant la mauvaise foi (comme si leur circoncision rituelle était comparable à la mutilation invalidante des filles excisées !) Ils se rendent compte que leur pouvoir est en
péril s'ils ne maîtrisent plus le corps des femmes. Ils veulent que rien ne bouge, s'en prennent à ceux qui soutiennent le point de vue des femmes et ... aux postes de radio qu'ils accusent de
répandre la subversion.
Un véritable front commun s'établit entre les hommes et les exciseuses. Au premier abord, ils ont l'air de remporter la victoire :
Tous les postes de radio sont confisqués, rassemblés sur la place et brûlés en un véritable autodafé.
Le vendeur de postes à bas prix (récupérés et recyclés) est dévalisé et assassiné.
Collé est flagellée, les hommes de sa famille la rouent de coups de fouet, en public.
Durant son supplice, les exciseuses en profitent pour s'emparer d'une de ses protégées et la "purifier". L'enfant meurt d'une hémorragie.
Les événements signent la défaite de Collé ... en apparence.
En réalité, l'espoir suit de très près le désespoir. Les femmes se disent que, décidément, trop c'est trop.
Elles soignent les coups de Collé, lui manifestent leur tendresse et, surtout, leur solidarité. L'une d'entre elles, qui vient d'être mère, lui apporte même son bébé, une fille, et la lui confie
pour qu'elle soit protégée de l'excision.
Elles sont toutes, enfin, rassemblées ; ensemble elles sont plus fortes. Surtout, elles osent. Elles se retournent contre les exciseuses et arrachent leurs couteaux qu'elles jettent sur le
brasier où flambent encore les débris des transistors sacrifiés.
Moolaadé, c'est une belle fable à la gloire de la solidarité féminine, un film qui marque les consciences.
Pendant que, dans les pays du Nord, les féministes discutent à n'en plus finir de la féminisation des mots, les Africaines luttent contre la barbarie.
Où sont les ridicules ? La réponse n'est pas difficile à trouver.
Notre solidarité féminine doit s'exercer d'abord à l'égard des femmes du Sud.
Pour faire bénéficier un état d'un soutien économique ou technique, il faut commencer par s'assurer de la politique qu'il conduit à l'égard des femmes. Est-il décidé à éradiquer l'obscurantisme,
l'oppression et les mauvais traitements ?
Réservons nos dons aux ONG qui respectent clairement ce principe.
Refusons les compromissions qui se font sur le dos des femmes. Les bonnes manières ne sont que de mauvaises actions.
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