histoire

Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 10:13
Référence gardée envers feu Simon Wiesenthal pour l'emprunt de sa formule,

 même la très pointilleuse justice allemande peut encore être surprise.
Un criminel de guerre en liberté se découvre à l'occasion du procès d'un autre bourreau.
Voilà l'information recopiée telle quelle dans Israël Infos toujours à l'affut de telles découvertes :


Un témoin "pire" que l'accusé
Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, l'un des témoins dans le procès, qui s'ouvre, de John Demjanjuk, 89 ans, accusé de participation au meurtre de 27.900 juifs pendant la Shoah, est lui-même impliqué dans "l'assassinat sauvage d'au moins 434.000 personnes", mais n'a fait l'objet d'aucune condamnation.

Il s'agit d'un ancien SS se faisant appeler "Samuel K.", âgé de 88 ans, qui était gardien du centre d'extermination nazi de Belzec en Pologne, et a fait l'objet de deux instructions judiciaires n'ayant pas abouti.

Selon le journal allemand, une troisième enquête contre Samuel K., qui a reconnu par le passé "qu'il était su de tous que les juifs sont exterminés dans le camp, et qu'on les y brûle", vient d'être ouverte par le parquet.



Si les faits, cette fois, sont avérés, un meurtrier de masse aura vécu tranquille plus de 65 ans.
Décidément, il vaut mieux être un ancien bourreau SS qu'un survivant aux prises avec la police du sexe .
Autre temps, autres moeurs !
Par Tipanda - Publié dans : histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Partager    
Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 09:55
   Tous les archéologues vous le diront : c'est avec les déchets d'une époque que nous en apprenons le plus et  nous jouons un mauvais tour aux futurs observateurs de notre siècle avec nos incinérateurs d'ordures ménagères.
En attendant, certaines démolitions occupent dans nos mémoires une place privilégiée.

    Pour les Français, la Révolution a pour symbole la prise et la destruction de la Bastille ; pour beaucoup d'Européens, la chute du mur de Berlin marque la fin de la guerre froide.
Ils ne sont pas loin d'y voir l'événement majeur de ces dernières décennies et, le 9 novembre, nous sommes priés d'en avaler jusqu'à plus soif.
    Curieusement, les Allemands, qui sont les premiers concernés, n'ont pas fait de ce jour une fête nationale, préférant célébrer la réunification des deux états.
     Il faut sans doute le mettre au compte de leur esprit positif.
Quand on veut aller de l'avant vers la construction d'un avenir commun, un acte de réunion est un geste plus fort que le défoulement d'une population excédée. Le mur était, de toute façon, condamné, même s'il est des jouets romantiques auxquels les peuples tiennent.
     9 novembre, malgré l'enthousiasme populaire, c'est aussi une date qu'on n'aime pas se rappeler en Allemagne ; les Berlinois auraient pu en choisir une autre pour monter à l'assaut du mur.
     9 novembre, c'est l'anniversaire de la Nuit de cristal, le grand pogrom qui marque le lancement de la destruction des juifs d'Europe, le début de l'entreprise cauchemardesque qui aboutira aux camps de l'Est et fera de l'Allemagne la grande Coupable du vingtième siècle.

      L'Allemagne a assumé, payé, s'est repentie, elle montre, en toutes circonstances, un remarquable esprit de responsabilité vis à vis de son passé. Mais le choix d'une fête... il faut que ce soit un jour de fierté et de joie.
Les Fançais auraient-ils fait de la St Barthélémy leur fête nationale ?
 
     Alors, à défaut de la plage, laissons le mur aux romantiques et souhaitons un bel avenir à une Allemagne repentie et rachetée des crimes du passé.
Par Tipanda - Publié dans : histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    
Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 23:38
Le 23 décembre 2009, mourait Yitzhak Aharonovitch, le capitaine d'Exodus.

On a l'impression que tout a été dit sur l'aventure de ce bateau, il y a même eu un film célèbre et récompensé (d'Otto Preminger avec Paul Newman). Alors, quel besoin d'y revenir ?

Un bref rappel.
    En 1947, des juifs rescapés de la Shoah embarquent sur Exodus, un vieux bateau rafistolé, pour tenter de rejoindre la Palestine, terre de leurs ancêtres, de leur foi et de leur espoir. Après les horreurs qu'ils avaient connues, leur projet aurait pu inspirer la sympathie internationale, aurait pu ... mais la politique des états n'a que faire de la solidarité.
La Palestine n'était pas un pays, juste un débris de l'empire ottoman morcelé après le traité de Versailles ; en 1947, elle n'avait toujours pas de statut définitif. Elle dépendait de la Grande Bretagne, puissance mandataire, qui n'entendait pas mettre en péril sa politique régionale fondée sur la bonne entente avec les arabes (à nouveau, souvenir d'un film : "Lawrence d'Arabie.")
Ce territoire exigu abritait, dans une paix fort relative, une mosaïque de communautés représentant les  trois grands monothéismes et leurs variantes ; il y a deux mille ans que le moindre caillou est capable d'y déchaîner les passions et la guerre.
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, c'était prévisible, un équilibre aussi branlant que provisoire ne pourrait plus durer longtemps. Les différentes forces en présence entreprirent de faire avancer leur dossier.
Les arabes de Palestine avaient pris du retard, désunis et distancés, ils n'avaient pas réussi à former un projet d'état et leurs voisins étaient plus occupés à revendiquer leur part du gâteau qu'à promouvoir la création d'un nouvel état arabe indépendant.
En revanche, le projet sioniste était prêt, le "Foyer National Juif" pouvait devenir un état.
 Ce n'était pas du tout l'objectif des Anglais qui voulaient maintenir le statu quo ; ils voulaient d'abord freiner l'accroissement de la pression démographique juive, donc empêcher le retour vers la mère-patrie de juifs de la diaspora. Les embarcations étaient arraisonnées par la marine britannique avant de toucher la côte et l'Exodus ne fit pas exception.
Il fut ramené avec tous ses réfugiés en Europe et conduit à Hambourg où ses passagers furent internés, dans l'attente d'une décision. Les rescapés étaient à nouveau en Allemagne dans un camp de prisonniers !.
Malgré les protestations indignées, les juifs sont en captivité et ne pourront reprendre la direction de leur terre promise qu'avec la proclamation de l'état d'Israël en mai 1948. En attendant, ils ont gagné la sympathie des Européens et promu la cause du nouvel état.

D'autres bateaux ont connu les mêmes vicissitudes. Exodus n'est pas un cas unique.
Mais son histoire est devenue symbole.
Elle illustre et démontre la mauvaise foi qui préside à une erreur très répandue :

Les ennemis d'Israël, véritables antisémites qui se prétendent antisionistes, ont répandu l'affirmation selon laquelle l'état d'Israël serait un cadeau fait aux juifs sur le dos des arabes en dédommagement de la Shoah.
L'examen des événements, illustrés par l'odyssée de l'Exodus, permet de rétablir nettement la vérité.
- Israël n'a pas volé aux arabes un état qui n'existait pas.
- Israël n'est pas un cadeau fait aux juifs. Les Européens n'ont pas éprouvé assez de honte après la Shoah pour se croire tributaires. Les juifs ont lutté contre mille traquenards pour obtenir la création de leur état souverain.
- A sa naissance, l'état d'Israël fut immédiatement en lutte avec ses voisins arabes. Ils appliquèrent une tactique aussi vieille que la guerre, se chargeant des opérations militaires et suscitant un front de l'intérieur chez les arabes palestiniens. A l'époque, il était encore temps d'établir les conditions d'une coexistence pacifique en prévision de la paix. En réalité, les autorités communautaires arabes et les religieux musulmans poussèrent la rue palestinienne au jusqu'au-boutisme, avec des promesses de soutien qui n'ont jamais été tenues.
Les arabes palestiniens ont été la masse de manoeuvre de combats extérieurs, ils sont aujourd'hui dans une situation difficile, loin de la paix,  mais les responsabilités ne sont pas toutes en Israël.

   Ces faits sont connus, faciles à vérifier, pourtant le discours le plus répandu est celui qui a été distillé par les antisémites. En même temps, ceux qui le répètent avec candeur pousseraient des cris d'orfraie si on les accusait d'antisémitisme. La contradiction n'est qu'apparente.
Elle réunit des alliés inattendus tels que la bien-pensance bourgeoise et le tiers-mondisme révolutionnaire.
Ils croient ne pas être antisémites parce qu'ils détestent les pogroms et la violence, ils commémorent le jour des déportés et pétitionnent contre le négationnisme. Ils détestent l'antisémitisme ...
... mais s'affirment antisionistes.
Ils ont remplacé la brutalité par la condescendance. Ils croient aimer les juifs ; en réalité, ils aiment le petit juif humilié du ghetto. Lorsqu'il est malheureux et maltraité, ils le défendent et l'aident ; mais ils lui refusent le droit d'être puissant, indépendant, de se défendre.
Israël est la fin du petit juif qu'ils croyaient voir éternellement dominé.
Les passagers de l'Exodus ont couru les pires dangers parce qu'ils avaient besoin de ce changement essentiel.
D'avance, ils avaient compris.
Par Tipanda - Publié dans : histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /2010 00:10

    Je vous parle d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître ; au début des années soixante, les événements qui vont suivre avaient déjà un arrière-goût d'antiquité.

 

   Le cadre : un village du nord de la France avec son église, sa mairie, son école de filles et son école de garçons, un petit millier d'habitants, de moins en moins paysans, de plus en plus ouvriers, mais toujours entourés de potagers et poulaillers. 

    Les personnages-clés :

Un prêtre comme on en voyait peu, même à l'époque.

Le concile n'était pas encore passé, on ignorait les termes "traditionaliste" ou "intégriste" mais notre curé en était la parfaite représentation.

Ancien poilu de la Grande Guerre, il n'avait jamais décroché de son bureau le portrait de son idole, le Maréchal Pétain, ceux qui voulaient lui trouver des excuses disaient que c'était le choc de la guerre, qu'il n'était jamais vraiment sorti des tranchées.  Pour calmer le jeu, des paroissiens audacieux avaient bien essayé d'obtenir le remplacement de l' effigie du Maréchal par celle du Général De Gaulle, ils tombèrent de Charybde en Scylla : l'obstiné déposa une toute-petite photo du général, alors Président de la République, au pied du grand portrait de son héros, avec abondance de commentaires sur la hiérarchie des préséances. Les habitués du presbytère n'y prêtaient plus attention, seuls les hôtes de passage étaient encore assez choqués pour réprimer un haut-le-coeur.

C'était le cas des missionnaires diocésains. Chaque année, il appelait à l'aide cette escouade de jeunes prêtres faméliques pour assurer, avec plus de talent que lui, le prêche de la neuvaine à Ste Rita ... car ce fervent passionné de l'ordre et de la musique militaire (hélas ) avait aussi le sens des affaires.

D'une chapelle carrément minable et d'une laideur confondante, il avait réussi à faire un lieu de pèlerinage rémunérateur ; le négoce d'objets de piété, huile, baume, images et  médailles, transformait l'entrée de la chapelle en véritable souk, parfaite évocation des marchands du temple.  La Ligue paroissiale des Femmes  fournissait les vendeuses, évidemment bénévoles ; l'argent rentrait sans faire un sou de dépense, preuve que Ste Rita est bien la Sainte des causes désespérées. S'inclinant devant la réussite, l'archevêque reconnaissant passait sur les bizarreries et accordait à l'homme d'affaire toute l'aide dont il pouvait avoir besoin.

Les nourritures terrestres ont un charme puissant, même sur les hommes de Dieu ; les jeunes missionnaires  pauvres abandonnaient très vite leurs réticences, amadoués par la cuisine exceptionnelle de la gouvernante. La Neuvaine Sainte Rita occupait dans leur agenda le statut envié de vacances gastronomiques.

    En face, qui pouvait chercher à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Le maire ? Non. Le pauvre homme vivait douloureusement son état de pécheur, il était divorcé remarié.  Dans l'espoir d'obtenir le pardon divin, il tenait avec application, à défaut de talent, le grand orgue de l'église. Il faisait ce qu'il pouvait, après des dizaines d'années, toujours autant de fausses notes tirées d'un instrument exceptionnel qui aurait comblé un virtuose. La musique reliait le maire et le curé, ils étaient aussi nuls mais on n'a jamais vu (ou plutôt, entendu) de messe sans musique. Ensemble, ils appelaient musique le bruit impressionnant qui sortait des tuyaux, ils étaient contents et solidaires. Pas de guerre à craindre du côté de la mairie. 

     L'ancien poilu ne connaissait qu'une opposition de taille : le couple de mécréants qui dirigeait l'école de garçons

Ces enseignants combatifs appelaient laïcité  la guerre qu'ils faisaient à la religion. Ils étaient exactement les adversaires qu'il fallait à ce curé-là et le village était le public de leurs joutes incessantes.

Presque toutes les familles étaient concernées.

En ce temps-là, c'était avant les lois Debré et les contrats d'association, entre les frais de scolarité, d'hébergement et de transport, il fallait de l'argent pour fréquenter l'école confessionnelle. Au village, seule la bourgeoisie rurale, celle du négoce de bestiaux, confiait ses enfants à des internats privés dont la cherté rivalisait avec le mauvais résultat des études. Les parents en attendaient une certaine discipline pour les garçons et l'apprentissage des vertus domestiques pour les filles. Le niveau d'enseignement leur importait peu ; quant-à la formation professionnelle, les pères se chargeraient, le moment venu, d'apprendre à leurs fils comment tâter le cul des vaches et les négocier.

Les autres, c'est-à-dire l'immense majorité des élèves, fréquentaient l'école du village, même les enfants des partisans du curé. Ils étaient donc en première ligne sous le feu des adversaires de la soutane.

  Ils trouvaient souvent l'occasion de déterrer la hache de guerre en la personne des ... enfants de choeur (!)

En ce temps-là, on n'avait pas encore pris l'habitude de voir la messe servie par des adultes ou de grands adolescents. Les enfants de choeur étaient des garçons d'une dizaine d'années inscrits à l'école du village.

Messe du dimanche ou fête carillonnée ne posaient aucun problème, l'école étant fermée. La situation se compliquait quand une cérémonie était prévue en semaine, un jour de classe.

Bien sûr, il n'était pas question de laisser les élèves quitter l'école à tout moment pour l'église.

Plus grave, les morts ne faisaient rien pour calmer le jeu ; beaucoup d'enterrements se déroulaient en dehors des vacances scolaires. C'était encore l'époque des funérailles d'antan chères à Brassens ; il existait plusieurs classes d'enterrements et une première classe ne se concevait pas sans un minimum de personnel. Il fallait au moins deux enfants de choeur.

Impossible de renoncer au décorum et au profit qui l'accompagnait ; les gamins, eux-mêmes, tenaient au respect des usages, surtout celui du pourboire que la famille du défunt laissait aux enfants de choeur.

Alors, c'était la chasse au prétexte. Le plus souvent, la mère faisait un mot d'excuse pour expliquer, sans plus de précisions, que son fils devait assister aux obsèques d'un proche.

Difficile de s'y opposer mais l'astuce ne tenait pas longtemps ; le cortège funèbre traversait le village et les informateurs ne manquaient pas pour dénoncer le coupable au directeur. Alors venait le temps des représailles, parfois des punitions injustes sur de vagues prétextes (là aussi), des fautes imaginaires. L'ambiance était détestable et la victoire incertaine pour le curé.

    Les timides et les influençables pouvaient changer de camp à tout moment. Il fallait trouver un coup décisif, porter l'estocade en se ralliant les familles.

Le curé se mit à réfléchir intensément, il fouilla sa mémoire et les archives et il trouva.

     Les enfants bravent les punitions pour servir aux enterrements dans l'attente d'un pourboire. Il faut donc les attacher par des promesses, leur permettre de gagner des sous et des cadeaux.

On va ranimer les vieilles traditions pascales au profit des enfants de choeur.

Le dimanche des Rameaux, suivant la tradition, les paroissiens font bénir des branches de buis et les rapportent chez eux pour s'attirer un an de bénédiction. Les intérieurs dépourvus du rameau sacré sont rares ... mais on en trouve chez les distraits qui ont oublié la date, les imprévoyants qui se sont trouvés dépourvus de buis et les malades qui n'ont pu se rendre à l'église.

Les enfants de choeur vont réparer ces manques : ils vont apporter à l'église un gros fagot de buis et, après la bénédiction, ils vont aller le proposer de porte en porte. Les paroissiens qu'ils dépanneront leur glisseront bien une pièce.

Voilà une bonne idée mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

    On va faire reprendre l'air aux crécelles.

Petit retour en arrière sur une vieille tradition qui se mourait et ne demandait qu'à reprendre vigueur :

La vie collective, dans les campagnes, est rythmée par les cloches sauf les vendredi et samedi saints ; la chrétienté endeuillée fait taire ses cloches. Alors, comment annoncer l'office du samedi soir ?

Autrefois dans le village, des groupes de pieuses personnes circulaient en agitant des crécelles de bois et criant devant chaque porte l'heure de l'office. Au fil des ans, la tradition s'était presque perdue mais les crécelles étaient presque intactes, un coup de chiffon et elles étaient bonnes pour le service.

Avoir, non seulement le droit, mais le devoir de faire du bruit, c'est un vrai plaisir pour tous les enfants. Les enfants de choeur ne font pas exception. C'est avec tout leur enthousiasme qu'ils ressuscitèrent la tradition.

Le samedi saint, ils secouaient les crécelles et le lundi de Pâques, ils refaisaient le même trajet pour recevoir leur récompense : munis d'un grand panier, ils faisaient la quête aux oeufs.

Les paroissiens qui avaient des poules leur donnaient des oeufs, ceux qui n'en avaient pas déposaient quelques pièces dans le panier. Le rendement était bon, même auprès des adversaires du curé ; en ce temps-là, on donnait toujours, si peu que ce soit, aux demandes effectuées par des enfants.

Les gamins empochaient les sous, leurs mères récupéraient les oeufs.Tout le monde y trouvait son compte.

 

C'est ainsi qu'un personnage déplaisant réussit à se maintenir une improbable popularité.

 

Par Tipanda - Publié dans : histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /2010 10:56

             2010 - 1610 :  il y a quatre cents ans, Ravaillac poignardait Henri IV.

   Vieille affaire, rien à voir avec nous ...

   C'est vite dit. En supprimant la couleur locale et les meubles d'époque, on s'y croirait.

   Rappel des événements :

Les morts sont tous de braves types (dixit Georges Brassens); dès qu'il a été occis par Ravaillac, ce roi que la pression fiscale avait rendu très impopulaire devient Le Bon Roi Henri, un peu comme  John Kennedy que sa mort changea en véritable mythe malgré une élection pour le moins douteuse.

Être mort assassiné n'a pas été leur seul point commun. Tous deux étaient des hommes de communication et de grands consommateurs de femmes.

Avec l'aide de Sully, Henri avait répandu quelques formules destinées à lui survivre ; parmi elles, la fameuse "poule au pot", on n'est pas du tout certain qu'il ait jamais prononcé le mot mais les écoliers français l'ont tous appris, trois siècles plus tard, grâce à un grand communicant post-mortem nommé Jules Michelet.

Il reste du bon roi Henri d'autres citations qui n'ont pas cours dans les pudiques écoles de la République mais qui le rapprochent encore de l'assassiné de Dallas. Parlant de son membre viril ( à l'époque, la  verdeur était  de mise dans la conversation), il aurait confié être persuadé qu'"il s'agissait d'un os". Passés les rires égrillards, on se rappelle que JFK souffrait aussi de priapisme, au point de devoir interrompre ses travaux pour soulager la pression devenue trop forte auprès d'une dame aussi agréable que compatissante.

La comparaison s'arrête à l'aspect physique ; JFK était bel homme, pas Henri IV.

C'est notre regard, à partir de nos critères, qui peut affirmer que les femmes du dix-septième siècle auraient réagi comme nous ?

En tout assassinat, il faut, certes, une victime mais rien ne se passerait sans l'intervention d'un assassin. Depuis l'école primaire, nous savons que le bon roi Henri a été poignardé par un certain Ravaillac.

Le meurtrier s'est précipité sur la voiture royale où il a asséné au roi quelques coups de poignard avant d'être maîtrisé par son escorte. Le roi avait déjà échappé à plusieurs guet-apens, donc il ne se déplaçait pas sans protection ; l'assassin était donc assuré de se faire prendre. On peut dire sans risque d'erreur qu'il s'agit d'un attentat-suicide.

Être tué par les gardes du corps ou lynché par la foule entourant le cortège royal était une perspective relativement douce en face des procédés de la justice du temps. Manque de chance pour Ravaillac, l'escorte royale parvint à maîtriser l'assassin et contenir la foule, pas dans un souci d'humanité mais au-contraire, dirions-nous, pour essayer d'en tirer des informations. Libre à chacun de se représenter les traitements raffinés qui ont été administrés ; Guantanamo, à côté, c'est de la rigolade.

Alors, pourquoi ? A quel puissant motif Ravaillac obéissait-il pour risquer une telle horreur, avait-il une vengeance impérieuse à exercer ?

Le roi ne lui avait jamais fait de mal, ils ne se connaissaient pas.

La vérité nous ramène encore au présent ; Ravaillac était une espèce de taliban catho. Persuadé que la conversion du roi protestant en bon catholique n'était pas sincère, qu'elle finirait en apostasie, il était certain de gagner le paradis (dommage, le paradis chrétien n'offre pas de vierges aux croyants méritants), s'il offrait sa mort et ses souffrances pour débarrasser les bons catholiques d'un chef si funeste.

  Voilà comment un roi de France et son assassin perdirent la vie. A quatre siècles de distance, on s'y croirait mais il paraît que l'histoire ne repasse jamais les plats.

Par Tipanda - Publié dans : histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

Calendrier

Juillet 2010
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

Concours

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés