Après un détour vers La Fontaine toujours pertinent, on se rappelle "le dictateur", ce film où Charlot se déguise en Hinkel, dictateur d'opérette en tous points copié sur
Hitler. Et tout de suite, un regret : dommage que Charlot ne soit plus là pour nous faire rire, il n'aurait aucun mal à trouver l'inspiration.
A force de coups bas et de trahisons, Iznogoud a réalisé son rève : il est devenu calife à la place du calife.
Il s'est d'abord comporté en enfant capricieux, ravi de se vautrer dans les tapis, les meubles et les coussins du palais.
Pour vivre en souverain, il s'est offert une favorite, mannequin sur le retour et chanteuse sans voix mais dotée d'une immense fortune. Autant de qualités ne permettent pas à la belle de jouer les back-street, il lui faut une situation : le mariage. Pour épouser, il faut d'abord divorcer de l'épouse précédente ; c'est juste une formalité, bouclée en un temps record qui laissera longtemps rêveurs les candidats ordinaires au divorce-de -tout-le-monde.
Le couple voyage, s'amuse, reçoit ; on se croirait dans "Point de vue- Images du monde", sauf que notre ploutophile ne peut se contenter de jouer le prince-consort ; il doit gouverner, pour sa gloire et pour le retour sur investissement de ses commanditaires.
Il se démène, il est partout, touche à tout, saccage tout. Chez ses amis, on commence à murmurer ; puis la fronde s'organise : on n'hésite plus à l'accuser de la perte des communes et des régions.
Ses collaborateurs prévoyant la chute se remplissent les poches en attendant de le trahir. Les modernes haruspices, dénommés sondages, sont régulièrement consultés. Ils
affirment ce que le premier venu aurait trouvé : le peuple est mécontent. Trop de cadeaux faits aux riches et trop de désillusions pour des pauvres de plus en plus nombreux. L'ambiance est
carrément morose ; les sages du pays et du continent ne suivent plus un chef aussi calamiteux.
Tout à coup, grande merveille ! Il a trouvé l'idée géniale : s'appuyer sur l'opinion publique.
Facile, en apparence, mais dangereux car difficile à maîtriser.
L'opinion publique, comme la fille du même nom, aime la facilité et déteste se fatiguer à chercher des explications compliquées.
Qu'arrive une difficulté, elle adore penser qu'il existe un coupable et qu'il n'a rien à voir avec elle.
Pour la séduire, il ne sert à rien de construire un raisonnement, elle est à vendre à qui lui raconte ce qu'elle veut entendre : "Un étranger est votre ennemi, il veut votre perte. Heureusement,
je ne suis pas comme les autres politiciens, tous vendus à vos ennemis, j'ai repéré qui vous veut du mal. Accordez-moi votre confiance et je le bouterai hors de France"
Ce discours-là, jusqu'ici, était le monopole d'un certain borgne furieux ; les gens bien élevés, propres sur eux, sont horrifiés d'avance à l'idée de le fréquenter. Corrigeons
: ils étaient horrifiés. Le tabou est brisé.
On nous a promis une république décomplexée... pour nous servir, en fin de compte, un remake de l'Etat Français.
Bon, si on retournait voir "Le dictateur" ?
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