Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 11:15

       Les années ont passé ; Azéma n'a jamais revu ses bohémiens.
Dans les premiers temps, elle a espéré qu'ils reviendraient, qu'ils auraient peut-être des occasions de réapparaître au village. Mais on ne les a pas revus.
Que devenait "son" bébé ? Elle l'imaginait :" aujourd'hui, il a un an ... puis deux ... puis trois ..."
    Dans sa mémoire, il rejoignait son petit à elle, celui qu'elle n'avait pas vu grandir... puis elle haussait les épaules et se grondait :

"La vie de ces gens-là ne te regarde pas, ils font ce qu'ils veulent, ce qu'ils peuvent ...".
    Un peu à la fois, elle a cessé de dévisager les bohémiens de passage dans l'espoir de revoir les siens ; leur souvenir est logé dans un châle, et la vie continue.
    Elle est restée très proche de sa nièce Estelle, partageant les coups du destin.
    Estelle a fait un mariage d'amour. Pour fêter le tournant du siècle, une fillette lui est arrivée, Laure née en 1900. Mais le bonheur a été bref, le cher amour a été enlevé par la tuberculose. Il avait toujours voulu s'instruire, il savait ce qui l'attendait. Quand il a connu les risques, il a eu le souci de protéger les autres de la contagion. Il vivait en solitaire, rompant tout contact avec sa femme et sa fille ; à la fin de sa triste vie, elles étaient veuve et orpheline mais elles avaient échappé à la tuberculose. C'étaient des survivantes.                   

Il leur restait à vivre, gagner de quoi manger, se loger, se chauffer, élever une fillette ; la charge était bien lourde pour Estelle, petite couturière qui avait beaucoup de mal à faire payer ses clientes.
 Elle était jeune et fort jolie ; rapidement, des candidats se présentèrent, prêts à consoler la veuve. Trop marquée par son bonheur perdu, elle n'avait pas envie de se remarier mais, des aînés aux plus jeunes, tout son entourage se ligua pour la faire changer d'avis et ils finirent par la convaincre de dire "oui" à Auguste, un garçon honnête et courageux qui lui rapporterait de bonnes semaines et l'aiderait, le moment venu, à établir sa fille. A défaut de grand amour, Estelle avait retrouvé, avec un nouveau mari, confiance en l'avenir et sérénité.
    Hélas, il était dit que le destin lui en voulait. En 1914, c'est la guerre. Le solide travailleur de force est expédié comme servant d'artillerie à Salonique ... un pays éloigné dont Estelle ne supposait même pas l'existence.
   Au village, les hommes partis, il ne restait avec les femmes que des vieux, des malades et des enfants ; elles devaient tout prendre  en charge. Leur situation s'aggrava encore avec l'invasion : l'armée allemande installée chez l'habitant, bien décidée à vivre sur le pays et s'y établir pour longtemps.


   Estelle et sa fille ont rejoint Azéma. A trois, elles partageront les frais de chauffage et de lumière et, surtout, même si aucune n'ose en parler, elles auront moins peur.
Le premier été d'occupation, moisson sinistre, les allemands obligent les jeunes garçons et filles à arracher les ronces du sous-bois, les mettre en bottes, les rapporter au village, les écorcer pour extraire les fibres des tiges et les tresser en cordes. Tout le monde a les mains en sang.

Les Allemands ont beau faire peur, ils commencent à dévoiler leur cruel manque de ressources. La pénurie leur fera perdre la guerre ; en attendant, ils saignent à blanc le pays occupé.
    Les métaux sont indispensables aux armées ; les cloches sont descendues pour être fondues en canons et les habitants sommés de remettre aux autorités tous les objets métalliques en leur possession. La récolte  paraît maigre, ils soupçonnent les gens de cacher leurs biens ; des groupes de soldats visitent chaque maison pour s'emparer des métaux qu'on aurait voulu leur soustraire. Seuls réapparaîtront, après la guerre, les objets que leurs propriétaires avaient pris la précaution d'enterrer.
    C'est ainsi qu'un groupe de jeunes soldats force la porte d'Azéma et ses nièces ; ils retournent les tiroirs et bousculent les meubles. Malgré ses protestations, ils s'apprêtent à emporter les ciseaux de couturière d'Estelle lorsque l'un d'entre eux porte le regard vers le fond de la pièce et découvre le châle des bohémiens, toujours accroché au mur. Il le regarde intensément, se retourne vers les trois femmes terrifiées en demandant " qui ?" Azéma se croit accusée de vol, elle répond que c'est un cadeau.
Hélas, l'allemand d'Azéma et le français du soldat sont aussi limités ; la conversation n'ira pas plus loin. L'homme, abandonnant les ciseaux, pousse ses compagnons dehors et sort.
    Avec un soupir de soulagement, les trois femmes s'attellent au rangement lorsqu'on frappe à la porte. C'est un gradé plus âgé. Les villageois ont l'habitude de cet homme ; il connaît assez de français pour servir d'interprète dans les relations entre l'occupant et l'habitant.
Il demande à Azéma d'où lui vient le châle qui orne sa maison. Elle répète sa réponse : elle n'est pas une voleuse, c'est un cadeau, il lui a été offert, il y a un peu plus de vingt ans.

Son interlocuteur la rassure : personne ne l'accuse de vol . Le soldat qui lui a parlé du châle a été  étonné de trouver ici, dans un village français, des broderies comme on n'en trouve que dans son pays. Le jeune homme est soldat dans l'armée allemande mais il fait partie d'un contingent envoyé par l'allié hongrois. D'ailleurs, s'il parle mal le français, son allemand n'est pas beaucoup meilleur.
    Azéma se demande s'il vaut mieux raconter l'histoire du bébé ou garder le silence ; elle opte pour une demi-vérité, elle raconte que le cadeau lui a été offert par des bohémiens en remerciement d'un service qu'elle leur a rendu.
    L'envoyé n'en demande pas plus et la laisse à ses pensées.
Bien sûr, tout le monde aura deviné l'histoire qui germait dans sa tête :
Ce garçon vient du pays des bohémiens, les femmes de sa famille portent des broderies comme celles du châle. Et s'il était le bébé qu'elle a fait naître ...? L'âge correspond.
     Elle n'en peut plus, le désir d'avoir une réponse la submerge, mais ces hommes sont des ennemis. On interpréterait une tentative de contact comme une trahison ; impossible de revoir le jeune homme. Elle est sur des charbons ardents.
     Elle n'aura pas le loisir de se torturer plus longtemps, les Allemands battent en retraite, la guerre est finie.
     Azéma n'aura jamais que le rêve pour réponse.

Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 11:07

   Ah, si la Nouvelle-Zélande était en Haïti !
La proposition en choquera plus d'un : pourquoi voudriez-vous qu'un pays riche ait à envier un symbole de la misère ?


   C'est juste une manière de remarquer l'extrême discrétion, pour ne pas dire le silence, avec laquelle nous avons accuelli ses dernières catastrophes. L'île vient de subir un tremblement de terre suivi d'une tempête ; il a fallu être attentif pour ne pas rater l'information.
   Les ONG ne cessent de faire remarquer la sélectivité avec laquelle nous réagissons aux malheurs du monde. Si vous avez besoin d'aide, il vaut mieux être haïtien que pakistanais, vous avez plus de chances d'être entendu.
 Évidemment, vous trouverez que l'exemple neo-zélandais est mal choisi. C'est un pays riche, il est parfaitement capable de se débrouiller. Il y a très peu de victimes, les constructions de qualité n'ont pas écrasé trop de monde et les secours opérationnels ont fait la preuve de leur efficacité. D'ailleurs, La Nouvelle-Zélande ne demande rien.


  D'accord ... Ils n'ont pas besoin qu'on leur envoie des tentes, des chiens d'avalanche et des pompiers, mais quelques mots de solidarité, c'est parfois un réconfort apprécié.
   Bien sûr, ils  sont loin, dans le fin-fond des mers du Sud. Les Français ne les connaissent que pour les All Blacks qui leur flanquent la raclée au rugby et les agneaux qui arrivent moins chers que ceux de nos terroirs. On ne se fait pas trop de souci pour eux.
   Eux, ils n'ont pas trouvé que nous étions si loin quand ils ont  laissé leurs moutons pour venir se faire tuer dans nos belles campagnes françaises pendant les deux guerres mondiales. Ils auraient pu dire "débrouillez-vous" mais ils ne l'ont pas fait, ils ont loyalement accompli leur devoir de membres du Commonwealth.
Alors, à côté d'un tel sacrifice, quelques mots de solidarité, cela ne coûte pas cher et ce serait décent.


La décence ... c'est, décidément, une qualité qui se perd dans notre vie publique.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 20:08

      Aujourd'hui se multiplient les manifestations de soutien aux Roms.


 Impossible de laisser passer pareille journée sans évoquer Tante Azéma et ses bohémiens.


  Azéma, comme disaient les gens du village, Azelma pour l'état - civil, était une femme seule dans un village du Nord, à la fin du dix-neuvième siècle.  Comme toutes les filles de son temps, elle s'était mariée à vingt ans. Elle avait eu, très vite, un bébé ; mais la maladie avait emporté mari et enfant. Elle ne s'était pas remariée, elle n'avait pas non plus essayé de reprendre une place de jeune fille auprès de ses parents. Elle vivait seule et se débrouillait, ce qui n'était pas plus facile à son époque qu'en d'autres temps.


    Comment vivre à la campagne quand on n'a ni terre ni argent ? En exerçant plusieurs métiers.
 Comme beaucoup de femmes dans son cas, Azéma cultivait des légumes, élevait des poules et des lapins, faisait un peu de couture, se louait pour les battages et le démariage des betteraves. Surtout, elle avait, très tôt, montré un don particulier pour soigner, cajoler, rassurer et consoler. Dans un temps de pénurie, on manquait de médecins, de sages-femmes et d'infirmières, elle était devenue une vraie spécialiste du début et de la fin de la vie ; on l'appelait à l'aide pour mettre les enfants au monde, fermer les yeux des mourants et faire la toilette des morts.
     Ceux à qui elle rendait service lui faisaient un cadeau, rarement de l'argent, plus souvent une volaille ou d'autres denrées qu'elle pouvait échanger ou vendre.


    Ce soir-là, on est en automne, la nuit tombe de bonne heure, Azéma a fermé porte et volets. Quelqu'un frappe ; c'est le maire du village, il est accompagné d'un inconnu au costume étrange. Ils sont venus la chercher, dit le maire, pour lui demander d'assister un accouchement. Et il explique : le couple fait partie d'un groupe de bohémiens en route pour une foire, ils se sont écartés, le temps de confier au charron du village une réparation urgente, et la jeune femme qui est enceinte est entrée dans les douleurs plus tôt que prévu, alors qu'ils sont isolés. Elle n'a aucune expérience, c'est son premier enfant, elle a peur, toute seule, il faut absolument lui venir en aide.
     Azéma n'est pas vraiment rassurée, elle n'a pas l'habitude des étrangers, mais elle s'efforce de ne penser qu'au bébé, il a besoin d'elle. Elle les suit dans la nuit vers la roulotte. Et là, plus de réticences ni de craintes, tout ce qu'elle voit, c'est que l'enfant arrive dans la misère. Elle est habituée aux accouchements de pauvres, elle en a connu des intérieurs misérables mais, pour l'événement, les voisines s'y mettaient, il y avait toujours un bon feu dans l'âtre et assez de couvertures dans le lit.
      Rapidement, elle jauge la situation : le mieux serait de transporter la jeune mère au chaud et au sec mais le travail est commencé, il faut rester dans la roulotte et apporter le nécessaire.
Immédiatement, Azéma devient un chef. Pour se consacrer d'abord à sa patiente, elle embauche, pour les tâches subalternes, le maire et le futur père.
Puisqu'il n'est pas question d'allumer un feu dans la roulotte sans risquer l'incendie et l'asphyxie, il faut en faire un grand à proximité et y réchauffer quantité de draps, couvertures et bouillottes, apporter la chaleur là où le feu est impossible. Où les trouver ? D'autorité, le maire est prié d'aller se faire ouvrir les maisons voisines, ramener Estelle, l'aînée des nièces d'Azéma, avec mission de rassembler au plus vite le matériel. En moins de temps qu'il faut pour le dire, Estelle a frappé où il fallait et apporte le nécessaire.
Bébé peut faire son arrivée. Il prend son temps, c'est presque toujours le cas pour un premier, mais, en fin de compte, c'est un garçon, tout le monde est vivant. Les sauveteurs s'éclipsent discrètement pour laisser la mère et l'enfant prendre un repos bien mérité.
Azéma est soulagée. C'est qu'elle a eu peur de rencontrer un gros problème, un de ceux qui exigent de faire appel à plus compétent. C'est toujours dans ces cas-là que les femmes regrettent l'absence d'un médecin au village. Heureusement, le pire a été évité, elle peut rentrer chez elle, rallumer son feu (qui a bien dû s'éteindre pendant qu'elle réchauffait les autres !), et se coucher, enfin.
      Après une bonne nuit (ah,le sommeil du juste !), Azéma fait le tour des clapiers où les lapins l'attendent impatiemment ; au retour, elle en profite pour ramasser les oeufs ( Tiens, il n'y en a pas beaucoup, ce matin ... On voit que l'hiver approche). Enfin, elle rejoint la maison et trouve ... le bohémien de la veille qui l'attend sur le seuil.


     D'abord, elle s'alarme : serait-il arrivé un problème au bébé ? Comment lui expliquer que son aide est limitée aux naissances "normales", qu'elle fait de son mieux mais n'est pas médecin, qu'il faut aller en chercher un en ville si la mère ou le bébé ne vont pas bien ?
     Heureusement, le visiteur n'apporte pas de mauvaises nouvelles mais un paquet enveloppé dans un papier, sans recherche mais proprement. Il le tend vers Azéma, avec un air gêné :
 " C'est pour vous ! Tout s'est passé si vite, hier soir, que je n'ai pas eu le temps de vous remercier. Nous allons partir, à présent que la voiture est réparée, alors, je suis revenu vous apporter un cadeau. J'espère qu'il vous plaira". Et il s'en va, la laissant interdite avec son paquet dans les mains, avant qu'elle ait eu le temps de répondre qu'elle ne réclamait rien (mais, peut-être, l'aurait-elle vexé ?) et de lui demander tout simplement comment ils avaient appelé l'enfant. 
L'homme parti, Azéma se décide à ouvrir le papier et découvre un  châle tout brodé.


     N'oublions pas que les événements se déroulent quelques années avant 1900. A l'époque, les femmes ne portent pas de manteau mais des châles et des capes. Pour les travaux salissants, elles se contentent d'une pèlerine tricotée qui s'arrête aux hanches, on trouve encore des femmes âgées qui en portent à la maison. Pour les sorties plus élégantes, la mode est aux grands châles carrés pliés en diagonale ; leurs mesures sont prévues pour que les pointes du carré plié posé sur les épaules frôlent le sol. Inutile de préciser que ce vêtement était trop salissant pour être porté couramment à la campagne. Il était souvent rangé et transmis de mère en fille.
     Dans les années trente, quand la mode fut au style Henri II, avec ses tables carrées, beaucoup de châles  sortirent des armoires et devinrent tapis décoratifs, dès lors affublés de l'appellation "Châle-tapis".
Azéma, soumise à des travaux salissants, n'avait pas l'intention de se vêtir d'un tel article. Comme il était orné de grandes broderies colorées inconnues dans la région, il lui parut tellement magnifique qu'elle se dépêcha de l'accrocher au mur où il demeura en souvenir d'une expérience extraordinaire. 

 

                                                                                                 ...Prochainement, la suite ...

Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 16:03

Les esprits supérieurs, ou prétendus tels, qui nous gouvernent n'aiment pas l'histoire.
Voilà un moment qu'ils nous l'ont fait savoir.


Il est vrai que les amateurs d'histoire sont aussi des chercheurs d'histoires
et, pour qui se veut chef, rien de tel que de mener paître les veaux en silence et en paix.


La dernière petite vexation qu'ils ont inventée, bien mesquine et méprisante : fermer le musée de l'AP-HP (Assistance Publique - hôpitaux de Paris).


On vous l'avait bien dit : la médecine est une science, elle n'a que faire des temps obscurantistes ; l'époque de Diafoirus est révolue, bientôt la fin d'Hippocrate.
   Partant de ce principe, ce sont tous les musées qu'il faut fermer. A l'ère de la conception graphique assistée par ordinateur, nous n'avons nul besoin de contempler peintures et sculptures. Les Arts et Traditions Populaires sont un autre tas de vieilleries dont on pourrait faire l'économie ...

Et voilà, le mot est lâché : économiser. Et l'enjeu est de taille : 0,002% du budget de l'AP-HP .


Il est bien loin le temps où la République recrutait ses élites, qui n'avaient pas honte du titre de Serviteurs de l'Etat, à la sortie de l'École Normale Supérieure, parmi de fins lettrés.

Aujourd'hui le temps est aux comptables, des bas-du-front qui rasent la moquette en faisant des soustractions et des divisions.
L'exercice aidant, ils en auraient oublié les mécanismes de la multiplication et de l'addition.   

Pour entretenir le geste, ils continuent à pratiquer ces exercices vieillots uniquement pour la rédaction de leur fiche de paie.


Ne cherchez plus, vous qui leur supposiez un tas de vilaines intentions ! Si leurs paies augmentent quand toutes les autres diminuent, c'est uniquement dans le louable souci d'entretenir un savoir.


Si, néanmoins, vous êtes toujours furieux de voir fermer ce musée, vous pouvez rejoindre les pétitionnaires sur :

 

  Association des amis du musée de l’AP-HP (ADAMAP)
47, quai de la Tournelle, 75005 Paris
Site Internet : www.adamap.fr
Mail : amis.du-musee@sap.aphp.fr et/ou webmaster@adamap.fr
Tél. 01 43 35 46 58 / Fax 01 43 02 94 04

Par Tipanda - Publié dans : humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /Août /2010 16:29

    Une occasion, encore une (!) de faire référence à notre glorieux poète de l'impertinence : Georges Brassens : Au marché de Brive-la-Gaillarde, "Quand il s'agit de rosser les cognes tout le monde se réconcilie."
Hélas, les Cassandres des banlieues n'ont pas d'humour, ni le goût du sarcasme.

     Puisqu'ils ont l'air d'y tenir, essayons de poser avec sérieux la question qui les occupe : Comment faire de la police autre chose qu'une cible pour délinquants en bande ?
     Il s'est écrit assez de doctes articles sur les origines de la criminalité en banlieue.


Faut-il y voir une conséquence de la misère ?

La pauvreté n'est pas un monopole de la périphérie des villes ; à quand le retour des bandits de grand chemin dans les campagnes dévastées ? Certains allant jusqu'à prononcer le mot "ghettoïsation", la formule est une insulte pour ceux qui ont fait l'expérience du véritable ghetto. Essayons de rester lucides et de ne pas sombrer dans le ridicule des excès de langage.


    D'autres, comme d'habitude, incriminent l'école ou les parents en oubliant le troisième larron sans qui rien n'est possible : la confiance en l'avenir. On nous répète à l'envi que les enfants de l'immigration italienne et polonaise des années 50 ne posaient pas de problèmes parce qu'ils venaient de familles catholiques comme la majorité des Français. En fait de religion, dans nos souvenirs, il reste des parents qui travaillaient dur, maîtrisaient mal le français mais poussaient les enfants à l'école et les corrigeaient sévèrement en cas de mauvaises notes ou d'écarts de conduite. Ils étaient persuadés que la meilleure chance  de réussir dans la vie tient aux résultats scolaires. Qui peut rendre la foi en l'avenir à tous ces parents qui baissent les bras pour avoir perdu trop d'illusions ?


     En attendant le miracle ou la révolution (au choix, selon vos croyances), il faut traiter, au jour le jour, les petites incivilités, délits et crimes qui empoisonnent la vie de leurs voisins malchanceux.
C'est à ce moment qu'en général on demande : "Que fait la police ?"   N'est-elle pas là pour garder la paix ?
La réponse a de quoi inquiéter.


     On ne rencontre plus de policiers en ville, dans les endroits où vivent les gens, finis les gardiens de la paix.
    Ils traquent les ceintures et les téléphones portables au long des routes, histoire de faire du rendement.
Ah, le rendement sacré ! C'est lui qui justifie les nombreuses garde-à-vue qui font du commissariat l'endroit le moins rassurant de la ville. Qui parle encore de "Police Secours" ? Si vous avez besoin d'aide, il y a de grandes chances pour que vous la demandiez n'importe où sauf dans ce lieu prévu pour.
    Bonnes gens, dormez en paix ! On a tout prévu pour votre tranquillité ... à l'abri d'un cordon de CRS : un de leurs cars stationne à la limite de votre quartier.
    Vous n'êtes pas rassuré ? Vous êtes bien impressionnable ... vous êtes sans doute un vieux soixante-huitard ... Faudra vous rééduquer !
    Rééducation ou pas, ils ne peuvent rien contre les nuisances qui pourrissent la vie.
C'est agaçant et c'est parfois dramatique.


    Un exemple ?
L'affaire Ilan Halimi, ce jeune juif enlevé par une bande, torturé pendant plusieurs semaines pour finir assassiné dans un appartement d'une cité HLM.  Les habitants savaient ou, du moins, se doutaient qu'il s'y passait des choses bizarres, tout le monde savait, sauf la police qui avait déserté le quartier.
    La police de proximité n'avait plus la cote. Il était du dernier cri de se gausser des fonctionnaires de police transformés en moniteurs de sport pour jouer au foot avec les gamins des quartiers. On avait seulement oublié qu'à partager la vie de banlieue, ils pouvaient, à tout le moins, y recueillir des informations. Faire du renseignement est long, cher, peu spectaculaire ; on a décidé d'en faire l'économie.
On se passera de Sherlok Holmes ; on sélectionnera plutôt des Rambo.


    Et on se crispe, l'humour n'est plus de saison.
Les plaintes s'accumulent contre les auteurs de chansons dites injurieuses à l'égard des policiers.
Imaginons que Brassens ne soit pas mort. Pourrait-il encore longtemps chanter son "Hécatombe", déclarer qu'il adore les pandores sous la forme de maccabées ?
Va-t'on employer la force pour contraindre les possesseurs d'albums de Brassens à les sacrifier dans un autodafé d'expiation ?
Résistons. La liberté d'expression, qui s'use lorsqu'on ne s'en sert pas, reprend vigueur dans les têtes et la mémoire.
     Affutons nos consciences plus solides que les chaussettes à clous. Chantons, parlons, écrivons.

Par Tipanda - Publié dans : humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Concours

Recommander

Derniers Commentaires

Recherche

Profil

  • Tipanda
  • -Jacqueline Simon - dite
  • Femme
  • Nord MARLY
  • im-patiente et obstinée.
  • Je ne tiens pour vrai qu'une certitude : rien ne vaut la vie
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés