Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 10:33

  Une vieille blague :

" Les juifs, on peut leur trouver tous les défauts qu'on veut. Soit, mais ils ne sont pas rancuniers.

Ils n'en ont jamais voulu à Moïse de les avoir embarqués dans le seul coin du Moyen-Orient où il n'y a pas une seule goutte de pétrole."

 

Pas de pétrole, peut-être, mais ...

aux dernières nouvelles, dans Le Monde.fr

 

Israël découvre d'importants gisements de gaz et rêve de devenir exportateur.

 

Les religieux marquent un point, ils vont se féliciter d'avoir eu confiance !

 

Par Tipanda - Publié dans : humeur
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Lundi 3 janvier 2011 1 03 /01 /Jan /2011 18:23

    Comme beaucoup de "littéraires", j'ai longtemps cru que les humanités étaient sacrifiées au bénéfice des sciences.
     Folle que j'étais !
  L'enseignement des mathématiques est aussi mal en point que celui des lettres.


A l'occasion d'une visite à mes petites-filles, je suis tombée au milieu d'une séance cauchemardesque :

la maman, sur le point de craquer, essayait en vain de comprendre le sens d'un fatras de dessins photocopiés  censés être l'énoncé d'un problème, 

la grand-mère maternelle,  jeune directrice d'école en retraite, tentait de trouver une explication au fait que les adultes n'y voyaient pas plus clair que les enfants.

Quant-à l'écolière, pourtant une des meilleures élèves de sa classe de CM1, elle avait pris de parti de sangloter de découragement en répétant qu'elle n'y arriverait jamais.
  Nouvelle arrivante donc, à priori, plus calme, j'essaie à mon tour d'affronter le problème et j'ai compris ... qu'il s'agissait de faire résoudre des fractions à des enfants qui n'avaient pas appris la division. Dur, dur ...
  Histoire de détendre l'ambiance, j'ai donc invité la désespérée à une séance de pâtisserie.
Évidemment, le but de l'exercice, vieille astuce connue de toutes les grand-mères, était de faire recalculer les proportions pour une quantité différente de celle de la recette. Il nous a fallu nous rendre à l'évidence, une enfant qui va passer au collège dans moins de deux ans, ne connaît pas la division.

  J'ai essayé de lui expliquer qu'une division est comme une multiplication à l'envers. Je ne suis pas certaine qu'elle ait compris et je suis convaincue que le problème de l'enseignement est beaucoup plus grave que ce que nous imaginons souvent.


  N'existe-t'il pas assez de vrais problèmes sans qu'on se croie obligé de saccager ce qui marchait encore, il y a peu ?

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Dimanche 2 janvier 2011 7 02 /01 /Jan /2011 00:21

       Rien n'est plus tenace, plus indestructible, que les traditions, surtout les pires.
Le cas russe en est un exemple parfait.


  Le pouvoir tsariste fut une espèce d'autocratie archaïque dominant une économie de rente au service d'une féodalité. Au bas de l'échelle, la paysannerie misérable et inculte était doublement asservie par une noblesse brutale et un clergé obscurantiste.
  La Révolution d'Octobre survint comme un coup de tonnerre, obligeant les marxistes orthodoxes à négocier un virage sur l'aile. Ils attendaient la révolution dans les sociétés industrielles d'Allemagne ou de Grande Bretagne et elle survenait comme un hasard bienheureux dans une Russie arriérée où la classe ouvrière était quantité négligeable.

  On bricola les textes fondateurs et l'improbable révolution soviétique fut érigée en référence absolue du communisme international. Le peuple russe ne découvrit pas la liberté, il changea de maître et trouva en Lénine ou Staline la réincarnation des anciens tsars.
  Ce régime n'étant pas plus inoxydable que tous les autres, il a fini par céder la place à une espèce de couple maudit : l'autoritarisme d'état associé au capitalisme le plus sauvage.
  Ce grand pays a connu des bouleversements, brûlé un jour ce qu'il avait adoré la veille.

                Au cours de ce chambardement, se sont maintenus intacts quelques restes de la vieille Russie : des souvenirs, icônes et poupées russes, qu'on peut ne pas aimer (des goûts et des couleurs ...) mais qui ne font de mal à personne.

  Une autre survivance ne participe pas d'un folklore inoffensif mais d'un fléau, c'est le célèbre "ventre toujours fécond de la bête immonde", l'antisémitisme, le même qui éclatait dans les pogroms d'autrefois ; il  est seulement plus administratif, plus hypocrite, il ne se proclame pas mais il est toujours en embuscade pour mordre et tuer.


    Grâce à lui, Mikhaïl Khodorkovski en reprend pour 14 ans de camp en Sibérie.

  Évidemment, ses juges ne sont pas assez bêtes pour mentionner dans leur jugement le crime de judéité. Les grandes catastrophes du vingtième siècle leur ont appris qu'il y a des risques à faire usage de certains arguments.

  Officiellement, il est condamné pour avoir un peu (et même beaucoup) confondu la caisse de son entreprise et la sienne propre, un délit très, très, ordinaire, généralement baptisé "abus de biens sociaux".
  C'était au bon vieux temps d'Eltsine et du fric décomplexé ; tous les oligarques qui n'étaient pas idiots en faisaient autant. Si tous avaient  connu la même répression, il n'y aurait plus de place dans les camps sibériens et la Côte d'Azur n'aurait pas connu les beaux investissements de la mafia (pardon, de la finance) russe. Ceux qui sont restés à leur place (comprendre : partager avec les hommes au pouvoir et, surtout, ne pas se mêler de politique), ceux-là coulent des jours prospères.

  Khodorkovski a eu le mauvais goût de ne pas manger de ce pain-là et de le faire savoir. L'argent détourné devait même financer un parti d'opposition.
De la délinquance financière, on passe au combat politique. Le coupable se présente en héraut de la Liberté, il revendique au nom de la Russie écrasée le plein exercice des Droits de l'Homme. Et ça ne fait pas du tout rire les Poutine et Medvedev menacés.


  Une chance pour eux : ce trublion est juif et les Russes détestent les juifs.

  On va le traiter plus mal que tous les accusés ordinaires, cracher sur la séparation des pouvoirs en dictant aux juges ce qu'ils doivent décider ("la place des voleurs est en prison").

  Pas de souci à se faire, à part des étrangers qui ne changeront rien à la vie russe, personne ne prendra la défense du juif. On peut l'écraser, avec les applaudissements du public.
  Les faits sont accablants mais, l'opinion étant ce qu'elle est, pouvait-il en aller autrement ?
  Dans cette triste affaire, il est un autre motif d'indignation : le silence assourdissant des habituels abonnés de la protestation. Nous sommes en face d'un exemple flagrant d'antisémitisme et les militants ne bougent pas. Pourquoi ?


  La réponse est hélas ridicule et mesquine.

L'argent est le plus sale des crimes. On ne prend pas le risque de soutenir un juif soupçonné de délits financiers. On a peur de fournir des arguments aux antisémites toujours prêts à lier le juif et l'argent. La réaction qu'il aurait fallu est exactement le contraire : tous les individus soupçonnés d'un délit doivent être jugés équitablement, uniquement pour ce qu'ils ont fait sans tenir compte de leurs opinions politiques, religieuses ou philosophiques. C'est le B.A.Ba des droits de l'homme et il est épouvantable d'être encore obligé de le rappeler.

Par Tipanda - Publié dans : l'air du temps
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Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 00:29

   Nous sommes en Février 1885.

   Il fait un vrai temps de saison, venteux et glacial. Les rares passants, même les écoliers, gagnent au plus vite le coin de leur feu.
A l'estaminet, le temps est à la soupe. L'hiver a détruit la plupart des légumes mais il y a toujours les carottes et les pommes de terre qu'on a rentrées en cave à l'automne ainsi que des poireaux et des choux qui supportent bien le gel ; on a pris la précaution de les récolter avant que la terre durcie ne rende l'arrachage impossible. L'odeur de la soupe, par un temps pareil, ça donne faim ; rien de tel pour remonter le moral.
   Hélas, le réconfort d'une cuisine chaleureuse ne peut rien contre le deuil qui écrase la maison.
Au mois de janvier, le croup a emporté les deux petits, des garçons de trois et cinq ans qui poussaient si bien.
   La forte, l'énergique Madodine ne s'est pas effondrée. Elle a une peine infinie mais les larmes qui pourraient peut-être la soulager ne sortent pas. C'est la colère qui explose dans une idée fixe : "c'est injuste !".
"Des enfants bien soignés, toujours propres et bien nourris, ils sont morts alors que de pauvres gosses crasseux, pouilleux, qui mangent quand leurs mères y pensent, ceux-là ont échappé à la maladie".
Sa révolte ne connaît pas de répit ; on dirait qu'elle en veut à la terre entière. Son mari et leurs deux filles, Estelle et Julia, vivent leur deuil dans le silence, craignant de provoquer un déchaînement de fureur à la moindre parole.
L'ambiance est pénible mais il faut vivre et travailler comme d'habitude.
   A midi, Tailleur et Madodine ont fini leur repas, ils ont pris l'habitude de manger avant tout le monde pour laisser la grande table aux clients. Les filles, au retour de l'école, s'installent pour déjeuner près du poèle, sur un guéridon pliant qu'on débarrasse dès qu'elles ont fini.
Madodine vient de desservir. Les premiers clients arrivent, trois ouvriers du fort ; ils ont traversé les champs sous le vent glacial, impatients de se mettre à l'abri près du grand poêle de fonte et d'avaler quelque chose de chaud.
 Ils sont immédiatement suivis par Tailleur qui rapporte un seau de charbon de la remise et un gamin en loques qui profite de la porte ouverte pour s'introduire dans la pièce.
"Bonjour, gamin, qu'est-ce qui t'amène ?"

Au fond, Tailleur a pitié de ce voisin, un enfant de la misère, mais si Madodine le voit dans la maison, elle va s'emporter ; ce genre de crasseux doit rester loin de ses filles, il serait bien capable de leur amener des poux et il faudrait leur couper les cheveux ... la honte !

Il cherche comment lui dire de s'en aller sans "faire le méchant" mais l'intrus pose la question délicate :

"Je peux entrer ? Il fait froid"
Comment refuser ? Tailleur soupire : "Entre donc et ferme la porte, qu'on ne chauffe pas les oiseaux."
   Il regarde les pieds du gamin ; ils sont chaussés de blocs informes, des sabots, si on peut employer ce terme, en ruine, fendus et couverts de glace accumulée. Machinalement, il ajoute : " Avance près du feu et laisse tes sabots à la porte."
   Le gamin ne bouge pas. L'homme insiste et découvre, effaré, qu'il ne porte ni bas ni chaussons. Une horreur ! Comment peut-on laisser un enfant nus-pieds en plein hiver ?
   "Viens  près du feu, tes sabots vont sêcher pendant que tu te réchauffes" et il installe le visiteur devant le poêle, les pieds nus posés sur le socle émaillé qui est bien chaud sans être brûlant.
   Madodine était allée chercher de la bière à la cave ; elle réapparaît alors, réprime une grimace mais comprend très vite qu'elle vient d'hériter d'une triste affaire. Pour ne pas se laisser aller à l'émotion, elle prend le parti de gronder son mari : "Eh bien, combien d'heures faut-il attendre pour que vous apportiez des bas à cet enfant ?"
   - "Des bas ... quels bas ?"
   "Vous savez bien qu'il nous en reste, il faut les lui donner, il en fera de l'usage."

Et elle se précipite à l'étage où se trouve la chambre et son armoire à linge. Quand elle redescend, elle porte dans ses mains des chaussettes de garçonnet. Ces chaussettes, elle les avait tricotées pour ses petits. Maintenant, ils n'en ont plus besoin. Ils étaient plus jeunes que lui mais il est plutôt chétif, elles devraient lui aller.
   Tailleur qui l'imaginait en colère est soulagé. La dureté de sa Madodine ne tient pas devant les enfants.
  "Mais ce petit qui était dehors en plein midi, il n'a donc pas déjeuné ?"

Effectivement, il est affamé. Il faut le faire manger sans attendre. Elle lui sert un grand bol de soupe et se met à beurrer une pile de tartines.


    La pause-déjeuner se termine pour les ouvriers et les écolières. En sortant, ils croisent un visiteur inattendu : le curé.


   Tailleur et Madodine ne sont pas ennemis de la religion, ils font leurs Pâques et, le soir de Noël, ils vont à la messe de minuit comme tout le monde. Le reste de l'année, il faut des mariages ou des enterrements pour les amener à l'église. Alors, pourquoi une visite du curé ?
   Il est bien connu des ménagères ; elles l'ont surnommé "Saint-Vite", manière de tourner en dérision ses habitudes de pique-assiette.
Aujourd'hui, il est un peu tard pour se faire inviter ; c'est un autre motif qui l'amène, ce que nous pourrions appeler son "petit commerce". Il veut s'entretenir avec Tailleur du repos de l'âme de ses enfants. Jusqu'à présent, le père n'a pas commandé de messe pour leur salut ; c'est à lui, le curé, de le rappeler à ce devoir sacré qui, accessoirement, est aussi son gagne-pain.
    Dans l'estaminet vidé de sa clientèle, restent Tailleur absorbé à sa couture et Madodine qui passe des tartines de beurre à Antoine, le petit mendiant.

"Je tombe à pic, se dit le visiteur; je vais m'attirer leurs bonnes grâces". Il s'approche de l'enfant, lui caresse la tête et le plus aimablement qu'il peut : "Tu en as de la chance ! Ces tartines ont l'air bien bonnes. J'espère que tu n'as pas oublié de dire merci à la dame."

Puis, se tournant vers Madodine, avec son meilleur sourire, il lui adresse un compliment à sa façon : " C'est très bien de faire la charité, vous êtes bonne. Dieu vous le rendra."

Tout content de son effet, il se prend un retour inattendu.
" Qu'est-ce qu'il me rendra ? Je ne lui demande rien... à moins qu'il puisse me rendre ce qu'il m'a pris... Sortez !"
    Saint Vite ne demande pas son reste, il prend la porte et Madodine s'effondre en larmes.
Enfin ! Ces pleurs qui ne sortaient pas et l'étouffaient, ce vilain hypocrite les a fait sortir.
A partir de ce jour, l'estaminet perdit la considération des bigotes et gagna celle des "bouffeurs de curé".

Libre à chacun de décider s'il fut perdant ou gagnant.    

Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Dimanche 19 décembre 2010 7 19 /12 /Déc /2010 18:18

     Une interrogation teintée de chagrin : à présent, qui va nous parler de Thucydide ?
La liste de ceux et celles qui en étaient capables ressemble de plus en plus à une rubrique nécrologique et Jacqueline de Romilly vient de nous quitter.
Sa mort, c'est une lumière qui s'éteint et l'obscurité nous attriste.

    Elle avait quatre-vingt-dix-sept ans ; d'aucuns trouveront que c'est un bel âge et qu'il vaut mieux réserver notre chagrin à ceux qui nous quittent dans la fleur de la jeunesse sans avoir eu le temps de développer leurs talents. Celle que nous avons tant de peine à laisser partir, ce n'est pas une vieille dame parmi d'autres, c'est une femme engagée.
    Les auteurs grecs étaient sa vie et leur enseignement son combat.
Elle a consacré des dizaines d'années à défendre les "humanités".

Elle savait, mieux que personne, montrer toute la joie que leur fréquentation nous réserve. Toute sa notoriété d'académicienne était investie dans leur sauvetage.

   Son combat nous semblait beau et juste mais elle l'a souvent mené seule.
Parmi toutes les causes pour lesquelles nous appelons ou revendiquons, nous en trouvons toujours de plus urgentes.
Nous ne pourrons donc nous en prendre qu'à nous-mêmes quand nos enfants iront en vacances au Club Med, en Grèce, sans jeter un regard à l'Acropole. Nous continuerons à nous revendiquer de la démocratie, comme si nous l'avions inventée, sans en cultiver les racines.


    Les sapins de Noël sont de saison ; nous devrions nous saisir de leur exemple pour nous rappeler que les civilisations comme les arbres sont condamnées dès qu'on a coupé leurs racines.
    Nous pourrions demander pardon à Jacqueline de Romilly de notre manque d'engagement. Le geste serait convenable mais sans effet. Plus efficace, reprenons son combat sans trêve ni compromis (ils finissent toujours en compromissions), exigeons le maintien des filières de lettres classiques latin et grec et montrons l'exemple en y inscrivant nos enfants.

Par Tipanda - Publié dans : amitiés nécrologiques
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