Entre les articles aussi indigestes que dramatiques sur la crise, pour nous changer les idées, nous avons droit, ces temps-ci, à un feuilleton qui se voudrait
peut-être émoustillant, autour de la vie sexuelle de DSK.
En quelques mots, il s'agit d'une aventure que ce chaud lapin, expatrié de luxe, aurait eue avec une subordonnée au FMI basé, comme chacun sait, aux USA - ce qui aurait du le rendre méfiant.
Cela ne vous rappelle rien ?...
Oui, forcément. Tout le monde garde encore en mémoire la saga Clinton- Lewinski.
Le Dominique aussi, il en a tiré la leçon, n'a pas essayé de nier, s'est contenté de préciser que l'histoire s'était terminée aussi vite qu'elle avait commencé et n'avait pas donné lieu à des
cadeaux ni des passe-droit. Depuis, la dame a quitté le personnel du FMI sans avantage particulier ... autre que les siens.(!) Pour ceux qui traquent le parachute doré, sport à la mode, il
vaut mieux qu'ils cherchent ailleurs. L'autorité de surveillance du FMI, en fin de compte, reconnaît l'absence de chat à fouetter ( faites les jeux de mots qui vous amusent ...).
N'allons pas, comme les Américains, fourrer notre nez dans toutes les petites culottes qui passent. Comme dit un vieil adage policier, voyons à qui
le crime profite.
Immédiatement, on évoque le patronyme de DSK, Dominique Strauss-Kahn ... si vous voyez ce que je veux dire...
Un juif au sommet de la finance internationale, voilà de quoi faire monter la tension de tous les antisémites dans le style "Protocoles des sages de Sion", des lecteurs de Siné, des admirateurs
du Celine de "Bagatelles pour un massacre" ... il y a du monde. Le soupçon vise en priorité des ressortissants de pays hostiles aux juifs : le président du FMI, égyptien, et l'opposant le
plus acharné à DSK, le délégué russe.
Il ne faut pas abandonner cette piste , sans négliger d'autres éventualités ... franco-françaises.
Il y a l'hypothèse Sarkozy.
Le président a tout fait pour caser DSK à la direction du FMI. Pas complètement stupide, il avait bien compris que , dans l'hypothèse 2012, c'était un de ses concurrents les plus solides.
L'expédier outre-atlantique, c'était une façon de le neutraliser, un peu comme certaines promotions-placards dans les entreprises.
Et puis, arrive la crise financière mondiale. Le placard devient un lieu stratégique, une fonction riche en responsabilités permettant de soigner ses projets d'avenir. Il était peut-être
temps de stopper l'expérience. Contraindre un grand fauve à s'embourber dans le marigot socialiste, l'user et le discréditer dans de ridicules bagarres contre les autres chefaillons, c'est un
excellent moyen de faire de 2012 la copie de 2007. Pourquoi pas ? C'est une explication parfaitement digne de Sarkozy. Mais il y en a d'autres ...
Il y a les conflits internes au PS. Ses courants détruisent à plaisir le capital qu'ils pourraient constituer en exploitant l'impopularité de l'adversaire.
Eux aussi ont compris le danger. DSK est un costaud, capable (s'il le veut, mais c'est une autre affaire ...) de ne faire qu'une bouchée de ses petits concurrents.
Encore une fois, ils balancent sans choisir : enfoncer le directeur du FMI pour le discréditer , oui, c'est une façon de lui rogner les ailes, mais si l'attaque est assez forte
pour le faire revenir, c'est tomber de charybde en scylla, rétablir dans la place celui qu'on était si content d'avoir vu s'éloigner. Il faudra lui creuser, en France, d'autres chausse-trappes.
C'est pas gagné d'avance, d'autant qu'en France les histoires de coucheries et de cocufiage ne scandalisent pas vraiment. Les Français ont toujours raffolé du théâtre de boulevard plein d'amants
et de placards. On s'y moque du cocu, pas de l'amant, et le sexe triomphant inspire plus de confiance qu'une triste fidélité conjugale.
La France est le pays de l'amour, une république alerte dont un président - Félix Faure - est mort en épectase dans les bras d'une maîtresse.
DSK est bien capable d'être le seul à tirer profit de ses aventures américaines.
Tableau réjouissant : la victoire d'un Français juif sur la pudibonderie américaine et l'antisémitisme recuit des nostalgiques de la guerre froide.
Tiens bon, Dominique !
On s'en doutait bien un peu ... mais ça se confirme : nos grands argentiers s'occupent des choses sérieuses, sauver les destructeurs de l'économie.
Pour l'écologie, ils verront plus tard, en espérant qu'il leur reste du temps, et de notre argent.
Voilà qui promet l'allégresse.
Il faut pourtant cesser de croire qu'on a le temps. C'est la vie qui n'en peut plus.
Depuis toujours, n'importe quelle mère de famille connaissait une réalité qui semble échapper à nos doctes économistes : on ne peut dépenser plus qu'on ne gagne et, en faisant la moisson, on
met de côté assez de grain pour semer, en prévision de la prochaine récolte.
Les grands cerveaux d'aujourd'hui haussent les épaules en ricanant : tous ces contes de bonne femme sont démodés ; on consomme, les suivants aviseront. Mais la vie n'a peut-être pas le
temps d'attendre. Un champ sans abeilles ne mettra pas des générations à se désertifier ; ailleurs, les toxiques accumulés commencent leurs destructions dès qu'ils ont été déposés.
Les as de la finance ne sont pas si bêtes, ils ont prévu. L'industrie génératrice de profits va mettre au point de quoi remédier aux dégâts, précisément, au cas par cas - pourquoi sauver ce
qui ne nous est rien ?
Le génie génétique fabrique des plantes tueuses d'insectes, il fournira contre espèces sonnantes et trébuchantes des abeilles capables de résister au poison de ces plantes.
Le paysan pauvre qui ne peut payer l'OGM salvateur ? Il n'intéresse personne. Désormais plus de nature gratuite, la vie ne fait plus de cadeau.
L'espèce humaine est soumise au même régime.
L'environnement devenu toxique provoque des maladies ; la science s'attelle à les soigner, elle développe des traitements à condition qu'ils soient rentables.
Des polluants provoquent des cancers. Des traitements sont développés, de plus en plus efficaces et de plus en plus coûteux. C'est même une bonne vache à lait pour les groupes industriels, ils
font du profit sur les toxiques, puis sur le soin des cancers induits.
Pour engranger des bénéfices, il faut d'abord investir, faire de la "recherche et développement", et enfin, trouver des clients. L'industrie n'est pas pressée de soigner les fauchés ni de
supprimer le tabac ou l'alcool . Elle joue sur les deux tableaux ; les financiers encaissent, la sécu paie et les contribuables (tout le monde, sauf les plus riches) renflouent ;
fermez le cercle !
Le cancer est un bon produit d'appel. Le consommateur-malade-en-puissance- aurait trop peur de ne pas être soigné, il ne s'accorde jamais le droit d'exiger la vérité des prix. Mais toutes les maladies n'accèdent pas au statut de vedette.Une catégorie reste mal connue bien qu'elle soit le produit typique de la pollution, il s'agit des maladies auto-immunes. Elles forment un ensemble hétéroclite, allant de l'allergie cutanée à la sclérose en plaques, en passant par le diabète insulino-dépendant ; des troubles plus ou moins mortifères mais qui ont en commun d'être liés à la pollution. Une substance modifie le fonctionnement d'un tissu humain au point de le transformer en poison contre un autre élément de son propre organisme. Il est difficile d'intervenir dans un tel scénario sans éliminer d'abord l'agent polluant.
Prévisibles, des conséquences financières très lourdes s'il faut renoncer à l'emploi de pesticides ou de détergents. On préfère compter sur le coup de génie de chercheurs qui guériraient la
maladie sans avoir besoin de modifier le milieu. Encore faut-il que ces génies fassent des miracles. On leur accorde le moins possible de moyens.
Tout le monde croise les doigts en attendant le choc fatal, l'agent chimique ou biologique qui déclenchera le stress général, l'intolérance de la majorité.
Quand il y aura plus de malades que de soignants, elle nous fera bien rire, la crise boursière.
Le 24/10/2008 : L'actualité rejoint nos préoccupations :
"La toxicité pour le cerveau ne fait pas partie des tests de routine pour les pesticides. Dans la mesure où beaucoup d'entre eux sont toxiques pour le cerveau des insectes, il est très probable qu'ils le soient également pour le cerveau humain", a déclaré le scientifique, qui a passé en revue près de 200 rapports de recherches sur le sujet.
"Les études expérimentales qui recourent à des modèles complexes suggèrent que les pesticides utilisés actuellement en Europe (...) peuvent s'avérer toxiques pour le développement du système nerveux", écrivent Granjean et deux de ses collègues danois dans le journal Environnemental Health.
"Le cerveau en développement des foetus et des jeunes enfants est beaucoup plus sensible que celui des adultes aux perturbations chimiques", ajoutent-ils, recommandant davantage de tests et de précautions dans la délivrance des autorisations.
Leur étude porte sur les pesticides utilisés dans les 27 Etats membres de l'Union, qui procède actuellement à une réforme de la législation en la matière.
Plus 140.000 tonnes sont déversées chaque année sur les cultures alimentaires de l'UE, ce qui représente 280 grammes par habitant. Un quart des fruits, des légumes et des céréales contiennent au moins deux pesticides.
Ces derniers jours, un vent de fronde soufflait sur le prix Nobel de médecine.
Des foules excitées s'étripaient à qui-mieux-mieux pour décider si l'élection au Nobel de médecine était juste ou inique.
Après mon dernier article, je serais mal inspirée de tomber dans le travers que je stigmatisais, en donnant un avis pour lequel je ne détiens aucun titre ni compétence. De toute façon, arrivés à
ce niveau, les scientifiques sont tous des savants ; il n'y a pas lieu pour le commun des ignorants d'en discuter.
N'empêche ... il traîne comme un petit arrière-goût de déception.
J'aurais bien aimé que le prix aille à Chermann.
Pourquoi ?
Parce que Montagnier ou, plus précisément, l'usage qui en est fait, m'agace.
Il est devenu un symbole du "travailler plus". Pendant la campagne présidentielle, et en beaucoup d'autres occasions de propagande, il a été présenté comme un emblème des hommes
de valeur contraints de s'exiler pour travailler, parce qu'en France, ils seraient contraints de "faire valoir leurs droits à la retraite"... Et la grande masse des gogos et des crédules
de croire cette fable.
Tous les jours, nous avons des preuves inverses. Non seulement, nous connaissons des généralistes et même des spécialistes libéraux qui sont toujours sur la brèche à plus de soixante-cinq ans,
mais, chez les médecins-fonctionnaires, il n'est pas rare d'en rencontrer qui exercent leur tâche, blanchis sous le harnois. Il suffit de regarder la première "médicale" venue, à la
télévision. Les invités qui nous font l'honneur de leur science et de leur notoriété sont rarement tombés de la dernière pluie. Un exemple au hasard, le Pr Baulieu est toujours
estampillé INSERM dans son labo, à plus de 80 ans.
Si Montagnier ne se trouvait plus bien en France, c'était son droit d'aller chercher son épanouissement ailleurs. Mais un tel montage n'était pas nécessaire.
Il a fait des heureux, il a offert une figure emblématique et médiatique à ceux qui veulent à tout prix remettre les seniors au travail.
Comme si on pouvait mettre sur le même plan des chercheurs, au travail épanouissant , valorisant, et des travailleurs manuels usés par le labeur ou ceux dont la fonction se perd dans l'ennui et
la contrainte ?
Il y a quelque-chose de malhonnête à ne pas tenir compte de cette différence.
Le travail est une richesse tant qu'il épanouit mais lorsqu'il brime et détruit, il retrouve son origine, le "tripallium" qui lui a donné son nom : un engin de torture qui servait à
châtier les esclaves antiques,... tout un programme ...