Une histoire, solidement cousue d'un fil blanc aussi épais qu'une corde de pendu.
Le code de la route impose au conducteur une tenue qui lui permette d'être à l'aise au volant pour diriger son véhicule en sécurité. On a même connu la mode des sièges chauffants qui
permettent, en hiver, d'ôter son manteau avant de s'installer aux commandes.
Simple prudence, Il ne viendrait à personne l'idée de conduire ficelé dans une camisole de force, et pourtant...
Une automobiliste conduit empaquetée dans un voile intégral (également nommé "sac-poubelle") qui, visiblement, ne lui permet pas toute l'autonomie souhaitable. Arrêtée, elle
se voit infliger l'amende modique d'une vingtaine d'euros.
A sa place, qu'auriez vous fait ?
Vous auriez écrasé, accusé le coup, surtout quand la discrétion est dans votre intérêt.
Pas elle. Elle proteste, essaie de faire annuler le PV.
Peut-être était-ce sa manière de lancer un appel au secours, de faire connaître sa situation ?
En effet, à la suite de sa réclamation sont enclenchées vérification, enquête et ... découvertes : le mari de la récalcitrante est un islamiste intégriste (pléonasme), militant et polygame ;
chaque épouse étant suivie d'enfants, elles bénéficient des allocations familiales et allocation-parent isolé.
L'histoire abondamment répandue sur les ondes, la réaction populaire se manifeste.
Depuis la cour d'école où il jouait au gendarme et au voleur, le Français garde chatouilleux le sens de la justice. Il est indigné, horrifié d'apprendre qu'on puisse être polygame en France et
faire entretenir toutes les coépouses par la caisse d'allocations familiales, alors que tant d'honnêtes gens n'arrivent pas à joindre les deux bouts.
Au passage, son indignation fait l'affaire des propagandistes d'un certain projet de loi anti-burqa, même si les esprits grincheux ne peuvent éviter quelques interrogations.
L'usage du mot polygame, dans la circonstance, est impropre. En France, si on a plusieurs compagnes, on cohabite, on n'est pas marié. On ne peut avoir qu'une épouse à la fois. C'est pour
ce motif que la loi impose au mariage civil de précéder la cérémonie religieuse.
Un nostalgique se rêve en imitateur du prophète avec ses quatre épouses, la loi ne se plie pas aux folies des uns et des autres ; légalement, il a une épouse et trois maîtresses. Leurs enfants
ont droit à la même protection que tous les enfants qui vivent sur le territoire français, ils n'ont pas à subir les conséquences des fautes de ceux qui les ont fait naître.
Toute personne qui a fait, un jour, la demande d'une allocation ou une autre, a pu expérimenter à ses dépens le maquis de tracasseries, contrôles et justificatifs auxquels il doit satisfaire. La
charge de la preuve, c'est toujours au demandeur qu'elle revient. S'il est exact que les mères reçoivent une allocation de parent isolé (c'est à vérifier), l'explication est à demander à la
CAF.
Toujours sous réserve que l'information soit exacte, c'est l'épouse officielle, celle qui est légalement mariée qui a déposé le recours à l'origine de l'affaire. Et si elle l'avait fait pour
donner un coup de pied dans la fourmilière, pour être débarrassée des co-épouses et de leur progéniture ?
Justement, des voix s'élèvent pour demander que le mari, naturalisé par mariage, soit déchu de la nationalité française ; l'expression glace tous les démocrates depuis un fâcheux précédent, la
politique raciale de Vichy.
Que faire ?
Difficile de protéger La Liberté en bloc, celle des uns s'arrêtant au seuil de celle des autres. Il reste que les forts se libèrent facilement au détriment des plus faibles qui n'ont
qu'à subir.
Une femme déclare : "C'est ma volonté et ma liberté de me voiler", on peut la croire, ne pas chercher plus loin. C'est une attitude confortable, facile comme l'aveuglement qui nous interdit de
sortir un adepte des griffes d'une secte. Elle nous évite les questions gênantes sur l'emprise mentale.
Qui lui a mis cette idée dans la tête ? Elle ne lui est pas tombée du ciel, il a fallu une rencontre.
La converties est un cas particulièrement intéressant. Généralement issue de milieux éloignés de l'islam et même de toute confession, elle a rencontré Dieu avec l'amour. Elle n'a pas d'histoire
personnelle avec la religion, aucun passé où puiser les expériences qui lui permettraient de faire la part de la séduction et celle de la foi. L'homme qu'elle aime semble animé par une force
supérieure ; elle se sent appelée à partager son aventure, elle veut se montrer digne de lui. Alors, elle fait tout ce qu'il veut, elle devance même ses désirs. Il n'est pas de prosélyte plus
exigeant (et agaçant) que les néophytes. Elle est de bonne foi quand elle affirme avoir choisi sa vie, elle n'est pas consciente de l'autorité qui la gouverne, elle est sous influence.
Le "gourou", comme dans toute secte, veille à garder le contrôle de la situation. Il organise la vie de sa victime pour qu'elle ne soit jamais seule. Quand il n'est pas là, il faut
qu'elle soit surveillée par d'autres adeptes qui lui éviteront toute tentation d'aventure personnelle. Il est prudent ; loin des yeux, loin du coeur, l'adepte peut perdre la foi ou se précipiter
vers un autre amour et une autre religion si la cage est tant-soit-peu ouverte.
Le moyen le plus efficace de faire cesser l'emprise, c'est donc la fin de l'histoire d'amour. Plus facile à dire qu'à faire.
Restons, au moins, conscients des responsabilités.
Au lieu de nous en prendre aux victimes, combattons leurs bourreaux.
Des pistes doivent s'ouvrir. Pour s'en tenir à ce fameux voile intégral, à supposer qu'il soit effectivement interdit, au lieu de verbaliser la porteuse, pourquoi ne pas sanctionner l'homme qui
la dirige ?
Tout ne serait pas gagné mais nous aurions montré que nous ne sommes pas naïfs et que nous ne sommes pas prêts à capituler sur le terrain des libertés.