Feuilleton

Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /Oct /2009 10:17
   15 octobre. Thérèse, c'est je jour où je prends un malin plaisir à vous embrasser.

J'ai consciencieusement oublié le 1er octobre et sa Thérèse de Lisieux pour fêter ostensiblement la Thérèse d'Avila.
A vrai dire, leur sainteté m'importe peu ; il paraîtrait logique que je sois indifférente à l'autre comme à l'une. Précisément, chez elles, je vois surtout des femmes.
     D'un côté, nous avons Thérèse d'Avila, fondatrice d'ordre et docteur de l'Eglise, une intelligence supérieure et un vrai tempérament, vivant sa relation avec Dieu comme une passion amoureuse jamais niée ; c'est le genre de sainte théologienne qu'on donnerait volontiers comme modèle à une jeunesse intellectuelle, une sainte au catholicisme glorieux.
     De l'autre, la célébrité de Lisieux ; nous voyons en elle une petite sainte, comme une certaine Eglise "pas franche du collier" aime en citer en exemple depuis le XIXème siècle, la médiocrité exemplaire, adepte de la mortification jusqu'au masochisme.
     La pauvre subissait une lourde hérédité qui en a fait une malade, toute sa vie. Inapte à la plupart des fonctions, elle a poursuivi un seul but : sanctifier sa souffrance.

      Laquelle a eu les faveurs de l'Eglise contemporaine ?
      - évidemment, la petite sainte minable et souffreteuse de Lisieux.

     Pour qu'elle n'ait pas à rougir de la comparaison, on l'a faite à son tour "docteur de l'Eglise".
 De qui se moque-t'on ?

      Il est un fait certain : si les tenants de la foi catholique espèrent susciter des vocations dans la jeunesse d'aujourd'hui, ils feraient bien de revoir leur catalogue de modèles, à moins qu'il ne s'agisse d'un des derniers bastions de la "douleur rédemptrice". Si, comme je le crains, il s'agit encore de sanctifier la souffrance acceptée, l'Eglise a peu de chances de faire recette, son déclin est certain.

En attendant, bonne fête aux glorieuses Thérèse, celles qui ne craignent ni l'étude ni l'amour.
Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 00:00
      Retour vers les croisades.

      De l'histoire ancienne ?
Oui, si on se réfère aux dates ; presque mille ans, c'est vieux.
A observer les réactions que le mot suscite encore, c'est moins sûr.
On serait tenté d'y voir un phénomène mémoriel : les croisades participeraient du même registre expiatoire que les traites négrières ou les guerres coloniales.
Pour en arriver là, il a fallu plier et repasser l'histoire, lui faire dire ce qu'il convenait, certes, au prix de quelques erreurs ; mais c'est si loin ... Les protagonistes ne viendront pas se plaindre. 

      Erreur aussi générale que facile à corriger : on répète à l'envi que les chrétiens sont venus attaquer les arabes pour leur prendre Jérusalem. 
En 1095, lorsque le pape Urbain II donne le signal de la croisade, il y a plus de vingt ans que Jerusalem et sa région sont passées sous la domination des Turcs Seldjoukides. Prendre les Turcs pour des Arabes et vice-versa ...  ennuis garantis !
Les Français, il est vrai, sont coutumiers de la confusion ; faut-il évoquer les prétendus Arabes que Charles Martel aurait battus à Poitiers ? C'était la rencontre des Francs mérovingiens avec des conquérants musulmans qui s'établiront dans le sud de l'Espagne pour des siècles ; mais, qui dit musulman ne dit pas forcément arabe, les combattants de l'islam rencontrés par le maire du palais venaient en majorité d'Afrique du nord, accompagnés d'aventuriers ibères ou basques cherchant fortune au nord.
       Les musulmans qui tenaient Jérusalem étaient provisoirement des turcs, ils seront remplacés  à plusieurs reprises par d'autres occupants,  et... récupérés par la tradition arabe. Elle est toujours fière d'un grand vainqueur du XIIéme siècle, Saladin, héros de légende autant que d'histoire : ... un kurde !
      Une histoire complexe, à bien des égards ; précisément, c'est la conquête turque qui a provoqué des tensions avec les chrétiens. Jusqu'à ce changement de propriétaire , les communautés avaient cohabité plutôt pacifiquement, en respectant  la dhimmitude imposée par l'islam aux autres religions. Avec la conquête turque, l'atmosphère est devenue beaucoup plus hostile ; les chrétiens autochtones étaient devenus indésirables à  Jérusalem et les pèlerinages en provenance d'Europe n'étaient plus en sécurité.

       On voyageait beaucoup au moyen-âge. Contrairement à l'image qui en est souvent répandue et malgré des conditions matérielles incertaines, les gens n'hésitaient pas à prendre la route, ou ce qui en tenait lieu. Même les moines que la célèbre "clôture" change à nos yeux en modèles d'immobilité, avaient l'habitude d'effectuer de véritables tournées des établissements de leur ordre, comme en témoignent les "rouleaux des morts".
        On allait souvent en pèlerinage pour obtenir la réalisation d'un voeu ou le divin pardon d'une faute. Suivant l'importance de la sollicitation ou du demandeur, la destination était plus ou moins lointaine ; les pélerinages les plus prestigieux conduisaient à Saint Jacques de Compostelle, Rome et, bien sûr, en Terre Sainte.
        Le durcissement des rapports avec l'islam seldjoukide venait contrecarrer un système bien huilé de résolution des conflits mais ce n'était pas le seul motif pour que le pape de Rome décidât la conquête des lieux saints ; après tout, l'affaire aurait pu revenir aux chrétiens d'Orient, ils étaient géographiquement mieux placés, mais un événement était venu tout bousculer : le schisme entre les Eglises d'Orient et d'Occident s'est produit en 1054. Les églises d'Orient et d'Occident sont devenues concurrentes. Il est évident que les premiers à mettre la mains sur les lieux saints auront marqué un point décisif dans la compétition.
       Le christianisme orthodoxe est fractionné en évêchés sans hiérarchie ; toute décision d'ensemble exige une concertation. En face, le catholicisme est centralisé autour du pape ; se rassembler sous un seul chef, pour mener une guerre, c'est un avantage. Néanmoins, si la hiérarchie donne de l'autorité, elle ne crée pas de force armée. Le pape ne dispose pas de soldats, il doit faire appel à ceux qui détiennent la force : les nobles, ses adversaires de toujours et ses alliés par nécessité.
      
       D'où Urbain II lance-t'il un appel à reprendre Jérusalem ?

      S'il était un pape du XXIème siècle, il le ferait de Rome mais, au XIème siècle, Rome n'est pas un endroit très sûr. Le cher homme préfère rejoindre ses fidèles en terre franco-anglaise. Lui même est issu du véritable centre de la chrétienté, l'abbaye de Cluny où se traitent les grandes questions  théologiques, diplomatiques et politiques. Saint Pierre de Rome n'est qu'une petite église de province à côté de l'Abbatiale de Cluny.
   Encore une idée toute faite à balayer : beaucoup sont convaincus que ce chef d'oeuvre de l'architecture romane a été détruit sous la Révolution. Ils ont tort. L'abbatiale, dont un transept encore debout donne une vague idée de la grandeur, a été vendue comme bien national sous la Révolution mais n'a été démolie qu'en 1820, sous une royauté catholique bien conservatrice. Ses propriétaires, désespérant de la rentabiliser, ont pris le parti de l'exploiter en carrière de pierres. Pour faire tomber le porche, trop solide, il a fallu utiliser des explosifs. La qualité du matériau qui compose les murs des villages alentour est le témoignage cinglant de l'ampleur du gâchis )
Donc Urbain II se rapproche de ses bases mais, peu soucieux d'attiser les habituelles jalousies, il ne lance pas son appel de Cluny. Il choisit Clermont Ferrand où se tient, fort opportunément, un concile, à proximité des grandes puissances du temps, les rois de France et d'Angleterre.
   
        Les chrétiens sont invités à mettre leurs armes au service de la libération des lieux saints.
Les chevaliers sans patrimoine, toujours un peu brigands, manifestent immédiatement leur enthousiasme : voilà une bonne occasion de chercher fortune au loin. Le pape, de son côté,  aimerait voir s'impliquer les princes, seuls capables d'engager les énormes moyens que l'entreprise va exiger. Mais justement, la haute noblesse risque gros et elle en est consciente ; elle rechigne à partir de longs mois en laissant son domaine aux mains dépouses sans expérience. Les petits malins qui ne répondraient pas à l'appel du pape auraient tôt fait d'en tirer profit.
Urbain II connaît la situation ; il a donc prévu la réponse : les combattants pour la foi seront ornés de la croix (d'où "croisé" et "croisade"), le clergé veillera sur leurs avoirs et ceux qui porteraient atteinte à la personne ou aux biens des croisés seront aussitôt excommuniés et leur fief soumis à l'anathème.
Ce n'est pas un péril symbolique. Dans un fief soumis à l'anathème, plus de mariages ni de funérailles, aucun acte notarié, rien qui nécessite de prêter serment. Toute vie sociale est empêchée. c'est l'anarchie. Le pape espère ainsi convaincre les nobles de faire l'union sacrée.
Il faut le temps de mettre en place les rouages, la première croisade ne voit partir que des seconds couteaux, mais le succès militaire est là : Godefroy de Bouillon prend Jerusalem. Excellent en terme de communication !
         D'aventure incertaine, la croisade devient le défi du siècle et le beau monde s'y précipite ; aux croisades suivantes, on rencontre les rois de France et d'Angleterre, l'empereur du St Empire Romain Germanique et tout le fin du fin de la noblesse européenne.
Ce serait magnifique si ce n'était pas le commencement des ennuis. Les musulmans ne se laissent pas si facilement déposséder, les petits rois chrétiens s'adaptent mal, leurs règnes sont brefs, raccourcis par des maladies qu'ils ne peuvent affronter et la papauté ne tient pas ses promesses. Le contrat semble rompu lorsque Richard Coeur de Lion, héritier du trône d'Angleterre est enlevé à son retour de croisade par Leopold d'Autriche qui nourrissait quelques griefs à son égard.
 C'était une violation flagrante du code de la croisade ; le pape aurait dû réagir et il n'en fit rien.
La mère de Richard, l'énergique Aliénor d'Aquitaine somma le pape dans une lettre pleine de courroux "Moi, Aliénor, mère et reine par la colère de Dieu ..."
Rien n'y fit. le pape resta sourd, Aliénor se débrouilla pour réunir l'énorme rançon exigée par Léopold mais la leçon porta ses fruits. La fin des croisades fut l'affaire de seconds couteaux et de mercenaires animés par le goût du lucre bien plus que par la dévotion pour les lieux saints.

         Et pourtant, c'était au commencement une idée géniale (du moins, pour la noblesse et l'église). 
C'était la solution au problème insoluble que l'intervention cléricale avait introduit dans les mariages et les successions.
         Résumons.
L'église avait imposé la monogamie et contrôlait le choix des unions.
Dans la noblesse farouchement patriarcale, l'épouse unique était forcément celle que le père avait choisie pour son fils, c'était un bon parti, elle était porteuse d'espérances et de richesses mais ce n'était que rarement le rêve du fils qui entretenait d'autres ménages non reconnus avec des compagnes plus désirables qui lui donnaient des enfants.
D'autre part, après quelques siècles de flottement dans les règles de succession, la noblesse, avec quelques variantes locales, avait fixé sa préférence à l'ordre de primogéniture par les mâles : on ne partageait pas, tout allait au fils aîné, à charge pour lui de faire vivre ses frères.
La maison d'un seigneur féodal était constituée de la troupe entretenue des frères cadets et des bâtards, ce qui n'allait pas sans créer des rivalités incessantes.

On vient à se demander si l'engouement pour la croisade, projet capable de durer trois siècles, n'est pas, avant tout, le succès d'une trouvaille : un formidable exutoire à la violence intrinsèque de la société féodale. D'ailleurs, les croisades ont définitivement cessé après la Mort Noire. La grande épidémie de peste fit tant de morts que l'espace était tout à coup devenu trop grand. La terre manquait de bras, personne n'avait plus besoin d'aller chercher fortune ailleurs.

        Ce grand repli durera un bon siècle . Ensuite, les cadets se remettront à chercher fortune à l'autre bout des mers avec les grandes découvertes. Là encore, nous entendrons parler de l'église. ce sera l'heure de gloire de l'"Inquisition "    ...
Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /Mai /2009 23:20
   Le 19 Mai, c'est la Saint Yves. Bonne fête à tous les porteurs de ce prénom, à commencer par mon fils.
C'est la date qui a été choisie par les politiques et les médias pour activer la lutte contre les mouvements sectaires.
   Coïncidence, rien à voir.
   ... du moins, c'est ce que vous croyez.
 
   Le bon Saint Yves, patron des gens de loi et plus particulièrement des avocats, est un personnage très convenable, il consacre son éternité à faire le bien de ses fidèles en attirant sur eux tous les bienfaits de la justice divine. Pour sa fête, chaque année, les habitants de Tréguier organisent en son honneur un pardon à la mode très bien-pensante de la Bretagne catholique. Aucune trace d'emprise sectaire.

    Sauf si ...
Si vous avez l'occasion de visiter les environs de Tréguier et d'y faire preuve de curiosité,
dans une ambiance de conspiration et d'interdit, on vous parlera peut-être d'un autre saint : Saint Yves de Vérité.
Son culte n'est pas reconnu. Il est même interdit par l'église.
Pourquoi un tel discrédit ? Ils sont nombreux les saints folkloriques qui trimballent une légende et une réputation peu chrétiennes ; on ne leur consacre plus de neuvaines ni de pèlerinages, on les oublie tout doucement sans les agresser. Pour être ainsi renié par son église il faut qu'il ait dépassé les bornes. Qui est donc ce saint peu recommandable ?
 Qui est Saint Yves de Vérité ?
- c'est le même que le Saint Yves officiel, alors ... Pourquoi ce rejet ?

     La condamnation ne frappe pas le saint mais le culte qui lui est adressé.
Ses adeptes affirment qu'ils lui demandent justice ; en réalité, ils comptent sur lui pour se venger.

Un exemple : Deux paysans, Pierre et Paul, ont depuis longtemps un désaccord sur la propriété d'un champ. Leur différend est tellement irréconciliable qu'il aboutit à un procès. Le tribunal ayant examiné les arguments de chacun, fait droit à la demande de Pierre et condamne Paul qui est furieux.
      Jusqu'ici, rien que de très banal.
 Paul a perdu confiance en la justice des hommes et décide de faire appel ... non à la cour du même nom, mais à Saint Yves de Vérité.
      En route pour l'aventure.
On ne s'adresse pas directement à Saint Yves de Vérité. Il a ses interprètes , ses médiateurs ; il faut passer par eux de la même manière qu'on s'adresse à des avocats spécialisés pour ester en cour de cassation.
L'analogie s'arrête là ; les intercesseurs du saint ne sont pas de doctes juristes mais des sorciers, des rebouteux et autres jeteurs de sorts. En échange d'un cadeau (tout le monde doit vivre)  évalué d'après la fortune de Paul, l'intermédiaire se charge de présenter au saint l'attente de Paul
, en général la demande d'une vengeance bien concrète : rendre malades Pierre ou son troupeau, envoyer des intempéries qui détruiront ses moissons.
      Il se charge aussi de porter à Pierre la mauvaise nouvelle du courroux de Saint Yves. Et il paraît que l'entreprise fonctionne ; après un temps assez bref, le destin s'acharne sur les récoltes ou la santé de Pierre.
     En fait de culte, ces invocations à Saint Yves de Vérité sont une manière d'envoutement. Un folklore paysan "bien de chez nous" habille une forme de manipulation, d'emprise mentale qui évoque les poupées vaudou. Le sort ne fonctionne que s'il est connu de l'envouté et que ce dernier y croit. Il est assez démoralisé et sûr de sa perte pour tomber malade et parfois se suicider.

    
Décidément, on glisse facilement de la religion à l'activité sectaire et à la sorcellerie.
     Ceux qui observent comme des nouveautés la pénétration de croyances exotiques, allant jusqu'à leur consacrer de doctes essais, feraient bien de se rappeler que le paranormal a existé  de tout temps et en tous lieux, jusqu'au fond de nos campagnes.
 Pas besoin de chaman ni de gourou, nos sorciers feront bien l'affaire.
 
Par Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 10:02
Notre feuilleton -historique-mais-sans-prétention -était un peu endormi ; des urgences avaient pris sa place.
Et puis, télescopage : l'actualité vient le ranimer.
Petit rappel de procédure : comment un mortel ordinaire est-il fait saint et par qui ?
D'abord, il faut mourir...Jusque là : sans difficulté, tout le monde en est capable. Ensuite, il faut avoir laissé suffisamment de bons souvenirs aux gens qu'il faut , pour que ces derniers demandent au pape de vous faire saint.
Comme le pape ne veut pas avoir l'air d'imposer ses chouchous, il confie l'affaire à une commission ad'hoc composée d'éminences et autres excellences siégeant au Vatican, à proximité immédiate de la bonne parole papale (en fin de compte, il décide comme il veut). 
En souvenir de l'Inquisition, la cause du prétendant est instruite sous forme de procès.
 On aligne face-à-face les arguments pour et contre (le célèbre avocat du diable).
Amusant : parmi les critères qui font la sainteté, il faut avoir fait au moins un miracle.
Si le positif l'emporte et qu'il n'existe pas d'opposition rédhibitoire, on procède à la béatification : le candidat devient bienheureux . Encore un effort et c'est la canonisation qui en fait un saint, dans un délai plus ou moins long, selon l'empressement des juges...et la force de la pression pontificale.
Certains dossiers ont musardé pendant des siècles, d'autres ont été bouclés avec une rapidité ... miraculeuse ; on pense immédiatement à Josemaria Escriva de Balaguer, fondateur de la très réactionnaire Opus Dei. ... On se demande  quels miracles il a bien pu faire, celui-là ...
Le péché mignon (!) des papes qui veulent laisser leur marque dans l'histoire est d'ouvrir de nouveaux dossiers et de pousser les anciens qui traînent.
Benoît XVI a ressenti la même démangeaison que ses prédécesseurs en mettant de l'ordre dans les archives du Vatican.
- Et qu'a-t'il découvert ? - Ciel ! Pie XII n'est toujours pas béatifié.
Anormal pour un pape. Même les plus insignifiants sont arrivés au moins à ce niveau.
 Il faut se bouger : "Nous prions pour que la cause de béatification de Pie XII se poursuive heureusement"
Il y a comme un malaise ... les cardinaux un peu diplomates auraient aimé que cette affaire s'enterrât dans le silence et se couvrît de poussière. L'Eglise a largement assez de problèmes à résoudre ; on n'avait pas besoin d'aller déterrer cette mine toujours explosive.
Pie XII, c'est le pape de la seconde guerre mondiale. Il s'est tu devant les exactions des nazis, il a fait preuve d'un silence assourdissant devant la solution finale. D'après Benoît XVI, "la discrétion était au nombre de l'héroïcité de ses vertus."
De la part d'un chef religieux dont on attend qu'il soit une grande voix, c'est une qualité discutable, d'autant que l'Eglise Catholique s'est montrée beaucoup plus active, après la guerre, pour ex-filtrer les anciens bourreaux vers l'Amérique du Sud et ses dictatures hospitalières expertes en recyclage des rebuts, le tout avec la bénédiction d'un Pie XII compatissant .
Il faut dire que ce n'était pas son coup d'essai. Après la première guerre mondiale, pendant  la révolte spartakiste, le futur Pie XII était nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) à Berlin. Au moment de l'écrasement, quelques révoltés, parmi lesquels Rosa Luxemburg, ont tenté de se réfugier à la nonciature, ils croyaient probablement au vieux principe chrétien du  "droit d'asile". Ils s'étaient bercés d'illusions ; le nonce Pacelli les a livrés, ils ont été exécutés.
Tout cela dresse un curieux tableau de saint.
Pourquoi Benoît XVI tient-il à sauver sa mémoire ?
Quitte à passer pour malintentionnés, nous nous rappellerons que Benoi XVI, né Ratzinger, affectueusement surnommé Panzercardinal, a fait partie des jeunesses hitlériennes. On nous a expliqué qu'il n'avait pas pu agir autrement : c'était un passage obligé pour les jeunes gens qui voulaient mener de grandes études. Passons ... mais, précisément, faire la promotion d'un prédécesseur encore plus sali que lui dans l'hitlérisme n'est pas le meilleur moyen de faire croire à son innocence.
Je plains les catholiques de bonne volonté qui essaient de faire croire à la possibilité d'un renouveau pontifical.


Et voilà un commentaire d'nfolive tv  ( media israélien) :
De nombreux efforts sont déployés dans le but de béatifier le pape Pie XII, en fonction durant la Shoah. Malgré l'opposition d'Israël et du monde juif, il semblerait que le Vatican continuera le processus. Lors d'une messe au Vatican célébrant le cinquantième anniversaire de la mort de Pie XII, au début du mois, Benoît XVI a souhaité la poursuite du procès en béatification de ce pape qui fait l'objet d'une controverse pour son attitude jugée trop passive et silencieuse face à la Shoah.

 

 Benoît XVI a estimé que Pie XII s'était dépensé sans compter "pour la défense des persécutés sans aucune distinction de religion, d'ethnie, de nationalité et d'appartenance politique", notamment pour les juifs menacés d'extermination, et déploré que le débat historique à son sujet n'ait "pas toujours été serein". Le grand rabbin de Haïfa, Shear Yshuv Cohen, premier religieux juif invité à s'exprimer devant un synode d'évêques catholiques actuellement réuni au Vatican, s'était fait l'écho des réserves de nombreux juifs face à ce procès en béatification. Il avait estimé que Pie XII "ne doit pas être pris comme modèle et ne doit pas être béatifié parce qu'il n'a pas élevé sa voix face à la Shoah".

 

La béatification de Pie XII reste un sujet brulant qui risque d'influencer sur les relations entre le Vatican et Israël mais aussi sur les relations judéo-chrétiennes. En effet, le mouvement du crif ( Conseil représentatif des institutions juives de France) a déjà mis en garde: «La béatification du pape Pie XII, en dehors d’un consensus d’historiens indépendants, risquerait de porter un coup dur aux relations de confiance qui se sont établies entre l’Eglise catholique et le monde juif», a déclaré Richard Prasquier, président de l'organisation à un media français. Le monde juif reproche à Pie XII sa passivité durant les horreurs de la Shoah.

 

D'autre part les divergences envers ce Pape semblent influencer sur une éventuelle visite du pape Benoit XVI en Israël. En effet, Israël a renouvelé une invitation à l'intention du pape Benoît XVI à se rendre en pèlerinage en Terre sainte. La polémique autour de cette visite a éclaté il y a quelques jours lorsque le père Gumpel, le "défenseur" de la cause de Pie XII dans le processus de béatification, a fait allusion a cette visite. Selon lui, Benoît XVI « voudrait aller en Israël le plus rapidement possible » mais il ne pourra pas le faire tant que la légende sous la photo de Pie XII dans le Musée de l’Histoire de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, « une évidente falsification de l’Histoire, ne sera pas enlevée ». Cette légende accuse le pape de ne pas avoir élevé sa voix contre la Shoah. Tant que cette légende demeure sous la photo, un éventuel voyage de Benoît XVI en Israël serait « un scandale pour les catholiques », a ajouté le père Gumpel.

 

 En attendant, le Vatican ainsi que la présidence israélienne se sont dépêchés de taire le scandale. Dans une déclaration, le directeur du bureau de presse du Vatican, Federico Lombardi, a dit, entre autres : « Le Vatican a démenti les assertions selon lesquelles une légende qui figure au Musée de l’Holocauste de Jérusalem, affirmant que Pie XII n’a pas fait suffisamment pour sauver des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, empêcherait le Pape Benoît XVI de venir en visite en Israël.  « Ce fait ne peut être considéré comme un facteur déterminant pour une décision concernant une visite du Saint Père en Terre Sainte, un voyage qui, comme on le sait, est l’un des désirs du pape, mais qui, pour l’instant, n’a pas fait l’objet d’une planification concrète ».

 

 Shimon Peres a lui aussi affirmé qu'il ne fallait pas lier la visite du pape en Israël aux divergence sur Pie XII. "Je connais le pape Benoît XVI que j'ai rencontré plusieurs fois, et sa visite en Israël ne doit pas être liée à la controverse sur Pie XII", a-t-il déclaré à la radio publique israélienne.

 

 Il semblerait que Yad Vashem également tente de calmer la tempête et a de son côté publié dimanche un communiqué rappelant que les historiens sont partagés sur le rôle de Pie XII. 20/10/08


Par jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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Mercredi 11 juin 2008 3 11 /06 /Juin /2008 00:00

 Nous sommes donc à l'époque féodale . L'Eglise a pris la direction des affaires, c'est un "état dans l'état" mais elle a besoin des nobles qui sont toujours les maîtres de la force armée.  Elle rend sa justice mais c'est le bras séculier qui fait exécuter les peines. Nobles et clercs sont condamnés à s'entendre.
De la société d'ordres, il reste trop souvent une image rigide, cloisonnée, celle des temps modernes. La société médiévale est bien plus ouverte ; des passerelles existent encore entre les ordres, elles ne se fermeront qu'au quatorzième siècle dans la crispation de la crise économique et de la Mort Noire.
En attendant, un jeune paysan, même un serf, peut, en se faisant moine, espérer faire carrière dans l'Eglise ; témoin : Sylvestre II, le pape de l'an 1000.
 Les voeux perpétuels n'existent pas. Un garçon ou une fille noble peut intégrer une abbaye en restant à la dispostion de sa famille ; il en sortira si d'autres projets le rappellent. Pour illustrer ce mécanisme, les chroniques gardent le souvenir de la très attachante Mathilde d'Anjou.
Dès l'enfance, cette fille du comte d'Anjou manifeste une attirance très forte pour la vie religieuse ; elle entre à l'abbaye de Fontevraud où elle reçoit une solide instruction.  Appréciée par ses compagnes pour son intelligence et ses qualités humaines, on lui prévoit un bel avenir, pourquoi-pas abbesse ? La dignité serait conforme à son rang, l'abbesse de Fontevraud est comme l'abbé de Cluny un des plus hauts dignitaires de la chrétienté.
C'est méconnaître les priorités en vigueur dans sa famille. Le comte d'Anjou est en pourparlers avec son voisin Henri Beauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre. D'habitude, on matérialise la réussite de telles négociations par un mariage.
 Tout naturellement, Mathilde est priée de quitter Fontevraud pour épouser Guillaume Aethelred, l'héritier d'Henry 1er. Elle s'exécute ; mais avait-elle les moyens de refuser ?
 Le mariage est célébré, adieu la vie religieuse, bonjour la cour d'Angleterre.
 Hélas, l'union sera de courte durée ; devenue veuve, Mathilde réintègre son monastère. Elle finira, comme prévu, abbesse de Fontevraud. 
- Intermède : Les malheurs de Mathilde ont marqué l'histoire d'Angleterre. 

Nous allons nous écarter brièvement de notre sujet, les relations de l'Eglise avec le pouvoir, mais il est difficile de ne pas évoquer  l'anecdote, c'est trop tentant.
Au XXIème siècle encore,  la famille royale britannique perpétue certaines traditions, parmi lesquelles l'interdiction de faire voyager ensemble deux générations d'héritiers du trône. Lady Diana, en son temps, avait déclenché le scandale en s'envolant pour l'Inde avec son mari et ses enfants ; dans le respect de la tradition, les enfants auraient dû voyager sur un autre vol.
Un tel usage peut étonner mais il remonte au traumatisme de l'an 1120 : le naufrage de la Blanche Nef.
Rappelons-nous que le duc de Normandie est en même temps roi d'Angleterre ;  la noblesse tient des domaines des deux côtés de la Manche ; beaucoup d'actes de la vie féodale nécessitent la présence physique du seigneur, donc le roi et la noblesse effectuent d'incessantes traversées d'une rive à l'autre.
Le 25 novembre 1120, Henry et la fine fleur de la noblesse anglo-normande regagnent l'Angleterre après des festivités en Normandie.
Ils embarquent à Barfleur, sur deux bateaux, le "Tigre" et la "Blanche Nef".
 Les jeunes ont fait la fête ; ils ont beaucoup bu et prévoient de continuer pendant la traversée.
Mathilde, encore imprégnée de ses années de couvent, préfère échapper à la beuverie,  elle rejoint ses beaux-parents et les personnes d'âge mûr sur le "Tigre" et  la jeunesse monte à bord de la "Blanche Nef" avec force barriques. Ils sont rapidement ivres-morts et, pour s'amuser, ils enivrent l'équipage ; le pilote est expérimenté mais l'effet de l'alcool peut faire craindre le pire qui se produit sans attendre.
A la sortie de Barfleur, la "Blanche Nef" s'encastre sur des récifs ; il fait nuit ; à bord du "Tigre" on n'a rien entendu. On repêchera un seul rescapé : un boucher protégé par sa veste de cuir.
L'aristocratie anglo-normande a perdu toute sa jeunesse. A compter de ce jour, Henri Beauclerc devient "le roi qui ne sourit jamais".

Le royaume anglo-normand, puis la famille royale britannique resteront durablement marqués par la catastrophe, jamais on ne fait voyager ensemble deux héritiers du trône quelle que soit leur place dans l'ordre de succession.

Le bref intermède ayant trouvé sa fin tragique, Mathilde (dont le mariage n'a peut-être même pas été consommé) fait en sens inverse la traversée entre deux ordres et retrouve  son abbaye.

Le destin des enfants d'Henry 1er ne trouve pas  sa fin ici. Il se développera d'une manière aussi brillante qu'inattendue.

Des enfants royaux, il ne reste plus que la fille ainée, également prénommée Mathilde. Mariée à l'empereur germanique, elle perd son mari et, sans enfant, se retrouve sur le "marché" des unions politiquement importantes. Constant dans ses alliances angevines (lorsque le souverain anglo-normand est en Angleterre, il vaut mieux pour lui que la paix règne avec les voisins de la Normandie), Henry s'empresse de remarier celle que tout le monde appelle "l'impératrice" avec le dernier survivant des fils de la maison d'Anjou : Geoffroy le Bel.

On l'imagine facilement, l'amour n'est pas la priorité dans une telle union : la mariée est nettement plus âgée que son époux et elle est réputé pour son mauvais caractère.
 Aucun problème, une solide communauté d'intérêts est sans doute préférable à la passion, ce couple aura un fils.
C'est Henry II, le fondateur du royaume Plantagenêt, la gloire au dernier acte d'une tragédie.

Par Jacqueline Simon Tipanda - Publié dans : Feuilleton
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